‹ Méline, ou, Mémoires du chevalier de MoncyChapitre 8 sur 16 · CHAPITRE yil · texte numérisé non relu

CHAPITRE yil

IYLadame la marquise d'Erlac se retirait tous les jours une heure dans son appartement , après sa promenade ou sa partie de trictrac, et alors chacun e'tait libre de faire ce qui lui plaisait. Ordinairement, moi qui trouvais que je n'étais jamais assez avec Me'line^ je restais dans le salon; et pendant qu'elle se mettait à son me'tier, j'allais m'asseoir à l'autre bout du salon, en face d'elle, ne perdant aucun de sesmouvemens, etm'enivrantd'un sentiment qui e'tait devenu l'unique affaire de ma vie. Madame de Moncy ne fut donc pas peu surprise quand je la priai de monter dans son appar-

Icmcnt, où j'avais quelque chose à lui dire. Elle s'y rendit. Alors, je lui racontai, avec tout l'inteVêt du sentiment, ce que je venais d'enlendre, et j'ajoutai : Ma mère ! souffrirez-vous que des êtres si vertueux , dont le courage surpasse l'adversité', souffrent des privations journalières, parce que leur vieille parente n'a pas de me'moire ou peu de sensibilité? N'y a-t-il donc aucun moyen de leur faire parvenir, non cinquante louis, dont ils ont besoin, mais cent, mais deux cents, afin qu'ils ne manquent de rien? — Eh! comment veux-tu, mon ami, leur offrir cet argent sans blesser leur délicatesse ? — En disant que c'est la marquise qui vous l'a remis pour eux.

— Ils l'en remercieraient ; tout se découvrirait, et alors ils seraient offenséi. Comme j'approuve infiniment

(77 ) ton désir, je trouverai quelque autre moyen; celui, par exemple, d'une feinte restitution. L'abbé Dervaux, ton ancien pre'cepteur, pourrait se rendre à Blari, leur remettre cent louis, comme leur ayant été' donnés par quelqu'un qui leur doit, et qui ne veut pas se- faire connaître. En vérité , tous les gens riches ne doiventils pas aux infortunés? Ne sommesnous pas des frères qui nous sommes emparés de l'héritage des enfans du même père ; et ce que nous leur donnons, pour les aider dans leur besoin , n'est-ce pas une véritable restitution?

Je sautai au cou de ma mère avec la plus vive tendresse. J'étais fâché qu'elle se fût engagée à passer jusqu'à la fin du mois à d'Erlac; il me semblait que quitter Mélinc pour venir au secours de ses parens, était lui

(78) donner une preuve d'amour plus louchante que d'être près d'elle. Il n'y avait malheureusement aucun moyen de revenir sur la parole donne'ej il fallut me résoudre à attendre la fin du mois, et nous n'e'lions encore qu'au dix-sept. Cependant, Lien sûr que le projet de ma mère s'accomplirait, du zèle, de l'inlelligcnce, du plaisir que mon bon abbé Dervaux aurait à le remplir, je modérai mon impatience, et ne m'occupai plus , le reste du voyage, qu'à profiter du bonheur que je goûtais près de ma bien-aimée, qui semblait me regarder avec une douce bienveillance, depuis les confidences qu'elle m'avait faites sur sa famille.

Madame d'Erlac, selon toute apparence, avait fait part à l'abbé du pro* jet qu'elle avait de m'unir à sa nièce. Il paraissait plus poli avec ma mère,

( 79 ) moins âpre avec moi, et je ne cherchai point à m'en faire un ennemi ; ainsi , nous vivions en assez bonne intelligence.

Ma mère avait reçu une lettre de mon père. Il avait consenti à la prolongation de notre séjour à d'Erlac ; mais il la suppliait de ne pas passer le nouveau terme qu'elle avait fixé pour son retour. Il fut décidé que nous partirions le samedi suivant , comme il avait été dit. Je crus devoir demander à Méline ses ordres pour madame sa mère, et si elle me permettrait d'aller à Blari donner de ses nouvelles à mesdemoiselles ses sœurs.

