SAINT-SERVAN
Jean, lève -ta! — Pourqua? — Pour aller garder les vaches. — Ah! j'ai t'y grand mal à mon vente! — ■ Jean, lève-ta! — Pourqua? — Pour veni manger des Riquiqui , mon vente, mon vente, riquiqui,
galettes
mon vente est guen.
Conversation entre deux Normands*
Dis donc, Pierre, dors-tu? — Et si je n'dormais pas que m' voudrais-tu? — J'voudrais qu'tu m'prêtis un écu. — Ah ! j'dors. E.
FORMULETTE
(RELLEY, AIN.)
Les enfants la chantent à ceux d'entre eux qui sont soupçonnés de rapporter.
Rapporteur,
Picoteur,
Papillon
Du démon.
E. de Chanot.
BIBLIOGRAPHIE
Franzoesische Volkslieder zusamnengestellt von Moriz Haupt und aus seinem Nachlass herausgegeben. Leipzig, 1877, pet. in-8", vni-177 p., avec une préface de M. A. Tobler. (Paris, Viaul. Prix : ."> fr. 33 C.j Ce charmant petit volume contient la collection de chansons populaires françaises faite par un savant allemand mort il y a quelques années, Moriz Haupt, et dont M. G. Paris, dans la préface de ses Chansons du XV* siècle, disait souhaiter vivement la publication posthume.
Les amis de la poésie populaire ne pourront se passer d'avoir entre les mains ces chansons qui sont tirées de recueils rares ou peu connus, principalement du XVIe et du XVlIe siècles. Une vingtaine seulement d'entre elles sont, empruntées aux ouvrages relativement récents de MM. de Beaurepaire et de Puymaigre. Nous profitons de l'occasion pour recommander à nos lecteurs le recueil ed M. G. Paris qui a beaucoup de rapport avec celui de Haupt et dont le titre complet est : Chansons du XVe siècle , publiées d'après le manuscrit de la Bibliothèque nationale de Paris, par Gaston Paris, et accompagnées de la musique transcrite en notation moderne, par Auguste Gevaert. Paris, 1875, in-8°, xvi-257 pages. Nous empruntons aux Franzoesische Volkslieder de Haupt la chanson suivante :
Je m'en allay à Bagnolet,
OU je trouvay un grand mulet,
Qui plan toit, des carottes; Ma Magdelon , je t'aime tant
Que quasi je radotte.
Je m'en allay un peu plus loing , Trouvay une botte de foing , Qui dansoit la gavotte.
Ma Magdelon, etc.
Je m'en allay en nostre jardin , Trouvay un chat incarnadin , Qui décrottoit ses bottes.
Ma Magdelon, etc.
Je m'en revins en nostre maison Où je rencontray un oison, Qui portoit la calotte.
Ma Magdelon, etc.
Mosaik zur Kunstgeschichte , par G. Kinkel , professeur
à l'Ecole Polytechnique de Zurich , 1 vol. in-8" de
467 p. Berlin , Oppenheim , 1876.
Dans ce beau volume, où tant de questions intéressantes sont traitées de main de maître C1), il est un chapitre qui s'adresse tout particulièrement aux lecteurs de Mélusine , c'est celui dans lequel M. Kinkel a étudié les légendes ayant pour point de départ des monuments figurés ( Sagen aus Kunstwerken enlstanden ) . Ce domaine est aussi vaste que fécond et on ne saurait trop féliciter M. Kinkel de l'avoir exploré avec tant de succès.
L'œuvre d'art n'existe pas seulement par elle-même : elle existe encore par les impressions qu'elle fait naître, par les racines qu'elle jette dans le monde extérieur. Si parmi les différentes manifestations auxquelles elle peut donner lieu , il en est une qui se recommande à notre attention , c'est à coup sûr celle qui a trait aux
(!) L'ouvrage comprend les dissertations suivantes, au nombre de onze : Sur la différence entre l'art antique et l'art moderne. — Qui a restauré le Taureau Farnèse? — La statue de l'arrotino de Florence date du XVIe siècle. — Le mausolée d'Halicarnasse et les fragments conservés au British Muséum. — Légendes ayant leur origine dans des œuvres d'art. — Stonehenge et l'époque de sa construction. — L'église Sainte-Sophie à Constantinople. — Les peintures de Rogier van der Weyden à l'Hôtel-de-Ville de Bruxelles et les tapisseries bourguignonnes de Berne. — Commencements de la peinture profane en Italie : peintures sur meubles. — Les tables peintes. — Le Graveur W. Hollar.
