CHAPITRE LVI
éline ne parut point. Anrore n'obtint pas même la permission d'entrer dans sa chambre; elle lui fit demander de noTJvean c.'avoir la complaisance de^arder sa fillC; qu'elle avait sevrc'e il y rv=%it uit mo's. r.!.ais elle ne pouvait pas rester sens cesse dans son appartement ; il fallail biei. qu'elle reparût parmi noi^s. Je me 'Tattais qu'elle aurait autant de de'sir de me revoir que je souhaitais d'être auprès d'elle; et c'était ce qui lui paraissait impossible , comme elle me l'a dit depuis.
Ma mère m'avait aussi vu l'air si inquiet, qu'elle commença à se douter qu'il était arrive quelque chose d'ex-
Iraordinaire ; et dès le point du jour, elle vint à la porte de l'appartement de Méline, s'approchant doucement, et lui demanda si elle dormait. Non, répondit madame d'Orgeville: attendez, je vais vous ouvrir; et passant une robe, elle fit entrer ma mère.
Elle la pria de s'asseoir près de son lit, oii elle s'elait remi':e ; nr.is ,e]! • lui dit: Quoi , "Vous kes de'jà levée. — J'étais fort inquiète , reprit ma mère : qui peut vous déterminer à ne pas permettre à un seul de vos amis de vous voir depuis hier? — Ah ! je voudrais pouvoir me soustraire aux regards de la nature entière. Ma chère amie , vous ne savez pas ce qu'il en coûte à une âme née pour la vertu.... et en disant ces mots , elle cacha son visage dans le sein de ma mère.... Que devenir?
mon amie, je suis la plus infortunée
des femmes !.... Ma mère n'osait l'in»
terroger; elle tremblait d'apprendre le secret qui paraissait peser sur le cœur de mon amie. Que je souffre, disait Meiine... pas assez pour mourir.
Pourquoi n'ai-je pas perdu la vie en la donnant à Zulme'e. Ah î Zulme'e, pauvre petite ! une autre prendra soin de ton enfance j ta mère a perdu ses
droits Mon amie , ajez pitié de
moi , ne me me'prisez pas. — Moi, vous mépriser, ma chère fille? ah!
comment cela serait-il possible ; en quoi auriez-vous mérité.... — Madame de Ternac , que tout ce que je viens de dire, tout ce que vous avez entendu , s'efface entièrement de votre mémoire.... ne croyez pas. — Je ne crois rien, ma chère amie; je vois que vous avez beaucoup de fièvre ; que cet étal peut tenir au peu de temps qu'il
( 45 ) y a que vous avez sevré : il faut vouî me'riager , faire avertir votre me'decin. — Vous croyez qu'un me'decin me guérira ? — Malgré le peu de certitude de cet art , il est cependant des maladies qu'une longue expérience leur apprend à soulager : de ce nombre sont celles causées par le lait. — Eh bien ! envojez-le chercher? ce sera un prétexte pour rester dans mon lit; Je voudrais n'en plus sortir que pour aller rejoindre ma mère , ma bonne amie. Si je meurs, je veux être enterrée à Bordeaux, auprès de madame d'Erigny; me le promettez-vous? — Comment voulez-vous, ma chère enfant , que je sois témoin des derniers devoirs que vos amis vous rendront , ayant près de vingt ans plus que vous? — N'importe, vous me survivrez; vous consolerez voire malheureux fils ?
— Ma chère fille! qui vous donne de si Irislés pensées? — Qui me les donne?
oh! ne me le demandez pas, je vous en conjure... ne me le demandez jamais?— Vous pouvez être sûre, ma chère Meline, que je ne cherche point à lever le voile dont vous enveloppez vos douleurs ; je me contente de vous plaindre, et de faire les vœux les plus ardens pour que vous retrouviez le calme et le bonheur. — Jamais ! madame. Mais écrivez à mon médecin qu'il vienne ; qu'il dise à tout le monde que je suis très-malade, et il ne trahira pas la vérité; car je me sens fort mal. Ma mère , effrayée par ces paroles, écrivit en effet au médecin, et envoya un homme à cheval pour l'aller chercher. Aurore vint, peu de momens après , dans la chambre de sa soeur qui, l'entendant venir, pria
(47 ) ma mère de fermer les rideaux de sort lit, et de dire qu'elle dormait. Ma mère apprit à madame de Mello que sa sœur e'tait fort malade ; qu'elle avait envoyé chercher le médecin , et qu'elle croyait que le lait lui avait porté à la lête; car elle paraissait avoir du délire. La Comtesse fut trèseffrayée. Elle s'approcha du lit; mais Méline feignit toujours de dormir.
Aurore chercha son mari, pour lui faire part de ses alarmes. Le Comte crut, ne se doutant de rien, qu'il fallait écrire à M. d'Orgeville l'état de sa femme. On était si inquiet de MéUne, qu'on ne pensait point à moi.
On ne vint pas même me voir; et ainsi se passa celte matinée, oii ma pauvre amie se déchirait le cœur par ses reproches , que je méritais
seul j tandis que moi, le souvenir, des biens dont j'avais goûté tout le charme, enivrait mon âme d'amour et d'espe'rance.