Méline rougit. Je vis avec chagrin que je l'avais embarrassée; qu'elle craignait que ses parens ne fussent fâchés qu'un étranger vît de trop près leur pauvreté. Elle se remit, et trouva

le moyen de concilier le désir qu'elle avait que je visse sa mère, de pouvoir lui écrire confidemment. Dans la crainle que la simplicité de leur toilette ne les embarrassât : N'y allez que le dimanche, reprit-elle; toute la semaine, on est trop occupé : je vous donnerai une lettre pour ma mère.

Cette confiance me charma. J'avais parfaitement entendu ce qui l'inquiétait; et j'étais si sûr , en relardant ma visite de huit jours, de trouver la famille décemment vêtue, que je me chargeai sans crainte de la kttre. Elle sera remise, lui dis-je , de demain en huit. Elle avait attendu que madame de jMoncj fut en tiers pour me la remettre. Ce fut à elle qu'elle expliqua les raisons qui l'avaient engagée à profiter de l'offre que je lui avais fait de rne charger de ses dépêches pour

sa famiile. Ma mère l'assura qu'elle les remettrait elle-même à madame d'Erigny, avec qui elle serait charmée de faire connaissance. Ma mère , reprit mademoiselle d'Erigny , était belle , aimable, faite pour vivre dans le monde , dont elle eût été 1 ornement. Elle a tout sacrifié à l'amour qu'elle avait pour ses devoirs, et elle n'e^t plus qu'une bonne mère de famille pour qui ne la voit qu'en passant ; car j'ai entendu dire, même à ma tante, qu'elle n'avait rien perdu des agréraens de l'esprit. Je crois donc, madame , que vous la verrez avec intérêt ; mais il ne faut aller clicrcber à Blari que des vertus et des cœurs sensibles. Et que peut-on trouver de mieux, dit ma mère. L'abbé entra, ma mère se hâta de mettre la lettre de IMéJine dans sa poche. L'nhbé ne

( 82 ) la vit pas, et venait seulement avertir ma mère que madame d'Erlac la priait de passer dans son appartement , oii elle voulait causer avec elle. On pense bien que l'abbé resta jusqu'à ce que quelques amis de la marquise , qui étaient arrivés de la veille , fussent descendus dans le salon. Cependant, j'étais très-inquiet de ce que madame d'Erlac avait de si important à confier à ma mère. Je me flattais aussi que Méline partageait mon inquiétude: Je la voyais tourner la tête avec vivacité toutes les fois qu'on ouvrait la porte, pour Toir si c'était ma mère. Eiifm , au bout d'une heure, madame de Moncj me fit dire, par le valet-de-chambre de la marquise, de venir la trouver dans la chambre de madame d'Erlac.

Je jetai un coup d'œil sur Méline,

et je la vis rougir. Pour moi , la plus brillante chimère se pre'senta à mon imagination , et je crus qu'il ne s'agissait pas moins que de me nommer l'heureux e'poux de Méline ; ne faisant pas re'flexion qu'il manquait seulement , pour remplir le vœu de mon cœur, mon père, et les parens de mademoiselle d'Erigny. N'importe, j'arrivai plein de confiance.

Quelle fut ma surprise , lorsqu'au lieu de me parler de mon union avec Méline, madame d'Erlac me dit:

Mon cher Alfred , je me suis fait un extrême plaisir de vous remettre moimême la lettre du maréchal de Biron, et celle du Ministre de la guerre, qui vous nomme enseigne au régiment des gardes-françaises : méritez les bontés du maréchal de Biron et celles du Ministre de la guerre, et je me charge

de voire fortune militaire. Vous allez retourner à Bordeaux avec votre mère, et vous serez à Paris dans quinze jours au plus tard ; j'en ai pris l'engagement avec le Maréchal. — Je suis très-sensible aux bontés que vous me témoignez, madame; mais mon père saitil? — A-t-il besoin de le savoir ?

crojez-vous qu'il ait seulement la pensée de sj opposer? oii Irouvera-l-il jamais rien qui vaille cela pour vous ! Pensez donc qu'il faut tout le crédit que j'ai sur l'esprit du Maréchal, pour avoir obtenu cette faveur. Un homme de la cour aurait eu de la peine à y réussir. Enfin, j'espère que vous répondrez à la bonne opinion que j'ai donnée de vous. J'écris à votre père qu'il faut qu'il vous donne dix mille francs de pension. M. le comie de Mello, mon neveu, sera voire mentor.

