A0ANA1AI
AEKATAN
— Charidème (a consacré) à Athéné (cette statue) produit d'une dîme. —
A l'occasion de cette figurine, M. de Longpérier, à qui j'emprunte ma citation, donne l'indication de divers ouvrages où il est question de statues d'un dieu dédiées à un autre dieu (i). Je puis mentionner une autre figurine d'Apollon en bronze , conservée au Cabinet de France (2) ; le dieu est debout, nu, les cheveux flottant sur le dos en une grosse tresse. L'inscription suivante est gravée en creux sur les cuisses et les jambes : à droite, AISXAAnilOl(*"0; à gauche, KA*IZOAOP02 («'«). — Céphisodore à Esculape.
La figurine publiée par M. Galy me paraît devoir être ajoutée à la même série archéologique, et, en conséquence, je n'hésite pas à la dépouiller du titre de divinité panthée pour la ramener au rôle plus modeste et plus compréhensible d'un simple ex-voto, dans lequel les attributs de Mercure remplissent symboliquement la fonction qui aurait pu être exprimée de manière explicite par une inscription dédicatoire.
Cette particularité offre un véritable attrait de nouveauté, et bien que je ne puisse partager l'opinion de M. Galy, cette légère critique ne m'empêchera pas de lui rendre la justice qui lui est due , en le félicitant d'avoir fait connaître une pièce aussi intéressante de sa collection privée ; par la même occasion, je me fais un plaisir de rappeler que c'est également à lui qu'on est redevable d'une très-utile publication, le Catalogue du Musée Archéologique du département de la Dordogne.
(') De Longpérier, Notice des Bromes antiques exposés dans les galeries du Musée du Louvre , p. 16-18, n° 69.
(2) Chahouillet, Catalogue général et raisonné des camées et pierres gravées , etc., p. 491 , i»° 2940.
Si je combats l'attribution qu'il a donnée à ce petit monument, c'est que j'y vois le danger île grossir, à la laveur d'un nom usurpé, le nombre de ces fausses divinités dont les mytbologues ne sont déjà que trop embarrassés. A ce propos, il ne me paraît pas inutile de rappeler que les auteurs anciens ne nous ont laissé aucune information précise sur la notion que l'on se faisait des divinités panthées; c'est tout au plus si l'on peut citer le passage où Ausone (Ep. 30) parle d'une statue de Liber Pater placée dans sa villa et portant les attributs de plusieurs dieux. En revanche, les textes épigraphiques fournissent un surcroît d'informations qui suppléent, dans une certaine mesure, au silence des auteurs; nous voyons dans les recueils de Gruter et de Muratori que les divinités auxquelles s'appliquait l'épithète de panlhée étaient Liber, Silvain , Priape. En outre, on connaît un certain nombre d'inscriptions mentionnant la consécration de statues , qu'on appelait des signa panlhea, ou plus simplement, en un seul mot. des panlhea. Et c'est avec raison que les antiquaires rapportent à ces signa panlhea non- seulement certaines figurines ou autres représentations d'Isis, de Sérapis, pourvues d'attributs tels que la corne d'abondance , le gouvernail, le caducée, le serpent, etc. , mais aussi les mains votives chargées de divers symboles, la pomme de pin, le vase d'Harpocrate, la tortue, le lézard, etc., que l'on peut voir dans les musées.
Un fait remarquable qui mérite de fixer l'attention des mythologues, c'est que le mot panthée, après avoir été en principe employé comme simple épithète accolée à un nom de divinité, avait fini par prendre l'acception d'un substantif isolé et indépendant , propre à désigner une entité mythologique de nouvelle création, éclose de conceptions obscures et complexes ; en d'autres termes , il semble que de la notion des diverses divinités panthées, on soit passé à celle de Panthée; c'est ce que prouve le changement grammatical de la locution signum pantheum en signum. Panthei, d'où les formules dédicatoires Pantheo Sacrum, Pantheo Augusto sacrum, divo Pantheo sacrum. Ge phénomène théogénique (*) que j'essaie d'analyser ne saurait , du reste , être plus clairement démontré que par le simple rapprochement de deux textes épigraphiques , dont l'un mentionne Silvain panthée , et l'autre , Silvain associé à Panthée ; la première de ces inscriptions a été publiée par Orelli, n° 2116,
SANCTO S1LVANO PAN THEO S . M . FVLVIVS ERAS T,VS CVM SVIS D . D
ce qui doit se lire ainsi : Sancto Silvano Pantheo s (acrum) ! M(arcus) Fulvius Eraslus cum suis d(ono) d(at). — Consacré au saint Silvain panthée ! Marcus Fulvius Erastus, avec sa famille , fait don (de ce monument). La deuxième inscription, publiée par Gruter, I, n°4, est ainsi conçue :
(') Le mot théogonique ayant déjà son emploi pour signifier ce qui est relatif à la généalogie des dieux symboliquement considérée comme une véritable filiation, le mot théogénique me parait d'un usage commode quand il s'agit de montrer comment prend naissance la notion d'une nouvelle divinité. Pour le langage des mythographes , il serait également avantageux de dénommer , par le mot mijthogénie, l'idée que nous nous taisons de l'origine d'un mythe.
HERCVLI . MERCVRIO
ET . SILVANO
SACRVM . ET
DIVO . PANTHEO . EX . V
Herculi, Mercurio et Silvano sacrum, et divo Pantheo, ex v(oto), — Consacré à Hercule, à Mercure et à Silvain, ainsi qu'au divin Panthée, en accomplissement d'un vœu. —
Je ne terminerai pas cette note sans prévenir mon lecteur qu'il chercherait en vain le moindre renseignement sur les panthées, dans la Mythologie Romaine de Preller, qui passe cependant, à bon droit, pour l'ouvrage le plus complet sur la matière. Le nom de ces divinités n'y figure même pas.
Robert Mowat.