‹ MélusineChapitre 171 sur 235 · LES FILLES DU DIABLE · texte numérisé non relu

LES FILLES DU DIABLE

CONTE PICARD

Un fermier qui avait fait de mauvaises affaires envoya un jour à la ville son fils Richard, pour y vendre leur dernier cheval. En route Richard fit la rencontre d'un homme de haute stature qui lui demanda où il allait et pourquoi il était si triste. Le fils du, fermier lui ayant raconté que ses parents étaient ruinés et que ce cheval qu'il allait vendre était leur dernière ressource , l'inconnu lui dit : J'ai pitié de toi; je veux faire ta fortune et celle de tes parents. Voici un sac de mille écus, je te le donne mais à la condition que tu me rapporteras le sac vide dans un an et un jour à la Montagne-Noire où je demeure, sinon tu m'appartiendras corps et âme, — je suis le Diable — acceptes-tu? — J'accepte. — En ce cas remmène ton cheval , prends ce sac et n'oublie pas de me le rapporter au jour convenu, et le diable s'éloigna.

Le jeune homme remmenantle cheval et chargé de son sac d'écus revint chez ses parents qui lui demandèrent inutilement quelle était la source de cette fortune inespérée ; il leur dit seulement qu'il leur révélerait ce secret au bout de deux ans.

Le fermier retrouva bientôt son ancienne prospérité grâce au sac d'écus ; quant à Richard , il quitta immédiatement la maison de son père pour se mettre à la recherche de la Montagne-Noire. Au bout de quelques jours de voyage, il rencontra au sortir d'une forêt, une vieille femme ridée et cassée.

« Hé ! la vieille. Pouvez-vous m'enseigner la route de la Montagne-Noire?

— Le chemin de la Montagne-Noire ! voici bientôt cent ans que je suis ici et je n'en n'ai jamais entendu parler ; pourtant je connais des terrassiers qui pourront te renseigner. En sortant d'un bois que tu rencontreras bientôt tu verras des corbeaux qui chercheront à te faire causer, ne leur parle pas, car tu serais métamorphosé en quelque animal. Tu verras ensuite les terrassiers à qui tu t'adresseras. Adieu ! »

La vieille s'éloigna et Richard suivit le chemin indiqué. Après avoir marché huit jours il vit les corbeaux qui lui demandèrent où il allait. Mais il ne leur répondit pas. Lorsqu'il arriva aux terrassiers il s'enquit du chemin de la Montagne-Noire.

— Nous sommes ici depuis deux cents ans et nous ne la connaissons pas. Peut-être que le géant de la vallée pourra vous renseigner. Prenez à gauche et ne parlez pas à la statue de pierre qui se trouve auprès d'un grand chêne isolé. Adieu !

Ainsi qu'on le lui avait dit, le jeune fermier vit la statue qui essaya inutilement de le faire parler ; puis il arriva à une hutte gigantesque où demeurait le géant. — Pan, pan! Qui est là? — C'est moi. — Qui, toi? — Ouvrez toujours. — Le géant ouvrit et regardant de tous côtés demanda. -

« Je ne te vois pas. Où es-tu? — Je suis ici à vos pieds ; regardez. » — Le géant le vit enfin et lui dit :

« Que viens-tu faire ici, ombre de mes moustaches, ver de terre , poussière de mes mains !

— Voulez-vous m'indiquer le chemin de la Montagne- Noire?

— C'est facile. En sortant d'ici, tu prendras le chemin à droite , tu arriveras chez un autre géant qui , je le sais, connaît le chemin. Il fait chaud et tu dois avoir soif. Je vais te servir un verre de vin. »

Et ce disant il remplit de vin deux verres qui auraient pu servir de tonneaux. Le géant en avala un d'un trait, et Richard ne pouvant soulever le verre , n'aurait point bu si le géant ne lui eût mis du vin dans un petit verre.

Le jeune homme prit congé de son hôte et partit.

Il arriva bientôt à une tour baignée par la mer où demeurait l'autre géant.

Cette fois celui-ci qui était le roi des corbeaux, fit venir un des oiseaux dont il était le chef. Richard grimpa sur son dos après avoir emporté un sac rempli de viande et une fiole de graisse. 11 devait donner un morceau de chair à son conducteur chaque fois qu'il ferait couac ! couac ! Si la viande était dévorée avant la fin du voyage, il devait couper un morceau de ses cuisses pour le donner au corbeau , sinon ils tomberaient tous deux à la mer. Quant à la graisse, elle était destinée à guérir instantanément la cuisse du jeune homme.

