DEPART
Vous allez donc quitter notre brillant Midi
Pour les brouillards de plomb, pour le ciel engourdi,
Qui sur votre Angleterre pleure !
C'est bien : il faut vouloir ce que veut le destin ! Maudit soit le clocber qui, dimanche matin ^
De ce départ sonnera l'heure !
Rappelez-vous là-bas, sur l'Océan lointain, Le parfum amoureux et la voix de satin
De la mer où vous êtes née; Aux pays du brouillard, delà pluie et du vent. Pensez de cœur et d'âme, oh ! pensez bien souvent,
A notre Méditerranée !
Rappelez-vous nos bois sur le golfe voisin, Nos coteaux émaillés d'olive et de raisin,
Nos montagnes et nos vallées :
Le Prado, qui, toujours tout heureux de vous voir. Pour votre front divin toujours faisait pleuvoir
L*or et Tazur dans ses allées !
Rappelez-vous les pins, le ciel élincelant»
Gemenos et Saint-Pons, la Raume de Roland,
Le sable dès rives aimées ; Les verts tapis de mousse où Ton aime s^asseoir, Le sourire de Taube et les brises du soir
Sur les collines embaumées!
Rappelez-vous ces bords que vous avez chéris. Et les saules riants et les vieux tamaris
Que rHuveaune tranquille arrose , Et la falaise avec son dôme oriental, Où votre beauté pure avait pour piédestal
Un grand rocher de granit rose !
Et, ce qui vaut bien mieux que les monts et les bois. Que les pins, que la mer, â Tamoureuse voix.
Que notre ciel de douce flamme, Que tout ce que le cœur et les yeux aiment tant, Souvenez-vous qu*ici vous laissez en partant
Un cœur, le frère de votre âme !
ITALÏA
A MADAME LA COMTESSE **', QUE j'aVAIS RENCONTRÉK EN ITALIE, ET QUE JE BETROl'VAIS A PARIS
Sur ce globe où ron se promène, Le cœur flétri, les yeux en pleurs, Dans noire terrestre domaine, Où Tépine couvre les fleurs, Pour avoir un moment de trêve, Pour jouir de quelque doux rêve Et charmer un chagrin cuisant, 11 faut que Tagile pensée Ressaisisse une heure passée Et s*endorme sur le présent.
Dans ces jours où la mort commence, Quand il fait noir à Thorizon, Lorsque Paris, la ville immense.
M'étouffe comme une prison, Courbé par la mélancolie, Je pense à la belle Italie :
Elle console mes ennuis ; Je vois avec les yeux de Tàme Le soleil de ses jours de flamme Et les étoiles de ses nuits.
* Vous qui comprenez les poètes.
Et qui prenez de votre main
Des roses pour toutes les fêtes, .
Un crêpe noir le lendemain,
Si parfois la brume qui passe
Devant vous répand dans l'espace
Ennui secret, vague chagrin.
Et si votre vitre qui pleure
Ne vous fait pas rêver à l'heure
Où le jour deviendra serein ;
Oh ! rappelez-vous ces vallées Vierges du souffle des hivers.
Ces villas aux longues allées De peupliers et de pins verts ; Ces horizons aux grandes lignes.
Ces ormeaux mariés aux vignes Qui pendent sur le grand chemin, Et, pleurantes aux bords des fleuves,
Ces calmes «ités, nobles veuves Du grand peuple qui fut Romain !
Rappelez-vous ces nuits sereines, Pleines de joie et de doux bruits, Ces bals, où présidaient les reines.
Ces concerts de toutes les nuits; Ces quadrilles aux danses vives; Ces festins où tous les convives S'appelaient par des noms si beaux ; Ces fêtes, mourant à l'aurore, * Lorsque le jour venait éclore Aux pâles lueurs des flambeaux !
Surtout rappelez- vous Florence, Cette sirène aux dou^ liens.
Qui vous fait oublier la France Avec ses chants italiens ; Qui conte sur ses promenades.
Ou sous les hautes colonnades , Ses fastes graves ou badins, Et vous endort avec ses brises Sur les marbres de ses églises Ou sur les fleurs de ses jardins î
Et dans sa villa radieuse Cette fête que nous donna Avec sa voix mélodieuse La divine prima donnai
Fêle où la France et TAnglelerre Ont su réunir un parterre De grandes dames et de miss Pour applaudir, dans leurs extases, Toutes les angéliques phrases Que nous chante Sémiramis !
Il est d'autres villes au monde Pleines de splendides bazars.
De jardins qu'un fleuve féconde, De temples meublés par les arts ; D'autres où Tair que Ton respire.
Et qui dans les arbres soupire, Est suave comme le miel ; Mais c'est dans la seule Italie Que l'œuvre de l'homme s'allie Aux magnificences du ciel !