Voilà une lettre pour lui; vous logerezà sonliôtel. Enfin, jeune homme, je prends pour vous des soins qui doivent prouver que j'ai sur vous des vues.... — Ah ciel ! m'e'criai-jc , en me pre'ci pilant à genoux près de son lit, si je pouvais imaginer? Ah ! Je ne suis pas digne d'un tel bonheur. — Relevez-vous, jeune homme, surtout point d'indiscre'tion ; c'est , je vous le re'pète , votre bonne conduite qui de'cJdcra de votre sort. Une quinte qui prit en ce moment à la marquise, ne lui permit pas de m'en dire davantage. Je pris sa main décharnée , et la baisai avec un transport que je ne me rappelle jamais , sans me dire : O dangereuse, enchanteresse passion î vous changez tous les objets, et ce qui vous flatte devient délicieux, quelle que soit sa difformité naturelle. La

toux continua toujours ; ma mère sonna les femmes de la marquise, qui nous fit signe de nous retirer. L'abbé entra : je crois que je l'aurais aussi embrassé , tant j'avais de joie. Je lui fis au moins les adieux les plus affectueux. Il me fit son compliment, et me recommanda de conserver mes bons sentimens au milieu de la Babilone moderne. O ! j'aurais pu lui répondre: Que puis-je craindre ? j'emporte l'espoir d'être un jour l'époux de Méline. Je ne me donnai pas le temps d'être descendu j j'arrêtai ma mère dans le corridor. O ! lui dis-je, en la serrant contre mon cœurj ô ma mère ! est-il possible ? quoi , j'obtiendrais la main de Méline. — Qui te le dit ? — O ! ne me faites pas un mj'Stèrc inutile, j'ai trop bien compris ce que madame d'Erlac vous a

(87 ) dit, pour en douter, — Mais sais-tu si elle t'aime? — J'ai, depuis quelque temps, pensé qu'elle ne me voyait pas avec peine. — Quels que soient ses sentiraens et les projets de sa respectable tante, tu sais que celte dernière t'a recommande' la plus grande discre'tion ; ainsi, calmes-toi je te prie, et ne parais occupe' que de ton grade militaire. — Je fis un effort pour suivre l'avis de ma mère. J'arrivai avec elle dans le salon, oii elle fit part à Méline et aux personnes de la socie'le'de madame d'Erlac, que je venais d'être nommé par le Roi enseigne au régiment des gardes-françaises , et que je partais dans quinze jours pour Paris.

11 me sembla que Méline pâlissait j elle me fil cependant son compliment comme tous ceux qui étaicnt-là, mais d'une manière contrainte , et connne

( 88 ) si elle eût voulu me dire: Comment!

vous marquez de la joie de ce qui m'afflige. J'étais bien aussi afflige qu'elle au fond du cœur ; mais je sentais aussi que cette se'paration, toute cruelle qu'elle me semblait , était cependant un moyen certain d'être un jour re'unis pour ne nous se'parer jamais; car le service des officiers aux gardes , dans ce temps , était un véritable emploi de chanoine. Toujours à Paris et à Versailles, il semblait que tout l'agrément du service était pour eux sans aucune des fatigues ni des peines de cet honorable élat; aussi était-ce tous gens riches qui composaient ce corps , ou je me flattais d'un avancement certain , puisque je ne doutais pas que mon père ne fût en état d'acheter successivement les grades, jusqu'à celui de capitaine. Je