Chartres. — Edouard
croyances populaires. Le peuple, dans les temps modernes, regarde, c'est-à-dire examine rarement les productions des beaux -arts. Il n'en est que plus intéressant de connaître l'effet qu'elles produisent sur lui , de savoir comment les monuments de la peinture , de la sculpture, de l'architecture, se reflètent dans ces esprits naïfs et non préparés.
Les exemples réunis avec autant d'érudition que de goût par le savant professeur de Zurich, nous prouvent que cet effet est presque toujours indirect. Les remarques de la foule n'ont rien de topique ; on y chercherait vainement quelque chose qui ressemblât à une appréciation, à une critique. L'imagination seule travaille, et, le hasard s'en mêlant, elle invente les interprétations les plus fantaisistes. Peu à peu ces interprétations prennent un corps et la légende est constituée. — Qui pourrait espérer d'en analyser tous les éléments !
— De savoir si l'œuvre est bonne ou mauvaise , le vulgaire s'en soucie peu; ce qui le frappera c'est telle ou telle attitude , tel ou tel accessoire. Quel archéologue a jamais fait attention à la touffe de poils que l'on remarque entre les oreilles du cheval de bronze de Marc-Aurèle! Eh bien! c'est elle qui préoccupe le peuple; il la rapproche d'autres données , et voilà que cette touffe se change à ses yeux en une chouette , laquelle à son tour tiendra une place importante dans la curieuse légende du Gran Villano.
Il nous est impossible de passer en revue les innombrables matériaux réunis par M. Kinkel (pages 161 à 243 ). Il nous suffira de donner un aperçu de la classification adoptée par l'auteur. 11 examine successivement les légendes antiques ( Lionne de bronze du Capitole ;
— mort d'Eschyle), les légendes du Moyen-Age se rattachant à des œuvres d'art antiques ( Statue équestre de Marc-Aurèle. — Les Colosses de Monte Cavallo. — La Bocca délia Verità. — La Navicella. — La Louve d'Aix-la-Chapelle. — Les Heinzelmamnchen.) — Les légendes se rattachant à l'antiquité celtique et germanique (les trois Vierges d'Auw., etc.); — les légendes nées de monuments d'architecture ; — les ouvrages symboliques que l'on peut expliquer au moyen de légendes ; — les légendes héraldiques ; — le groupement géographique des légendes; — les sources de la légende, etc., etc.
Nous ne saurions trop engager M. Kinkel à poursuivre la voie qu'il si brillamment inaugurée , et nous serions heureux qu'il fît part de ses nouvelles découvertes aux lecteurs de Mélusine. E. M.
Poésies patoises, par Vernhet père, d'Agen ( Aveyron ). Rodez , 1877 , in-8°, 59 pages.
Ces poésies sont écrites en pur patois de Rodez. Elles sont suivies (p. 44-55) d'un Recuil dé prouberbes, maximos et aphorismés , dont les uns sont popul. tandis que les autres semblent avoir été plus ou moins arrangés ou créés par l'imagination de l'auteur. Voici qq prov. popul.
Pléjo lou jou dé sent Médard, Récouolto diminuo d'un quart,
Fumiè dé folguièyro Récouolto loougieyro.
Morido toun fils quond boulras Et to fillo quond poulras.
Le Diable et ses cornes, par un Fribourgeois de bonne humeur. Petit Traité de Botanique populaire; pet. in-8°. Fribourg, 1876, 74 p. Prix : 1 fr. Dans cette brochure , l'auteur se donne pour tâche de combattre les superstitions populaires du canton de Fribourg , relatives aux plantes. Il nous parle du trèfle à quatre feuilles que les joueurs allaient cueillir autrefois sous les gibets , pour avoir de la chance ; de l'ail vktorial dont la racine appelée racine a neuf chemises , ray a naou t%èmijès parce qu'elle est enveloppée de plusieurs tuniques ressemblant a des toiles minces, a la vertu de porter bonheur à celui qui l'a dans sa poche , de l'herbe qui égare le voyageur qui a marché dessus, de l'herbe qui force à voler quand on l'a touchée , du déferra tsavô , plante qui fait tomber les fers aux chevaux, de Yherba dou teneivro ( Sempervivum tectorum , L.) qui, comme son nom l'indique , préserve du tonnerre , etc. E. R.
Le Gérant, Eugène ROLLAND.
Garnier, Imprimeur.