Étant partis, ils furent bientôt au-dessus de la mer. Les couacs se multiplièrent tellement qu'il fallut nécessairement entamer les cuisses qui , grâce au baume , se trouvaient aussitôt guéries. Enfin le corbeau déposa Richard au pied de la Montagne-Noire , en lui disant :

« Tu es venu sur mon dos, tu retourneras peut-être à cheval. » — Lorsque le corbeau fut parti, le jeune homme chercha un sentier qui le conduisit au sommet du mont. N'en voyant point, car les épines et les ronces formaient un réseau inextricable, il s'abandonnait à d'amères rêveries, lorsque la vieille femme qu'il avait vue en commençant son voyage , se présenta devant lui et lui montra un sentier qu'il n'avait point aperçu. « Tu vas le suivre en rampant, lui dit-elle, et tu arriveras à un bassin où les trois filles du diable se baignent. Tu te cacheras et tu prendras les vêtements de la plus belle. Lorsque les deux autres s'en seront allées, tu te présenteras à elle et tu lui diras que tu ne lui rendras ses habits que si elle consent à t'embrasser. Si elle t'embrasse , elle t'aimera tant qu'elle te conduira chez son père. »

En effet, Richard put prendre les vêtements de la jeune fille qui se trouva bien embarrassée en sortant du bain. Lorsque ses deux sœurs l'eurent quittée, elle vit Richard qui ne consentit à lui rendre ses habits qu'après l'avoir embrassée.

Aussitôt, la fille du démon lui fit prendre un chemin caché qui le conduisit dans la salle même du diable.

« Oh! oh ! fit celui-ci en apercevant le jeune homme, tu es bien malin ! Comment as-tu pu te rendre ici? — Cela ne vous fait rien. Je suis arrivé à l'heure, que cela vous suffise. — N'importe , nous allons dîner. — Soit. »

La jeune fille avait recommandé à Richard de ne pas manger de viande et de ne pas boire de vin chez le diable, sinon il serait empoisonné. Il tint compte de cet avis.

Le lendemain, le diable dit au jeune fermier : « Pour que ton âme ne m'appartienne pas, je vais t'imposer trois épreuves. Pour commencer je vais te donner une pelle , une pioche et une hache de bois avec lesquelles tu abattras , couperas et mettras en bûches et en fagots pour ce soir le bois que tu vois là-bas sur la montagne. »

Richard prit les outils et se dirigea tristement du côté de la forêt. En y arrivant, il essaya de couper un des arbres. Aux premiers coups ses instruments furent brisés , de sorte qu'il se coucha tout à fait consterné de son malheureux sort.

Quelques heures après, il fut réveillé par celle qui l'aimait. Elle avait été envoyée par sa mère la diablesse pour lui apporter à manger. Il raconta ses peines. — «Déjeune toujours, lui dit - elle , je trouverai bien quelque moyen pour t'aider dans ton travail. »

Lorsqu'il eut mangé, il demanda à la jeune fille comment elle s'y prendrait pour le tirer de sa fâcheuse position.

— Gela ne sera pas difficile ; regarde.

Et, prenant un morceau de bois, elle dit :

« Par la vertu de celui dont je suis la fille, que ce bois soit coupé, lié, mis en bûches et en fagots. » — Tout se trouva fait à l'instant. Puis la jeune fille s'en alla.

En rentrant, son père lui demanda si Richard avançait dans son travail. Il eut peine à croire sa fille lorsqu'elle lui dit qu'il avait presque terminé. Prenant alors son cheval, il s'élança dans les airs et alla voir si sa fille avait dit la vérité. Il fut bientôt rentré.

« Hé bien! lui dit sa femme, le jeune fermier a-t-il fini?

— Oui. C'est bien vrai.

— Je t'assure qu'il est plus malin que toi. »

Le lendemain le diable donna un sac de plumes au jeune homme, en lui disant d'en faire un pont solide en forme d'anse sur la mer.

« Pour le coup, se dit Richard, je suis perdu ! »

Il arriva sur le bord de la mer, jeta ses plumes qui se dispersèrent de tous côtés.

Il s'endormit encore et fut réveillé , comme la journée d'avant, par la fdle du diable qui le tira d'embarras en faisant elle - même le pont de plumes. Le diable fut fort intrigué.

« Je t'avais bien dit que ce jeune homme était plus malin que toi, s'écria encore la femme du diable.

— Pour cette fois je vais lui donner une épreuve qui le mettra sérieusement dans l'embarras. »

Le jour suivant Richard eut pour mission d'aller chercher un nid qui se trouvait sur le sommet d'une haute tour de marbre aussi lisse que du verre. 11 lui fut impossible de grimper à un pied de haut. Son amie vint comme toujours lui apporter à manger; elle apportait avec elle une grande chaudière et un énorme couperet.

Elle dit au jeune fermier : « Tu vas me couper par morceaux, que tu feras cuire dans la chaudière. Tu prendras mes os, tu les assembleras en forme d'échelle et tu grimperas à la tour. Puis tu reprendras les os , tu les poseras sur terre chacun à leur place et je reviendrai à la vie. Surtout ne mets pas ma tête à l'envers. »

Richard fit ce qu'on lui avait ordonné , mais oublia de remettre les os du petit doigt de l'un des pieds. La jeune fdle revint à la vie et ne fit que rire de la mésaventure qui lui arrivait. Elle quitta Pùchard et retourna à la Montagne-Noire où le diable fut plus surpris que jamais en apprenant que le jeune homme s'était encore tiré à son honneur de l'épreuve.

