LA FILLE DE L'AIR
Ma vie esl faite de songes Inconnus dans vos cités ; J*aime mieux leurs doux mensonges Que vos tristes vérités.
Par mes ailes soutenue, Je n'habite que la nue ; La terre m'est peu connue; Un dieu garde mon sommeil.
Toujours sereine et contente, Je m'endors sous une tente, Qui se déploie éclatante Gomme un trône de vermeil.
Du haut du ciel solitaire, A l'aurore de mes ans,
MELODIES. Ii5
J'ai pris en dédain la terre.
Où tous les pas sont pesants.
Oh! comme on est bien loin d'elle !
Je poursuis à tire-d'aile L'alouette et l'hirondelle Aussi loin que je le veux.
Quand la nuit couvre le globe, Aux étoiles je dérobe ^ Des franges d'or pour ma robe,
Des rubis pour mes cheveux.
Souvent, d'une aile timide, Je m'abats sur les roseaux.
Tout prés d'une grotte humide Où dorment de fraîches eaux. Le doux bruit de la fontaine, A mon oreille incertaine, Couvre la clameur lointaine De vos palais soucieux; Et, par mes lèvres rasée, Votre campagne embrasée Boit la divine rosée Que je lui porte des cieux!