(89) n'avais cependant pas la volonlë d'attendre celui-là pour épouser Méline, et jetais sûr qu'un sous -lieutenant lui conviendrait tout autant; aussi, j'espérais bien qu'avant un an je serais son époux. Elle me donnait toutes les perfections réunies : je puis dire que ce n'était point l'illusion de l'amour qui m'en faisait porter ce jugement; tous ceux qui connaissaient Mélinela jugeaient comme moi; et cependant il fallait la quilter. O ! tristes conventions des sociétés, qui condamnent ceux qui y occupent les premiers rangs ou qui y jouissent d'une grande fortune, à sacrifier leurs penchans les plus cliers à je ne sais quelle prétendue bienséance qui, presque toujours, fait perdre l'occasion si rare d'être heureux. Si je n'avais été qu'un pauvre artisan, si ma bien-aimée avait été la

(90) fille d'un homme d'une classe obscure, nous n'eussions pas eu besoin d'attendre des mois, peut-être des années, pour être unis. Dès que nos cœurs se seraient entendus , dès que nos parens eussent été' d'accord, nous aurions e'té aux pieds des autels nous jurer amour, fidélité éternels , et nous eussions bravé toutes les misères de la vie, dont aucune n'aurait pu nous atteindre. Tel, deux ormeaux qu'un lierre unit^ bravent les efforts des tempêtes; mais s'ils sont séparés, le moindre des enfans de Borée les ébranlent et parvient à les rompre; de même, séparé de mon amie , je languis et je meurs.

Il ne m'appartenait pas de tracer la route que je devais suivre ; ma mère, qui croyait ne rien faire que pour mon bonheur, m'y conduisait sans

(9' ) consulter ni mon père ni moi j bien sûre que le premier ne voudrait que ce qu'elle voudrait elle-même, et que pour moi , la connaissance qu'elle avait du secret de mon cœur, me rendrait toujours soumis à tout ce qui, selon les idées reçues , me conduirait à me'riter celle que j'aimais.

Elle arriva donc triomphanle à Bordeaux, et en embrassant mon père, qui e'tait venu la recevoir au moment oii elle descendait de voiture , elle lui dit : Je vous ramène un enseigne aux gardes-françaises. — Mon père cherchait s'il y avait un tiers avec nous; et me voyant seul, il parut aussi fâche' que surpris. — Quoi, serait-il possible que mon fils? — Oui , c'est un bonheur inouï j il fallait tout le crédit que madame la marquise d'Erlac a sur le Maréchal, pour obtenir d'em»

(90 blee. — Ce que j'aurais été loin de solliciter. — Et dont vous êtes enchante'j n'est-ce pas mon bon ami ?

il aura une tournure charmante en uniforme; mais, il faut en convenir, en montant les escaliers du perron et entrant avec mon père dans le vestibule, nous avons acheté bien cher cette faveur. Etre deux mois avec la marquise , sa toux , ses chiens , ses perroquets , l'abbé , ses ennuyeux voisins; il faut en convenir, sans une jolie petite-nièce qu'elle a chez elle, il y aurait eu à y périr. — Ah ! il y a de plus une nièce? — Oui : et qu'estce qu'il y a d'élonnant que madame d'Erlac ait une petite-nièce ? Il me semble qu'elle est assez vieille pour cola. — O î ce n'est pas la possibilité que cette nièce existe qui m'occupe, mais cet heureux hasard qui fait

( 95) toujours trouver au même moment un état et une femme- — Qui vous parle de cela? — Tout , jusqu'à la contenance de votre sous-lieutenant, qui tremble que je ne m'oppose à ses vœux ; et mon Dieu non , je ne m'oppose à rien. Est-ce que je le puis ?

Est-ce que j'ai jamais dit non à ce que vous avez voulu. Je ne m'oppose point, mais je désaprouve. — Libre à vous, mon cher ami, pourvu que vous nous laissiez faire.