« Puisque tu es si adroit , dit-il à Richard à son retour, je te donne l'une de mes filles en mariage. Tu choisiras cette nuit celle qui te plaira. Seulement tu ne verras pas clair. »

Le soir venu, le jeune fermier fut conduit dans une salle où se trouvait un grand lit dans lequel étaient couchées les trois demoiselles. Il prit les pieds de chacune en disant : un , deux , trois , quatre , cinq , six , sept ,

huit, neuf, dix; un dix ; un, deux dix. Je

me suis trompé, se dit-il; et il recommença, un,

deux cinq ; un cinq ; un , deux , trois, quatre.

« Je veux celle-ci , dit-il au diable. » Et celui-ci la lui donna en mariage. Quelque temps après , Richard dit à sa femme qu'il voulait retourner en pays chrétien pour voir ses parents. Celle-ci lui recommanda d'aller dans l'écurie prendre un certain cheval qui ne bougeait pas lorsqu'on le frappait. Il y en avait un autre , vif, fringant, qu'elle lui dit de laisser. Malheureusement Richard prit ce dernier.

« Malheureux, lui dit-elle, je t'avais dit de prendre l'autre, maintenant il est trop tard. Montons sur celuilà et sauvons-nous. Il est probable que mon père va nous poursuivre. Lorsque tu verras un grand nuage noir derrière nous, avertis-moi. »

Ils partirent et virent bientôt la Montagne-Noire disparaître derrière eux. Quelques heures après Richard vit le nuage noir derrière lui.

« Que faire? demanda-t-il. »

— Par la vertu de celui dont je suis la iille , dit sa compagne , je commande que tu sois changé en jardi-

nier, le cheval en fontaine et moi en arrosoir. » Ce qui arriva. Le diable parut presque aussitôt et dit :

« Holà, jardinier, n'as-tu pas vu un cheval portant un homme et une femme sur son dos?

— Ne m'en parlez pas ; voici quinze jours que j'arrose mes choux et mes navets et ils ne poussent point.

— Ce n'est pas cela que je te demande.

— Allez, c'est bien malheureux; j'ai semé des radis, des oignons, des

— Imbécile. Je ne parle pas de cela. Adieu! »

Et le diable s'en retourna trouver sa femme à qui il raconta tout. — « Retourne au plus tôt ; tu n'as pas vu que c'étaient ta fille , son mari et le cheval. »

Le diable se remit donc à la poursuite des fugitifs. Richard , qui avait repris sa forme, vit venir une deuxième fois le nuage , en avertit sa femme qui s'écria :

« Par la vertu de celui dont je suis la fille, que je sois changée en barque , toi en pêcheur et le cheval en rivière. »

Le diable arriva et demanda au pêcheur :

« N'as-tu point vu passer un cheval monté par un jeune homme et une jeune fille?

— Ah ! mon bon monsieur, voici huit jours que je tends mes filets sans prendre un seul poisson.

— Je te parle de cheval et non de filets.

— Tenez, je venais de voir un beau poisson, vous me l'avez fait manquer.

— A-t-on jamais vu une brute comme toi ! Que le ciel te confonde ! »

Et le diable retourna voir sa femme , qui le traita de fou, en lui disant que le pêcheur était Richard, la barque , sa fille , et la rivière , le cheval. Pendant ce temps, les fugitifs avançaient et ils n'étaient plus loin de la côte lorsque le diable revint une troisième fois. Alors la princesse se métamorphosa en prêtre, Richard en sonneur et le cheval en chapelle.

« Avez -vous vu passer un cheval, une femme et un homme, dit Satan au sonneur?

— Bin, ba, Ion; Bin, ba, Ion; bon, bin, bon.

— Voyons, réponds?

— Demandez à M. le curé, il le sait mieux que moi. »

Et messire Satanas alla poser sa question au prétendu curé qui officiait.

« Dominus vobiscum ! répondit celui-ci.

— En voilà encore un comme les autres.

— Et cum spii'itu tuo. »

Le diable s'en alla encore une fois , et lorsqu'il revint il était trop tard. Les fugitifs étaient en pays chrétien chez les parents du jeune homme. Avant d'arriver à la ferme, la fille du diable avait donné une bague à son mari en le priant de la tenir toujours au doigt. « Surtout, dit-elle, n'embrasse pas tes parents, car le diable aurait pouvoir sur moi. Tant que tu auras l'anneau au doigt on ne pourra t'embrasser. »

En effet, lorsqu'on fut arrivé, le fermier et sa femme voulurent embrasser leur fils, mais leur figure ne pouvait approcher de celle de Richard. Un mois après , la femme de celui-ci déclara qu'elle allait retourner chez son père pour un an. Elle partit. Le soir même, le jeune fermier ôta sa bague par mégarde et la mit dans un tiroir. La nuit ses parents purent l'embrasser. Richard pleura beaucoup sur sa négligence. Il ne pensait plus revoir sa chère femme.

