CHAPITRE III
Je suivis le plan que j'avais formé; j'obtins aussi de mon maître de dessin de m'enseigner les mathémali-»
ques, qu'il savait très-bien. — Je trou^ vais de grands moyens d'instruction dans la bibliothèque de mon père : je conservais mes maîtres d'agre'mens, comme une dissipation ; aussi tous mes momens e'taient remplis ; et tant que le travail influait sur ma sanle', elle n'avait jamais été plus parfaite. C'était ce que me disait souvent M. Dervaux.
Ce sont les passions et les excès qui usent. Yoyez le jeune d'IIerneî'j ; à l'âge de vingt-deux ans, il a la poitrine rentrée, lesj'cux creux, le teint livide,
( =3 ) il est d'une maigreur effrayanle ; la plus légère fatigue le met aux abois.
Eh bien ! que fait-il ? Ce que font tous les jeunes gens : veiller, danser, jouer, boire des liqueurs; sa santé est détruite, mais ce n'est rien que ca anéantissement physique, le moral est bien plus irréparable. Au milieu de ce brouhaha continuel , il est impossible que la raison se forme ; autrefois les hommes donnaient dans les mêmes folies ; mais ce n'était pas, comme à présent , au sortir de l'enfance : on laissait ^u moins à la nature le temps de se développer. Les organes acquéraient la force nécessaire pour réfléchir j et les écarts de la jeunesse passés , on retrouvait et ses principes, et ce qu'on avait apris jusqu'à dix-huit ou vingt ans ; mais, aujourd'liui, que seront les hommes qui
ont en quelque sorte retranche de leur vie l'adolescence , cet âge si pre'cieux où la raison croit à l'abri de l'innocence. Aussi , n j aura-t-il pas pour eux d âge mûr , et ils passeront des orages des passions à la caducité'. Je ne sais , mon ami, si vous serez pre'servé des maux que ces passions entraînent avec elles ; mais je sais bien que vous aurez fait des provisions pour ce temps de crise; quand même vous seriez entraine' , vous reviendrez toujours sur vos pas, et vous trouverez en vous-même des ressources que les hommes qui ont passé les premières années de leur vie à ne s'occuper que de choses frivoles , ne peuvent jamais avoir.
Que je l'aimais ce bon abbé Dervaux!
combien sa morale était douce et consolante. Je me disais : Ah ! si jamais
je m'ëcartais du sentier de la vertu , et que je fusse malheureux , j'aurais de grands reproches à me faire, car il me montrait une route si facile pour être heureux. Mon ami, me dit-il aussi, on accuse la Providence, on veut voir bien plus de mal que de bien , remonter a la source; presque tous ceux qui se plaignent du Modérateur de toutes choses, doivent leur infortune à eux-mêmes, ou ne font pas ce qu'ils doivent pour les terminer. Les passions nous ont e'té donne'es comme les
- oiles , pour faire marcher le vaisseau ; mais il faut savoir s'en servir et les opposer l'une h l'autre, pour qu'aucune ne prennent un trop grand em-
nre. Tout est bon , parce que tout est
l'ouvrage d'un Etre parfait. L'homme
<îelil a la faculté de changer en poison
ce qui lui serait salutaire. Il est le