Je n'avais pas encore dit un seul mot. Mon respect pour mon père, ma vive tendresse pour ma mère ne me permettaient pas de me mêler de ces altercations. Cependant , persuadé que mon père avait sur moi une autorité que ma mère ne pouvait usurper sans injustice, je dis à M. de Moncj que, quelque flatté que je

(94 ) fusse des soins que ma mère s'e'tait donne's pour assurer mon bonheur, que je n'accepterais rien de ce qui m'était offert , si mon père y trouvait des inconvëniens que nous n'avions pas prévus. «— Des inconvëniens , ils sont sans nombre. Tu perdras tout le fruit de tes e'tudes. — Et qu'en at-il besoin ? — Laissez - moi donc parler. Tu allais en effet partir pour Paris avec l'abbe'; mais c'était pour faire ton droit. Je t'aurais ensuite acheté une charge de conseiller au parlement de cette ville, et vers trente ans , tu aurais épousé la fille d'un gros négociant ou d'un riche colon j alors ta maison , l'une des plus opulentes de la ville , eût été considérée ; tu aurais pu laisser ta charge à ton aine, et mettre les autres au service, si telles eussent été leurs inclinations.

(95) OU bien armer un vaisseau^ et....;.

— A ce moment , madame de Moncy ne put résister à l'envie de rire et e'clata : son mari lui demanda pour quelle raison elle riait. — • Parce que, Je vous en demande bien pardon, rien ne me parait si plaisant que tout ce que vous imaginez dans ce moment pour la destination de vos petits-fils, que vous n'aurez peut-être jamais.

Mais , comme nous n'en sommes pas là, Alfred partira dans huit jours pour la capitale ; vous lui donnerez dix mille francs de pension , dont les six premiers mois seront payés d'avance, parce qu'il a beaucoup de dépenses à faire en arrivant à Paris . — Mais, vous en parlez bien à votre aise, madame, dix mille francs, savez-vous que c'est prendre beaucoup sur notre revenu.

— Eh bien ! ne vous en restera-t-il

( 96 ) pas assez? Enfin, c'est madame d'Erlac qui a tout règle, et il faut que tout soit conforme à ses intentions , qui sont beaucoup plus e'iendues qu'on ne l'imagine. — Ah î j'entends , elle mariera mon fils à quelque petite cousine bien pauvre, bien laide, sotte:

cela, en effet, est merveilleux. — Mais, mon père, pourquoi imaginez-vous que madame d'Erlac ne puisse avoir que des cousines ou des nièces laides , j ou soties ; vous ne connaissez donc pasMéline? — Non monsieur, et n'ai nulle envie de la connaître. — C'est une personne charmante. — J'en suis fort aise. — D'une beauté' parfaite, — Tant mieux pour elle. — De l'esprit. — J'en suis irès-persuade. — D'une douceur angeliquc. — Comme une fille à marier. Toutes ces belles et précieuses qualite's me sont bien

(97) indifférentes , parce que sûrement elle ne sera jamais ma bru. — • Qui vous en parle ? — Vous. — Moi!

quel conte. Est-ce à lage d'Alfred que l'on pense à se marier. Occuponsnous plutôt de son e'quipement* — Eh bien ! dites à Allin... ce que vous ferez sera bien fait; mais je regretterai toujours qu'il n'ait pas été conseiller au parlement. C'est un si bel état; peser les intérêts de ses concitoyens , défendre l'opprimé , servir d'appui à la veuve, à l'orphelin . — Oui, mon père , tout cela est fort beau ; mais si votre secrétaire se laisse influencer ; s'il soustrait une pièce importante; si on en glisse une qui , parfaitement imitée , f» appe l'innocent et le rend coupable aux 3 eux de son juge : ah ! mon père , je révère le magistrat imegre , mais je ne me sens Tome I. 5

(98) pas capable de re'unir toutes les qua*» lite's qui le constituent. — Et croj^ez- Tous, mon fils, que l'officier qui soutient si souvent de mauvaises causes....

— Il n'en est pas coupable ; obe'ir est son devoir, et il est si commode d'obéir. — Oui , pour des âmes pusillanimes et faibles j mais, n'en parlons plus. Madame , voyez Allin ; je ne sais en verilë s'il a cinq mille francs en caisse ; on vient de faire partir les recettes pour le trésor royal. Mais enfin , dites-lui qu'il vous les donne , et qu'il les trouve s'il ne les a pas. M. de Moncy rentra dans son cabinet fort mécontent , mais , suivant son usage , bien décidé à ne pas en avoir l'air.

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