Peu de temps après, il ne fut bruit dans le village que d'une sorcière qui annonçait, moyennant une certaine somme , l'avenir des garçons et des demoiselles. Un des camarades de Richard alla la voir. Elle lui fit boire un verre de vin , aussitôt il eut envie de pisser et sortit dans la cour. Il pissa tant que le lendemain matin il n'avait pas encore terminé. Richard s'étant fait raconter par son ami ce qui lui était arrivé, il eut la curiosité d'aller trouver la dame à son tour. Il entra ,

et jugez quel fut son étonnement en reconnaissant

sa femme en personne. Il se jeta dans ses bras en pleurant.

« Pourquoi , dit-elle , n'as-tu pas tenu la bague à ton doigt; c'est une épreuve que j'ai voulu te faire subir. Je ne suis point allée à la Montagne-Noire trouver le diable mon père. Je n'avais que le moyen que j'ai employé pour te retrouver. Si tu n'étais point venu me voir ici dans cette cabane, j'étais perdue pour toi. Tu m'es rendu, et cette fois c'est pour toujours. »

Les jeunes gens retournèrent chez eux et ils eurent de nombreux enfants qui firent leur bonheur.

Conté en août 1877 par Ladent Alphonse, de Warloy-Baillon (Somme).

Recueilli et traduit par Henry Carnoy.

CROYANCES, SUPERSTITIONS, PREJUGES, USAGES ET COUTUMES

DANS LE DÉPARTEMENT DES VOSGES

Abeilles. — Dans quelques communes on place sur chaque panier d'un rucher, le jour du vendredi saint, une petite croix en cire bénite, qui doit empêcher les abeilles de quitter la ruche , et leur donner bonne chance.

Dans d'autres communes (Le Thillot, le Ménil) on attache à la ruche une petite branche de buis ou de saule marceau, bénite à l'église le jour des Rameaux.

Quand les abeilles essaiment, on les adjure de se poser et de ne pas s'envoler au loin en disant : « Venez, belles, de pa Dé, » (Venez, belles, de par Dieu), et ou fait un charivari en frappant avec une pierre sur une faulx, un chaudron, etc.

On frotte l'intérieur de la ruche qui doit recevoir l'essaim avec une poignée de serpolet.

Quand un chef de famille meurt, on est dans l'usage, dans beaucoup de localités , d'attacher un morceau d'étoffe noire à chaque ruche habitée. Sans cette précaution les abeilles pourraient quitter la ruche , ou mourir d'inanition.

Aiguilles. — Les aiguilles qui ont servi à coudre un mort dans son linceul, doivent être jetées au feu. Une aiguille qui aurait servi à cet usage, placée sous l'assiette d'un convive, suffit, suivant les bonnes gens des montagnes de Sapois, pour lui ôter l'appétit et l'empêcher de manger.

Ane. — « Au XVIIe siècle, il était encore d'usage, à Remiremont, de conduire à la procession du dimanche des Rameaux, une statue en bois représentant Notre- Seigneur monté sur un âne. Cette petite statue avait sa

! chapelle particulière fondée dans l'intérieur de l'église j vers 1393, par Jean Ghouard, honorable bourgeois de cette ville. Le matin de ce jour, un chanoine avec l'encensoir, le chanoine de messe de tierce, le secret, les officiers de ville, le boulanger et le doyen de Harol, qui devait la bride à l'âne, quand il en était dépourvu, conduisaient et tournaient cette statue devant les degrés du chœur. » (Bibliothèque de Remiremont.) Ext. des Usages et coutumes de l'ancienne Lorraine , par Richard , page 52.

Dom Galmet (Bibliothèque de Lorraine) indique que ce fut la princesse Catherine de Lorraine, abbesse de Remiremont, qui supprima la coutume indiquée ci-dessus.

Animaux. — Afin que les bestiaux qu'on vient d'acquérir oublient plus vite leurs anciens maîtres et ne soient plus tentés de retourner chez eux, il faut avoir soin, disent les habitants de Cornimont, de faire une petite croix sur la porte de leur nouvelle écurie. On doit aussi leur conserver pendant quelques jours la corde qu'ils avaient au cou quand on les a achetés , et ajouter à ces pratiques celle de leur donner du sel avec la main droite plutôt qu'avec la main gauche. D'après M. Richard , à Raon-aux-Bois , on leur donne le matin , avant de sortir de l'étable, une tartine de beurre tournée trois fois autour de la crémaillère , et qui doit leur être présentée aussi de la main droite.

A La Bresse , on a soin de donner à manger au bétail avant la messe de minuit. Dans bien des fermes on croit encore que les bestiaux se lèvent et conversent ensemble pendant la messe de minuit.

Anneaux. — On regarde comme un présage trèsfuneste la perte de l'anneau bénit pour le mariage.

Araignée. — Araignée le matin, Chagrin ; A midi , Plaisir ; Le soir, Espoir.

Argent. — Quand on a de l'argent ou de l'or monnayé sur soi quand , pour la première fois , on entend le chant du coucou , on est assuré d'en avoir toute l'année.

