‹ Mélodies poétiquesChapitre 28 sur 122 · A VIRGILE · texte numérisé non relu

A VIRGILE

Tibnr, 1834

Sous les pins de Tibur, au feuillage sonore.

Toi, tu l'as Lien connu cet amour qui dévore, A rheure de midi, quand la flamme est dans Tair, Quand le soleil, dorant le roc de la sibylle. Fait pleuvbir ses rayons sur le fleuve immobile, Change la cascade en éclair ;

Quand, sous les feux du ciel, la campagne se ride Aux ardeurs du Lion et de Tété torride.

Et qu'un chaud zéphyr joue avec les épis blonds, Et qu'on entend de loin, en notes inégales.

Sur Técorce des pins retentir les cigales.

Mugir les bœufs dans les vallons ;

 l'heure où le dieu Pan, sous des arceaux de lierre. Enseigne un air d'amour à la nymphe écoliére Et chante, en alternant la flûte avec la voix ; Où l'ÂpoUon berger abandonne ses chèvres^ Et va, la flamme au front et le baiser aux lèvres. Embrasser Daphné dans les bois ;

A l'heure où, vers Tibur, devant les cascatelles, Les myrtes de l'amour, le thym, les immortelles, Les genêts aux fleurs d*or, les clochettes d'iris, Les sauvages œillets, les humbles violettes, Exhalent sous les monts, immenses cassolettes. Le parfum aimé de Gypris.

11 semble alors que tout, dans la zone agrandie, Arbres, fleuves, gazons, couronnés d'incendie. S'agitent dans les bras d'un invisible amant. Et que, dans les sillons embrasés de l'espace, Chaque étincelle d'or est un baiser qui passe Chargé des feux du firmament !

Tant de siècles éteints, ô Virgile ! ô mon maître '. Ces feux brûlent encor ton divin hexamètre, Soit qu'il chante Phyllis, soit qu'il chante Didon, Ou soit que, par l'erreur d'un caprice profane, Il refuse la robe et le lin diaphane A la bergère Corydon.

Oui, tous les aiguillons de la chair et de l'âme Scandent, sous le soleil, tes dactyles de flamme.

Et noire corps glacé, dans la neige engourdi, Se donne, avec tes vers, une amoureuse fête, Et sent vibrer au cœur, comme dit le prophète, La flèche qui vole à midi ^!

Aujourd'hui, toute chose ici s'est écroulée.

Mais la brise de feu par ton cœur exhalée.

Mais les divins amours que ton vers nous a peints, Sous la roche où, brisé, le vieux temple s'incline, Vivent avec Técho, parlent sur la colline.

Chantent avec la voix des pins !

Et toujours à midi, quand, sous la verte arcade, La voix des pins se mêle au.bruit de la cascade. Quand les grelots d'argent brillent sur les cyprès. Si, joyeuse au soleil, une nymphe moderne.

Fille de Tivoli , vient fouler la luzerne Et cueillir des fleurs dans les prés.

On croit la reconnaître ; un jour tu l'as chantée : Oui, c'est Ghioé la brune, ou sa sœur Galatée, Qui fuit quand on l'a vue; oui, c'est Amaryllis Ou la blonde Aglaé, si chère au vieux Silène, Aglaé qui secoue, en volant sur la plaine, Une blanche gerbe de lis.

Oui, c'est bien une nymphe, en robe de bergère, Car elle a déposé sa tunique légère,

' A sagitta volante in die, ab incorsu et démon io meridiano. (David, Psaumes.)

Qu'elle livre flottante aux feuilles des roseaux, Et Ton voit» à travers le rideau des vieux saules. L'ivoire savoureux de ses fraîches épaules S'arrondir au-desSus des eaux.

En ce moment divin» si toute la nature, Si la création, comme la créature, S'agite sous le feu dont l'amour Tinonda, C'est qu'une jeune fille, aux caresses de l'onde, Toute nue, a livré sa tête brune ou blonde, Cherchant le cygne de Léda ;

C'est qu'après deux mille ans cette nymphe romaine. Fille de tes amours, naquit sur ton domaine.

Sous la treille où ta main cueillit les pampres verts. Et que le frais Tibur, aux vierges de ta race Donne, sans l'épuiser, cette éternelle grâce Souyenir vivant de tes vers !

MINORA CANAMUS *

C'est pour L'amour, Charmante Amante, Que la Villa Se pare De feux, Prépare Ses jeux.

Ses fêles Coquettes,

* L'aateur a écrit cette pièce devant un musicien qui prétend que les vers ont toujours dix syllabes de trop pour un compositonr.

Ses longs

Salons,

Ses marbres,

Ses arbres,

Ses chants

Touchants,

Son ombre

Si sombre.

Ses beaux

Flambeaux,

Sa mousse

Si douce;

Et lourds

Velours ,

Fougère

Légère,

Tapis

D'épis

Que brise

La brise.

Vergers,

Bergers,

Prairies

Fleuries,

Bonheur

Qui noie

Le cœur

En joie,

Azur

Si pur,

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Etoiles Sans voiles, Gaîté D'été, Verdure Qui dure Dix mois Aux bois, Aux treilles Vermeilles, Aux pins Alpins, Aux rives D'eaux vives.

Dans la Villa,

Ces choses Ëcloses Sont pour L'amour i

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