A OVIDE
Oui, lu fus malheureux entre tous les poëtes! Oui, la foudre en passant sur les plus hautes têtes. Les prenant pour un monl^ les frappe trop souvent, Et, comme lu l'as dit, celui que, de son aire, L'aigle du roi des dieux touche avec le tonnerre, S'étonne de se voir vivant.
Et tu vécus ! A vivre, un instinct nous excite Après les plus grands maux ; et tu vins chez le Scythe Pour subir la rigueur d'un ciel plat et glacé, Toi, né dans les rayons de la zone romaine, Arbre de poésie, exilé du domaine Où le bonheur t'avait placé.
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Je comprends les douleurs qui déchiraient ton Ame Quand tu pensais de loin aux horizons de flamme, (]e cercle lumineux de ton pays natal ; Au village où riait ta jeunesse première.
Au dôme étincelant d'azur et de lumière De ton beau ciel oriental !
Oui, ton exil fut dur! tu ne méritais guère Cette mort réservée aux coupables vulgaires, prince de Tesprit, des amours et des vers !
Et pourtant le génie, inextinguible flamme.
Ce baume de Texil et ce soleil de Tâme, En printemps changea tes hivers !
poète! il est donc une force inconnue Qui fait jaillir des fleurs sur une lande nue^ Qui des climats glaces réehaufte Tborizon, Fait sourire le cœur quand la paupière pleure, Et donne des sons doux et des ailes à l'heure Si lente dans une prison ?
Les vers ont adouci ton agonie amère ! Tout poëte, ici-bas, souffre depuis Homère, Mais tout poète garde un baume précieux Qu'aux vulgaires malheurs le vieux Destin refuse, Baume qu'a préparé la secourable muse Ou dans l'Olympe ou dans les deux.