On croit dans beaucoup de localités qu'un trésor enfoui fleurit chaque cent ans. A Cornimont on conseille à la personne qui serait assez heureuse pour apercevoir le bel arbre d'or qui annonce cette floraison, d'étendre, à la place où elle l'a aperçu , une partie de ses vêtements , afin que si le trésor n'était pas recueilli cette fois , il ne pût s'enfoncer davantage dans la terre.

Aubépine. — Les froids tardifs de la mi-mai ou du commencement de juin sont causés , dit-on , par la floraison de l'aubépine.

Avare. — Quand il fait un cadeau , on dit qu'il ne tardera pas à mourir.

Beurre. — Pour que la crème mise dans la baratte rende promptement du beurre , on dit , dans le canton du Tillot, qu'il faut graisser le fond de la baratte avec de la graisse de chat. Ailleurs on place sous la baratte un démêloir.

Bonnet mis.de travers. — Indique un homme qui veut plaider, ou, dans d'autres localités, un faquin, un glorieux.

Une femme qui avait son bonnet de travers, passait autrefois pour une sorcière hantant les sabbats.

Bouteille. — Celui qui, au cabaret, reçoit dans son ] verre la dernière quantité de vin ou de bière que

contient une bouteille doit payer la dépense de cette bouteille.

Buis bénit. — Les branches de buis bénites le jour des Rameaux , ainsi que les branches de saule marceau garnies de chatons blancs qui remplacent le buis pour cet usage dans la montagne, ont la vertu de préserver de l'orage, de la foudre et des maléfices. Pendant les violents orages , on jette au feu une de ces palmes bénites... C'est, disent les bonnes gens, pour empêcher le tonnerre de tomber sur la maison.

Carottes, navets. — Il y a des gens qui, en semant des carottes, disent : longues comme ma cuisse, et en semant des navets : gros comme ma tête, afin que ces légumes deviennent plus volumineux.

Cerf-volant. — La tête de ce coléoptère , portée sur soi, est un talisman contre la foudre.

Cerf. — Les personnes qui ont pu se procurer des morceaux de bois de cerf, y attachent une vertu préservatrice contre la foudre et les maléfices.

Chaise. — On dit d'une jeune personne qui renverse une chaise qu'elle ne sera pas mariée dans l'année. Si c'est une dame, qu'elle ne sera pas mairesse dans l'année, ce qui veut dire que dans l'année son mari ne sera pas maire de la commune.

On dit : aller relever les chaises, aller, le lendemain d'un souper, d'un festin, en manger les restes.

Chanvre. — On dit, au Val-d'Ajol, qu'il ne faut pas semer le chanvre le jour des Rogations, autrement il faudrait l'arracher à genouillons, c'est-à-dire qu'étant très-court il faudrait se mettre à genoux pour l'arracher.

Centaurée jacée. — Une jeune fille qui a plusieurs prétendants et qui désire savoir lequel l'aime le plus sincèrement, n'a qu'à cueillir autant de capitules de cette fleur des prairies qu'elle a d'adorateurs , ensuite couper les pointes des pétales de chaque capitule , et en placer un dans chaque poche de ses habillements. Le soir, l'aigrette qui aura repoussé le plus visiblement indique l'amant qu'elle doit préférer.

Les têtes de chardon-acanthe ont le même pouvoir.

Charrue. — Dans le canton de Saulxures, si quelqu'un enjambe une charrue dans un champ, la récolte sera considérée comme compromise. Il y a cinquante ans , cette croyance était si générale et si vivace qu'on arrêtait à l'instant tous labours pour ne les reprendre que le lendemain.

Chat. — Rencontrer un chat le matin , en se mettant en voyage, est d'un mauvais augure. Pendant longtemps on a cru que les miaulements des chats, la nuit, indiquaient le voisinage d'un sabbat.

Quand une jeune fille marche sur la queue d'un chat, elle doit perdre tout espoir d'être mariée dans l'année.

Quand un chat passe ses pattes de devant par dessus ses oreilles on dit, en hiver, qu'il tire en bas de la neige.

Chauve-souris. — Si elle fait ses excréments sur la tête d'un enfant, il ne tardera pas, disent les femmes de la campagne , à avoir la teigne ou un violent mal de tête.

Cheveux. — Pour qu'ils repoussent promptement et s'épaississent, il ne faut les couper qu'au commencement de la lune.

Chèvre. — La jeune fille qui se marie avant son aînée doit lui donner, le jour de la célébration de son mariage, une chèvre blanche. Souvent la chèvre blanche est fournie en effigie , en carton , en trognon de chou

même , et apportée sur un plat avec de l'avoine , du sel. (Voir Vallée de Cleurie par X. Thiriat, p. 313.)

Chouette. — On dit que les filles qui arrivent à l'âge de 30 à 40 ans sans être mariées, vont crier la chouette, c'est-à-dire accompagner dans le bois les tristes lamentations de cet oiseau.

Cil. — On dit qu'on ne peut manquer d'acquérir bientôt l'accomplissement de ses souhaits si on a soin de déposer dans un de ses souliers le cil qui vient de tomber de la paupière.

Coccinelle. — Ce coléoptère est réputé porter chance , on l'appelle poule du bon Dieu.

