‹ MélusineChapitre 148 sur 235 · LE PRISONNIER DES MORILLONS · texte numérisé non relu

LE PRISONNIER DES MORILLONS

(chanson a boire.)

Je ne connais point la signification du mot Morillons. Peut-être désignait-on ainsi des soudards qui occupaient leur désœuvrement à rançonner les pays où ils campaient. L'acteur de notre chanson n'est peut-être le prisonnier que de bandes irrégulières, mais si ce n'est point le sentiment patriotique qui l'inspire, sa fierté toute française n'en est pas moins admirable et les couplets dans lesquels il brave je ne sais quelle incorrecte maréchaussée n'en méritent pas moins d'être conservés.

C'est dans le Roannais , de la bouche de Benoit Sanajous de Saint-Priest-la-Roche , que j'ai recueilli ce vau-de-vire, aujourd'hui rare.

Une citation du comte Jaubert, que nous rappellerons plus loin , nous permet de dire que cette chanson n'a point un caractère purement local et de penser qu'elle fut, à une certaine date, en vogue dans les provinces centrales de la France.

L'autre jour je mi promène Tout le long de ces vallons, Dans mon chemin j'ai fait rencontre

Verse à boire !

Cinq cent mille morillons.

Eh ! buvons donc !

( i ) Les habitants de vingt-six autres communes du nom de Montreuil ont la même appellation.

Ils m'ont pris, ils m'emmènent, Dans la prison m'ont emmené.

« Compte cent écus sur table,

Verse à boire !

Nous ti sortirons de prison. »

Eh ! buvons donc !

« Que voulez-vous que je vous donne Je suis qu'un pauvre garçon. »

« Tu as menti, pour ta gloire,

Verse à boire !

Tu es 1' fds d'une riche maison. »

Eh ! buvons donc !

« Tu as une sœur ès-Lorrine (*), Qui s'appelle Jeanneton, Donne-moi la-z-en mariage, Verse à boire !

Nous ti sortirons de prison. »

Eh ! buvons donc !

« J'aimerais mieux que ma sœur fut morte, Et pourrir dans la prison , Que de la donner en mariage

Verse à boire !

A toi , vilain Morillon ! »

Eh ! buvons donc !

Ma sœur a des cheveux sur la tête, Qui lui apond' jusqu'aux talons (*), C'est pour faire des cordages,

Verse à boire !

Pour tous pendre ces Morillons !

Eh ! buvons donc !

Page 1