‹ Mélodies poétiques (volume 2)Chapitre 36 sur 103 · EN VALSANT · texte numérisé non relu

EN VALSANT

Une heure I — La pendule ment. Il est minuit. — Quel bal charmant !

— Oui, madame ; superbe fête !

Et j'ajoute qu'elle est complète Depuis que je valse avec vous.

— Gomment trouvez-vous la toilette De cette femme aux cheveux roux ?

— Oh! dans des moments aussi doux, Ma vue est toujours paresseuse,

Je ne puis voir que ma valseuse, Quand elle est belle comme vous.

— Aimez-vous beaucoup la romance Que ce monsieur chantait si bien?

— Ma soirée à présent commence,

Mais avant je n*écoulais rien.

— Celte valse me plaît; est-elle

De Strauss? — Madame, je le crois.

Toute valse me parait belle, Car elle empêche d'être trois.

— Cet hiver abonde en soirées.

— On le dit; mais j*en use peu.

A rOpéra, j'ai mes entrées.

Et chez moi j'ai mon coin de feu.

— Vous essayez donc la vieillesse,

Si jeune? — Je touche aux trente ans.

Il est passé, mon beau printemps !

A peine si le ciel me laisse Du bonheur pour quelques instants.

— Certes, cette pensée est neuve.

— J*en tiens une autre, neuve aussi.

— Peut-on la savoir? — La voici :

Je vous soupçonne d'être veuve.

— C'est vrai. — Depuis? — Depuis deux ans.

— Aimez-vous beaucoup le veuvage?

— Oui. — Vous détestez l'esclavage; Les maris sont peu complaisants, J'ai compris. — Je vous laisse dire.

— Ah! j'ai lu dans votre sourire Que le veuvage vous déplaît ; Mon célibat est un maf tyre ;

De ces deux malheurs je désire Faire un heureux destin complet .

Je vous demande en mariage...

— A qui donc, monsieur ? — Mais â vous :

A vous-même; car le veuvage

Permet de choisir un époux.

Tous vos parents sont morts? — Us vivent.

~ Tant mieux pour eux ! mais leurs efforts

Sont nuls sur vous quand ils arrivent ;

C'est donc comme s'ils étaient morts.

— Votre demande est bien précoce !

— Nous ne sommes pas en Ecosse ; Les fiancés de Lammermoor

Ne sont pas heureux en amour.

Ainsi donc point de fiançailles :

Quand je marche, sur son chemin Mon pied n'aime pas les broussailles, Ainsi marions -nous demain.

— Demain ! — Ou jamais. — Je m'étonne, Monsieur. — Ne vous étonnez point ; C'est plus simple et moins monotone

Que de mettre un i sous un point.

— Quel est votre nom? — Je me nomme Pierre ou Paul ; c'est à votre choix.

Qu'importent les noms du jeune homme?

A défaut d'un j'en aurai trois.

J'ai des rentes sur le grand-livre, Cent actions sur un chemin.

Vingt fois plus qu'il n'en faut pour vivre ; La valse est finie. — A demain !

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