Colique. — Procurez-vous une taupe en vie, prenezla par la peau du dos et de la main gauche, tenez-la ainsi jusqu'à ce qu'elle soit morte. Vous avez dès ce moment le pouvoir de guérir la colique des hommes et des animaux domestiques , il suffira que vous touchiez le malade de la main gauche.

Congés donnés aux amoureux. — Quand une jeune fille a refusé de se marier avec un jeune homme, on dit qu'elle lui a donné le chat.

Coqs. — Ceux qui naissent le vendredi-saint chanteront plus tôt que d'autres , disent quelques femmes de Saint-Étienne , de Pouxeux, de Sapois. Un coq auquel on donne du pain bénit devient comme enragé.

Coucou. — On donne le nom de neige du coucou, à celle qui tombe et blanchit le sommet des Vosges depuis qu'on a entendu le chant de cet oiseau. Le coucou chante ordinairement du 1er au 10 avril; toujours avant le 15 avril.

Quand le coucou chante près des habitations, c'est signe de pluie prochaine. Suivant quelques habitants de Gerbamont, c'est signe qu'il y aura bientôt un mort dans la maison.

Couteaux. — Un jeune homme qui ferait cadeau d'un couteau à la jeune fille qu'il aime, s'exposerait grandement à voir ses amours coupées dans la huitaine. Il paraît, qu'au contraire, les jeunes hommes qui tiennent à s'attacher une jeune fille par l'affection, ont grande chance de réussir s'ils peuvent lui prendre son couteau.

Croix. — Deux fétus de paille, des morceaux de bois , une cuillère , une fourchette , croisés par hasard , se trouvant sur notre passage ou sous nos yeux, sont d'un fâcheux présage.

Quand des enfants, en jouant, s'amusent à tracer des croix sur le sable, sur les portes, il y aura bientôt un mort dans le voisinage.

Croix blanche a la cheminée. — Il y a bien longtemps que nous n'avons eu le plaisir de vous voir, nous allons faire une croix blanche à la cheminée... Cette formule de politesse s'emploie quelquefois , pour témoigner le plaisir qu'on éprouve de revoir quelqu'un après une longue interruption de visite. On dit aussi faire une croix de charbon blanc.

Cula. — M. Richard décrit ainsi cet être fantastique à l'existence duquel quelques personnes croient encore. « Ne demandez pas quelle est la forme naturelle de Cul;ï, personne n'en sait rien. On a vu bien des fois Culâ, mais c'était sous une forme empruntée. Culà est une espèce de Protée. Il n'apparaît qu'au milieu des ténèbres, que dans les moments où le ciel semble menacer la terre de quelque cataclysme. Culà est sournois, ricaneur, méchant, hypocrite; Culâ est presque ce qui n'est pas bon ; si vous êtes égaré près d'une rivière par

un temps affreux , craignez Gulâ ; il est là , sur le bord de la rivière, et se révèle ;'t vous par une pâle lueur. Vous le voyez, il se glisse devant vous, il semble guider vos pas, il côtoie l'eau, vous éclaire de sa douteuse lumière qu'il change insensiblement, donnant à la terre la teinte de l'eau, à l'eau, la teinte de la terre ; prenez garde, il vous conduit tout droit dans quelques gouffres »

Il apparaît aussi parfois sous la forme d'un bouc trempé de pluie, couvert de boue, grelottant, qui semble vous inviter à monter sur son dos pour passer une passerelle, un gué... Que de fois il a été vu sous cette forme sur les bords de la haute Moselle, dans le canton du Thillot !...

A Gornimont, on dit qu'il aime à s'approcher des personnes pieuses, qui prient avec ferveur, et qu'il suit en riant les pierres que les enfants jettent dans les étangs et les mares.

Au Tholy, on est persuadé que ce n'est que par de gros jurements qu'on peut le forcer à s'éloigner.

Depuis que les marais sont devenus rares, les feux follets qui s'en élevaient la nuit ont à peu près disparu, et avec eux Gulâ , qui n'était autre que ces lueurs phosphorescentes. Dans les cimetières, les feux-follets sont des âmes errantes. Voir dans Vallée de Clairie, par X. Thiriat : YHermile de Hazintray.

