SYMBOLE
Rien n'arrive au hasard dans les routes sans nombre Que le poète suit dans la lumière ou Tombre !
Le jour que je tous vis pour la première fois, Et que mon cœur joyeux entendit votre voix, Dîtes, ce n'était point dans un salon de ville, Couvert aux quatre murs d'une tenture vile Et troublé par les cris du stupide passant Ou par rorgue barbare à Todieux accent.
Dieu garde une autre scène à des amours d'élite ! Éliézer trouva la belle Israélite Près du puits où d'orgueil le palmier s'arrondit. Et sur d'agrestes fleurs la gazelle bondit.
Moi, je vous vis lever dans Tombre radieuse Que donnent les grands pins, forêt mélodieuse ; Votre voix vint frapper mon oreille; et, marchant, J'écoutai cette voix comme on écoute un chant. / A Montredon, Tazur du plus beau paysage.
Comme un cadre divin, bordait votre visage.
Tout, près de vous, était rayon, joie et bonheur. Le ciel semblait donner la fête en votre honneur. Dieu, ce peintre sublime, avait mis sur sa toile Un fond d*azur que rien n'obscurcit et ne voile; Vous étiez immobile au centre des rayons, Gomme un modèle pur devant de saints crayons; Et vous vous enivriez, gracieuse et sereine, Des parfums de ces fleurs dont vous êtes la reine ; Et tout vous regardait dans la nature; et vous. Vous! ne regardiez rien dans ce moment si doux. Quel ravissant tableau ! Le soleil vous couronne : Ce piédestal de fleurs est votre digne trône; A vos pieds la mer bleue et Tarbre à vos côtés N*en tonnent que pour vous des hymnes enchantés; Entendez-vous le son de ces vagues lointaines, Doux et continuel, comme un bruit de fontaines ? Tout vous fête : le ciel, les bois, les fleurs et Teau, Et la mer sert de frange à ce divin tableau ! Puis, la montagne ouvrit sa caverne profonde ; Nous prîmes le chemin qui mène à Tautre monde, Nous vîmes s'abaisser, cheminant à genoux, Des roches de granit ruisselantes sur nous, Et je priai, tout bas, nos deux anges propices De bien garder nos pieds au bord des précipices,
Car le sol était noir et glissant le chemin,
Et le pâle flambeau mourait dans notre main.
Oh ! qu'il fallut ramper et souffrir ! ! Nous sortîmes.
Moi, le cœur tout rempli de délices intimes.
Et vous, belle toujours, joyeuse et regardant
L^étoile qui brillait à Thorizon ardent.
Le vallon embaumé de thym, le bois sauvage,
Le long tapis de fleurs qui conduit au rivage,
Cette adorable nuit donnant avec Télé
Tant de sublime extase et de sérénité!...
Or, voilà mon histoire; et, ce qui me console, C'est que le sort, je crois, me l'a mise en symbole; Tout doit être arrangé comme ce premier jour. Trois mois mon amitié, vive comme Tamour, A goûté prés de vous une joie innocente ; Puis Tenfer est venu, car vous êtes absente; Il a brisé mon front sous sa voûte d'airain.
Mais sa nuit doit cesser; j'attends le jour serein !
COiNSOLATION
Quand le rossignol chante Son hymne de gaîté Ou sa plainte touchante Aux tiédes nuits d'été, Du noir marais s'élance La croassante voix Qui condamne au silence Le Rossini des bois.
Lorsque de la gondole.
Sur le déclin du jour, Monte la barcarolle Toute pleine d'amour,
Sur les flots de la grève, Avecjd'horribles sons, Le siroco se lève Pour couvrir les chansons.
Et pourtant au bocage L*oiseau chante toujours, Sur l^arbre ou dans la cage, H redit ses amours; Pourtant au clair de lune, A sa voix familier.
Toujours sur la lagune Chante le gondolier.