‹ Mélodies poétiques (volume 2)Chapitre 95 sur 103 · A ALEXANDRE DUMAS · texte numérisé non relu

A ALEXANDRE DUMAS

Je rêvais de grands bois aux cimes éclatantes, Où Ton s'endort 1 elé sous mille fraîches tentes, Sur un lit de gazon ; déjà j'étais heureux De courir au hasard, près de ruisseaux sans nombre, En plein soleil, ou bien sous des arcades d'ombre. Quand nous revient l'hiver hideux.

Oui, la nature change, et tout change autour d'elle ! Ce soir, j'ai salué la première hirondelle, Pauvre folle qui croit annoncer le printemps ! Elle mourra demain pour s'être trop pressée ; Car la loi des beaux jours, hélas! est renversée. Le monde est trop vieux de cent ans.

J*ai vu des amandiers, là-bas, sur nos rivages. Entremêlant leurs fleurs à mille fleurs sauvages; Ce soir, tout était mort, flétri comme en janvier! Mars tombe, avril renaît; n'importe! Thiver dure : Il ne reste aux jardins que la pâle verdure Qui grisonne sur Tolivier.

Ce n*était point ainsi dans le berceau des âges. Nous répètent souvent nos vieux pères, les sages : Pour la première fois, je crois qu'ils ont raison. Je crois que le vingt mars, autrefois dans le monde, A jour fixe, versait le chaud rayon sur Tonde, Et l'eau froide sur le tison.

L'hirondelle et la fleur ne savent pas ces choses ! Elles viennent toujours pour annoncer les roses A la date qu'Adam écrivit de sa main. Hélas ! depuis Adam la terre est refroidie !

L'hirondelle se meurt sur nos toits engourdie, Et la fleur sur notre chemin !

Page 1