Décès , Funérailles. — En outre des signes précédemment cités, auxquels on croit reconnaître qu'il y aura prochainement un mort dans une localité , on peut en ajouter une foule d'autres. Ainsi, un chien qui fait entendre de longs et plaintifs gémissements pendant la nuit , près d'une maison , hurle à la mort. Une pie qui se perche sur une maison ou sur un arbre voisin d'une habitation , annonce , à n'en pouvoir douter, qu'une personne de cette maison mourra prochainement. On appelle la pie : ayesse , èguesse en patois , et oiseau de la mort. Quand on voit les gens des montagnes descendre au village pour la messe en groupes nombreux , signe de mort. Quand l'horloge de la paroisse sonne pendant l'office , entre les deux évangiles , signe de mort. Quand les araignées des bruyères ont tendu leurs toiles partout, en bien plus grande quantité que de coutume, comme cela arrive en certaines années, signe de grande mortalité. Quand un malade veut changer de lit, signe certain qu'il va mourir. Quand une poule, un chat tombent morts sur le seuil d'une maison , la mort doit enlever un habitant du logis avant la fin de l'année. Des taches sur le linge ou dans un appartement qui sont disposées en forme de croix, indiquent aussi mort prochaine. Si une personne vient à mourir , faire attention si le corps reste longtemps avant de prendre la rigidité cadavérique; ce sera signe que la mort enlèvera quelqu'autre personne de la famille prochainement. Après avoir brûlé la paille du lit où le défunt a succombé , voir les cendres le lendemain; s'il y a une marque d'un pas, c'est que le défunt est revenu ; la direction du pas indique le côté où aura lieu le plus prochain décès dans la localité. D'autres disent que l'empreinte du pied du mort indique qu'il est en purgatoire, et demande des prières.

Pendant qu'on brûle la paille du lit mortuaire, la direction que prend la fumée, si l'air est à peu près calme , indique aussi le voisin qui succombera ou qui perdra quelqu'un des siens.

Aussitôt qu'une personne est décédée, les parents et

les amis qui l'emourent et qui avaient placé un cierge béni dans ses mains pendant son agonie, s'empressent de lui fermer les yeux et la bouche. Puis on arrête l'horloge , ou on jette hors de la maison l'eau que contiennent tous les vases qui s'y trouvent dans la persuasion que , si on négligeait cette pratique , l'âme de la personne décédée pourrait se noyer dans cette eau. A Raon-aux-Bois , on prétend que c'est pour ne pas voir dans le cristal transparent de l'eau, le combat de l'âme du mort avec le diable, et le succès de ce dernier.

Ensuite , si le défunt a succombé sur un lit de paille , on prend une partie de cette paille, et on va la brûler immédiatement à l'embranchement de plusieurs chemins, et on observe, comme il est dit ci-dessus, de quel côté se dirige la fumée. A Rochesson, au Tholy, etc., on dit que l'incinération de cette paille a lieu pour rappeler à chaque passant le souvenir de la personne qui vient de mourir, et l'engager à ne pas oublier de dire une prière pour le repos de son âme (l).

Eau. — On croit, dans le canton de Saulxures, que quand un pot bout sur le feu , sans qu'il y ait rien autre chose que de l'eau , les âmes du Purgatoire ne manquent pas d'y venir prendre un bain. Ce qui ne peut avoir lieu s'il y a quelques légumes, même un morceau de bois, dans l'eau ; aussi les bonnes femmes s'empressent-elles de retirer l'eau du feu ou d'y jeter une tranche de légume ou un brin de copeau , de fagot.

Éclipses. — Annoncent des événements funestes.

Écus a la vache. — Depuis la démonétisation de ces pièces, il y en a beaucoup de conservées, et qui se transmettent de père en fils. Ces pièces, dit-on, portent bonheur à ceux qui en possèdent. Quelques personnes croient qu'elles préservent du tonnerre.

Éternuement. — Ce serait manquer à la politesse de ne pas répondre à un éternuement, par « Dieu vous bénisse. » Quand c'est un garçon ou une jeune fille qui éternue , avec lesquels on est familier , on doit dire « à vos amours. » Sur plusieurs points de la Lorraine, on croit qu'éternuer trois fois le matin , quand on est à jeun, annonce qu'on recevra sûrement un cadeau dans la journée.

Étoiles filantes. — Elles annoncent la mort d'un homme, ou bien qu'une âme vient d'être délivrée du purgatoire, et sollicite une action de grâce. On croit aussi que si on peut dire requiescat in pace pendant qu'une étoile filante est visible, on sauve une âme du purgatoire.

Fées. — On ne croit plus à ces êtres légendaires , mais les noms de localités qui rappellent le temps des Fées sont communs dans les Vosges et localités voisines , et ont chacun leur légende. Le Poni-des-Fécs , près de Remiremont. Le Pont-des-Fées à Uriménil. Le Pont-des- Fées au Val-d'Ajol. Le Faix-des-Fées au même lieu. La Grotle-des-Fées à Ramonchamp. Le Ruisseau des -Fées à Gérardmer. Les Hautes-Fées , le Moutier-des Fées à la Bresse. La Roche-des-Fées à Colroy-la-Grande. Le Château-des-Fées à Ruaux et à Champinaux, arrondissement de Nancy. Le Trou-des-Fées , à Lagny , près de Toul, etc.

( J ) Pour tous les détails concernant les funérailles dans les Vosges, consulter Richard: Traditions populaires, croyances superstitieuses, usages et coutumes de l'ancienne Lorraine, in-12, 270 pages. Remiremont, 1848 , et La Vallée de Clairie, par X. Thiriat.

Fer a cheval. — La découverte d'un fer à cheval tombé et égaré, est, dit-on, d'un bon présage et porte bonheur.

