L. Léger
Ph. Kuhff. Les Enfantines du bon pays de France. Berceuses, Rondes, Noëls, Chansons de filerie et brandons, Risettes, Devinettes, Ballades, Légendes, Romances, Amusettes, Dictons et Quatrains. Paris, Sandoz et Fischbacher, 1878, in-8° de 3% pages.
Ce livre est composé de tout ce qu'il y a de plus gracieux , de plus poétique, de plus achevé, dans notre littérature populaire. Quoique fait pour la France , on peut prévoir que c'est à l'étranger qu'il sera accueilli avec le plus de faveur. C'est , en effet , le meilleur livre que l'on puisse mettre entre les mains des enfants à qui l'on veut faire apprendre la langue française , car cette littérature enfantine étant à peu près la même chez tous les peuples européens, par suite d'une communauté d'origine, le jeune élève se trouve en plein pays de connaissance. 11 ne lui reste plus que la difficulté de la langue à vaincre. Nous ne doutons pas que les Anglais, les Allemands, les Russes, etc. ne fassent apprendre par cœur à leurs écoliers une bonne partie des chefs-d'œuvre que contient le livre de M. K. Mais il est un autre pays où nous aimerions à voir entrer, dans l'enseignement, la littérature traditionnelle, et ce pays, c'est le nôtre. Malheureusement on peut dire qu'elle y a tout le monde contre elle ; d'abord les parents qui, quoique ayant été jeunes aussi, ne comprennent plus qu'on s'amuse à de pareils enfantillages; les maîtres qui regardent avec mépris tout ce qui n'est pas classique ou d'une utilité immédiate; le public lettré qui ne sait admirer que ce qu'on lui a appris à admirer ; le peuple lui-même qui oublie volontairement ses contes et ses chansons , dont il rougit , pour les remplacer par les ineptes productions de la presse à bon marché.
Seules , quelques personnes dévouées à la science se plaisent à sauver de l'oubli , tandis qu'il en est encore temps, les poétiques débris d'une tradition qui s'éteint.
M. K. croit avec raison que cette littérature, dans l'enseignement de nos écoles , pourrait trouver sa place.
Dans sa préface , après avoir énuméré les ouvrages savants consacrés à ces études , il ajoute : « Ces recueils s'adressent à des lettrés. Nous pensions que les plus belles, les plus intéressantes parmi ces poésies devaient arriver jusqu'à la famille et à Pécule et par elles faire retour au peuple qui en est l'auteur. L'école voudra-telle les frapper d'interdit? — La poésie populaire est l'esprit, est l'âme de la nation traduite dans la langue des simples. L'école, qui a mission d'instruire le peuple, refusera- t-elle de descendre jusqu'à lui, et démettre à profit quelques-unes de ses inspirations? Si les livres scolaires et ceux qui sont écrits pour le peuple , s'enrichissaient de ce legs traditionnel dont le souvenir n'est pas éteint dans nos villes et dans nos campagnes , ne croit-on pas qu'ils seraient plus chers aux enfants et mieux acceptés des parents ? Quel accueil ne trouveraient-ils pas s'ils s'accompagnaient de ces dictons, proverbes , chansons et légendes qui, avec eux, reprendraient si volontiers le chemin de la mansarde et de la chaumière. — Dans ce retour à leur lieu d'origine, ces poésies serviraient à d'autres encore qu'aux jeunes élèves de nos écoles. Elles charmeraient les parents, elles instruiraient les maîtres à qui elles apprendraient à intéresser leurs enfants, à leur parler la langue qu'ils comprennent. Les auteurs scolaires aussi bien que les instituteurs qui s'adressent au premier âge, étudieraient de plus près les gracieuses imaginations dont le génie national s'est inspiré pour amuser les enfants. » Les chansons publiées par M. K. ne sont pas accompagnées des airs notés. Nous ferons observer à M. K. que la poésie popul. et la musique popul. sont intimement unies , et que l'on ne saurait les séparer l'une de l'autre au cas où l'école ouvrirait ses portes à des innovations de ce genre. E. R.
Patois des Alpes Cottiennes (Briançonnais et vallées Vaudoises ) et en particulier du Queyras , par MM. Chabrand et A. de Rochas d'Aiglun. Grenoble, Maisonville et fils , 1877, in-8° de 228 p.
Ce travail est une bonne contribution à l'étude des patois de la France. En voici l'analyse : pp. 1-8 , introduction , généralités ; pp. 9-28 , grammaire du patois du Queyras; pp. 29-140, glossaire; p. 144-160, documents en patois; on trouve des listes de proverbes, p. 28, p. 150, p. 154, p. 160; pp. 161-224, recueil méthodique et étymologique des noms de lieux. Citons qq. prov. et locut. pouvant intéresser particulièrement nos lecteurs.
Proverbe : Quan ma bourso fai tintin
Tou lou mounde es moun cousin ;
Quan ma bourso fai tata
Tou lou mounde m'a quitta.
( Quand ma bourse fait tintin , tout le monde est mon cousin ; quand ma bourse fait tata , tout le monde me laisse là. )
Mots et locutions :
Chalendés , charendés (f. plur. ), fêtes de Noël.
Chalendar, charendar (m.), provision de pain que l'on cuit
pour un an vers Noël.
Eiehaailh (m.), mouchoir blanc dont les veuves se couvrent
la tête en signe de deuil, et dont les bouts peuvent servir à
sécher leurs larmes.
Anar ei foulet (m.), aller au diable.
Fourmaliés ( f. pi, ) , repas des fiançailles. Ganel (m.) , esprit malin, diable.
Masco ( f. ) , sorcière.
Rabo ( f. ) , pierre lisse et polie , pouvant servir de siège et
placée devant la porte de la maison. — Autrefois, quand un
mariage avait lieu, les jeunes gens du village amenaient une
pierre de ce genre , devant la porte des époux. Semanoun (m.), les quatre premiers jours de carême (petite
semaine).
Bacuber (m.), danse exécutée par 9, 11 ou 13 hommes munis
d'épées , le 16 août, dans le village de Pont-de-Cervièrcs. Gafa (f. ), sorcière. E. Iî.
Le Gérant, Eugène ROLLAND.
Chartres, — Edouard Garnier, Imprimeur.