L. Havet
Chanté en 1869 à Douarnenez par Louis Doaré, alors âgé de 11 ans. — Rhythme très-marqué.
BIBLIOGRAPHIE
Rabelais et ses œuvres, par Jean Fleury, 1 vol. in-8°. Paris, librairie académique de Didier.
L'auteur de ces deux intéressants volumes, M. Jean Fleury, est lecteur de langue française à l'Université de Saint-Pétersbourg : ajoutons qu'il est le père de l'aimable romancier qui, sous le pseudonyme d'Henri Gréville, publie de si remarquables études sur la société russe. Ces deux circonstances suffiraient à attirer l'attention du public sur un livre qui , d'ailleurs , se recommande assez luimême. Eu se proposant de faire goûter Rabelais aux Russes, M. Fleury a rendu aiiK Français un véritable service : la lecture de son livre est assurément la meilleure préparation à l'étude de l'Homère bouffon du X\'lr siècle. L'auteur s'est proposé un double but, faire connaître Rabelais el l'expliquer : il analyse sa vie et son œuvre en laissant de côté les parties obscènes el vraiment rabelaisiennes. Son livre ne dispensera pas les curieux de lire Rabelais; il donnera plutôt envie de l'étudier. M. Fleury a dépouillé tous les écrivains français et étrangers qui ont commenta la vie et les écrits de son héros. Plusieurs chapitres onl pour les lecteurs de Mél usine un intérêt tout spécial : ce sont ceux où l'auteur recherche l'origine des
traditions populaires que l'historien de Gargantua et de Panurge a mises en œuvre. Il ne néglige ni les œuvres de la bibliothèque bleue où il puise largement, ni les hypothèses des savants modernes, par exemple l'ingénieuse brochure de M. Gaidoz sur Gargantua considéré comme mythe celtique. Une érudition aimable et abondante remplit ces deux volumes écrits d'une plume facile et d'une verve infatigable. M. Fleuiv, grâce à son long séjour en Russie, a fait entrer dans ses commentaires quelques rapprochements rapides entre les usages de nos provinces françaises et ceux de certains pays slaves. Ainsi, par exemple, à propos des procédés auxquels Panurge a recours pour devancer la destinée que lui réserve son mariage, M. Fleury nous apprend que : « Les jeunes filles russes qui veulent voir d'avance leur fiancé mettent sous leur oreiller les sept ou neuf herbes de la saint Jean. Ces herbes sont la fougère, la saxifrage à laquelle on attribue la vertu d'ouvrir les portes fermées à clef, la stipa pennata , suivant les uns, la gypsopbile suivant les autres , qui a , dit-on , la propriété de s'animer tout.-à-coup et de se mettre à courir par les champs, et, quelques autres (liantes sur la nature desquelles on varie, mais qui doiveut être expressément cueillies dans la nuit de la saint Jean , c'est-à-dire à l'ancienne fête païenne de l'équinoxe d'été. »
Le patient commentateur propose une interprétation nouvelle du voyage qui conduit. Panurge à l'oracle de la Dive bouteille : il veut y voir la recherche de la destinée humaine. Nous ne croyons pas que cette interprétation soit admise sans conteste par la masse des lecteurs. Parmi les rectifications que l'on peut conseiller à l'auteur en vue d'une nouvelle édition, nous n'en signalerons que deux qui sont spécialement de notre compétence. Tome I, p. 321 , à propos du mot de Rabelais à l'étudiant limousin : Quel langage est-ce ci ? es-tu quelque Hérétique? M. Fleury rapproche le russe iazytchesky païen, qu'il interprète par baragouineur, babillard : nous le renvoyons aux dictionnaires slavons : il y verra que iazyk signifie «gens » et iazytchesky « gentilis ». Au T. II, p. 310, il est regrettable de voir appelé Comeni le grand pédagogue tchèque Komensky : c'est fournir .des armes aux Allemands qui revendiquent souvent pour eux l'illustre slave.
Nous recommandons chaleureusement ces deux volumes : il est à souhaiter que nos compatriotes établis à l'étranger nous envoient souvent des travaux aussi intéressants et aussi consciencieux.