Fèves, Haricots. — Pour que les haricots viennent bien, on croit qu'il faut les planter les samedis de mai. On dit aussi que ceux plantés le jour de la saint Claude (3 juin), rattrapent les autres, c'est-à-dire qu'ils sont aussi avancés que ceux qu'on a plantés pendant le mois de mai.

Flambeaux. — Trois flambeaux allumés dans une chambre , annoncent qu'une personne de la maison ne tardera pas à mourir. Une étincelle à la chandelle indique qu'on recevra une lettre le lendemain , ou qu'il viendra de la veillée le même soir.

Grillon. — Le grillon domestique porte bonheur. Quand un chef de famille meurt , et que le grillon du foyer cesse de chanter, on dit , à Sapois , qu'il porte le deuil de son maître.

Herqueuciie. — C'était, suivant les habitants de Yagney , de Sapois , de Rochesson , une vieille sorcière qui ne manquait pas , quand on pétrissait du pain entre le jour de Noël et le 1er janvier d'en jeter la pâte contre les murs. A Gerbamont, les femmes âgées racontent que quand on faisait la lessive pendant cette même semaine, Herqueuche venait, invisible, aider les lavandières à frapper le linge au ruisseau ou à la fontaine , mais qu'il fallait bien se garder d'aller ces jours-là à la veillée , si on ne voulait recevoir sur la figure des marques de ses doigts crochus et armés d'ongles aigus.

Hennequin. — Manie-Hennequin, Menniéye Hennequin. Cet être fantastique, dont j'ai parlé dans La Vallée de Clairic, était tantôt seul, et alors jouait des tours comme Herqueuche, mais le plus souvent on désignait sous ce nom comme une troupe d'êtres invisibles qui passaient dans les airs et poursuivaient le voyageur effrayé de leurs rires stridents, de leurs cris vagues. La traduction française de Menniéye Hennequin est troupe des serviteurs de Hennequin. Ce qui revient à dire que c'étaient les habitués des sabbats. (Voir plus loin au mot Manihennequin.)

Jarretière. — Quand une femme ou une jeune fille a perdu une jarretière, c'est un indice que son mari ou son amant lui fait une infidélité ou se fourvoie.

Jaunisse. — Pour guérir la jaunisse, il faut pisser pendant huit jours sur une herbe à suc jaunâtre, la Chelidoine Eclaire (Chelidonium majus). Auparavant il est bon de faire arrêter le mal par un empirique au moyen de la formule suivante : dire en roulant trois fois une pièce d'argent ou d'or autour de la figure « Jaunisse je t'adjure de descendre au fond de la mer ou dans les entrailles de la terre. » Certains arreteurs prescrivent en outre une neuvaine.

Jeu. — Il y a des joueurs qui, pour ramener la chance, se lèvent et crachent sous leur chaise.

Jupe. — Si une femme ou une jeune fille porte, étant habillée, une jupe de dessous plus longue que celle de dessus, c'est un signe, disent les habitants de Gornimont, de Saulxures, qu'elle assistera bientôt à une noce. Dans d'autres communes , on croit que la jeune fille qui commet cet acte de négligence dans sa toilette est exposée à ne pas se marier de longtemps.

Lait. — Parmi toutes les superstitions relatives au lait, que rapporte M. Richard, nous ne citerons que les suivantes qui existent encore en certaines familles. Les nourrices qui veulent faire passer leur lait, doi-

vent placer sur leur sein, le bonnet de nuit de leurs maris.

Une jeune fille qui mange du lait, peut apprendre par le nombre de gouttes qu'elle laisse involontairement tomber à terre ou sur son tablier, quel sera celui des enfants qu'elle aura quand elle sera mariée.

Lampes. — Quand une lampe s'éteint seule sans qu'on puisse en attribuer la cause à un manque d'huile ou à un courant d'air, c'est, dit-on, un signe que quelqu'un décède au même instant sans avoir reçu les secours de la religion.

Lessive. — On évite avec le plus grand soin, dans presque toute la région montagneuse des Vosges, de faire la lessive dans l'Octave de la Toussaint, dans la persuasion que ce serait faire souffrir les âmes du Purgatoire. On ne doit pas non plus faire la lessive, les jours des Rogations, ni le Vendredi-Saint, ni pendant l'octave de la Fête-Dieu.

Dans quelques ménages, on dit que quand il pleut le jour qu'on lave une lessive, c'est un signe certain que le maître de la maison , ou les amoureux de ses filles ne seront pas très-fidèles.

Lune. — On doit semer au croissant de la lune , ce qui doit devenir grand et fort , seigle , lin , chanvre ; à la pleine lune , les navets ; au décours de la lune , les pois, les haricots. La lune joue un grand rôle dans les croyances des montagnards des Vosges ; il ne faut tuer les cochons qu'à la pleine lune, ne se faire couper les cheveux que dans le premier quartier, etc. On consulte la lune pour semer, pour récolter, pour faire la choucroute , pour se purger , se faire saigner

Toutefois il y a désaccord sur l'influence de la lune, sur telle récolte, telle semaille, qu'un fera en une phase, l'autre en la phase opposée, sans qu'il y ait de la différence dans les résultats.

Page 1