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QUALIFIÉE DE DIVINITÉ PANTHÉE

M. le Dr Galy(J) a récemment décrit un buste en bronze qui fut trouvé en 1858 à Périgueux, dans la rivière de l'Isle, près des Thermes publics de Vésone , et qu'il considère comme une divinité panthée. C'est une attribution qu'il convient d'examiner avant de l'admettre. La figure représente une femme jeune, dont la coiffure, à bandeaux ondulés , rappelle celle des dames romaines de l'époque Antonine. On n'aperçoit du vêtement que la partie supérieure d'une tunique retenue sur l'épaule droite par une fibule à tête ronde. La partie inférieure du buste est limée au biseau , particularité qui fait supposer que la statue devait exister autrefois entière ; à la partie postérieure de l'épaule droite, on aperçoit un trou et une entaille limée, dans le bronze , qui , suivant M. Galy, a dû servir à attacher un carquois. Le motif allégué pour attribuer ce bronze à Diane parait toutefois insuffisant, et l'on n'est pas tenu d'accepter les conclusions auxquelles arrive l'auteur de ces lignes : « Sous » l'épais bandeau de cette magnifique chevelure, les » oreilles ont été cachées. N'y aurait-il pas dans ce fait » l'intention allégorique de désigner une divinité peu » accessible à la prière , telle qu'était la célèbre chasse- » resse, la terrible Hécate? » Je me hâte d'ajouter que l'expression de la physionomie est remarquablement gracieuse, à en juger du moins par l'épreuve photographique, les yeux n'inspirent nullement la terreur, nonobstant l'occultation des oreilles, et, somme toute, on ne découvre dans cette figure rien d'idéal ou de surhumain, qui empêche de la considérer comme un simple portrait. Le travail est, du reste, d'un bon style.

J'arrive maintenant à ce qui constitue la véritable singularité de cet antique ; c'est une lyre fixée au sommet de la tête , en arrière de la division des cheveux à laquelle les coiffeurs modernes donnent le nom de raie de chair. Sur le devant de cet instrument, sont appliquées deux cornes d'abondance en sautoir, entre lesquelles se dresse un bâton ou tige noueuse brisée à hauteur du joug de la lyre. M. Galy, sans avoir égard aux frêles proportions de cette tige, est tellement convaincu qu'elle représente une massue, qu'il n'a pas hésité à faire restaurer en forme de casse-tête la partie absente.

Pour moi, je croirais plutôt que la tige en question n'est autre chose que le manche d'un caducée auquel manquent les serpents entr.elacés; on sait, du reste, que le caducée qui n'est, en principe, que le bâton de voyage de Mercure-Hermès, est quelquefois représenté par une branche d'arbre noueuse (2). Le groupe des trois symboles, la lyre, les cornes d'abondance et le caducée, fait invinciblement songer à Mercure. Mais comment expliquer sur une tête féminine la présence de

f1) Divinité Panthée trouvée dans l'Isle, à Périgueux. (Extr. du Bulletin de la Société Historique et Archéologique du Périgord , avec une planche photographique, 1875.)

(2) Anthony Rich, Dictionnaire des Antiquités romaines et grecques , trad. Chéruel, v<> Caduceus , p. 89. T. I.

ces attributs hermétiques , que l'on ne saurait considérer comme des ornements, car ils donnent à tout l'ensemble un aspect tellement gauche et déplaisant que l'on aurait tort d'imputer un semblable manque de goût à l'excellent artiste qui façonna le buste avec tant d'élégance ? L'assemblage a été fait après coup et en dehors de la destination primitive de la figurine proprement dite, et le mode d'attache montre qu'il a été exécuté par une autre main ; la base de la lyre ne s'adapte même pas exactement à la cavité pratiquée dans la tête pour la recevoir.

Je suppose que la figurine qui, en principe, a pu représenter une divinité ou une simple mortelle sans que j'aie à me prononcer sur ce point, a été postérieurement convertie en un ex-voto consacré à Mercure; de là, l'addition postiche des attributs de ce dieu. Cette explication a en même temps l'avantage de rendre compte de l'ablation du carquois , si tant est que le buste ait jamais représenté une Diane.

Une opération du même genre semble avoir été pratiquée sur une statuette d'Apollon conservée au musée du Louvre : la main droite étendue supportait un animal , qui manque ; et la main gauche tenait un arc , qui manque également. L'enlèvement de ces attributs a pour contre partie une dédicace à Minerve, gravée sur le cou-de-pied gauche de la figurine :

XAPIA AMOS

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