‹ Méline, ou, Mémoires du chevalier de MoncyChapitre 4 sur 16 · Tome I · texte numérisé non relu

Tome I

( 26) seul des animaux qui abuse de ses facultés , et puis il se plaint. Il accuse celui qui l'a crée pour être heureux.

Tous les maux viennent de nous , et il n'en est aucun que l'on ne puisse vaincre, en opposant un grand courage et une confiance entière au Maître de toutes choses. Plus je réfléchissais, et plus je voyais qu'il avait raison.

Qiie de jouissances dont nous ne tenons aucun compte et qui se re'pctent sans cesse; que de maux qui ne sont que dans l'imagination. Ma mère , je puis la citer, car il e'tait peu de femmes plus inte'ressanle sous tous les rapports , ma mère n'e'tait point heureuse. Petite-fille d'un vice-amiral , dont le fils aurait peut-être e'ie maréchal de France , si la mort ne l'avait pas arrêté dans sa course ; ma mère , dis-je , trouvait bien dur d'être la femme d'un

(^7) financier qui , malgré sa charge de secrétaire du Roi, n'était toujours qu'un bourgeois ; et cela seul suffisait pour empoisonner son existence. Cependant , que pouvait - elle avoir à désirer ; fortune , considération personnelle, adorée de son marij elle m'aimait tendrement, et ne pouvait douter de mon attachement. Sans les malheureux préjugés de son enfance, il eût été difficile d'être plus heureuse qu'elle eût dû l'être; et elle ne pouvait accuser celui qui dirige toutes choses , si elle ne jouissait pas de ces biens. Je crois que beaucoup de ceux qui se plaignent , n'ont pas plus de raison qu'elle.

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