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M MANNHARDT ET SES TRAVAUX

On a dit souvent que la vie d'un écrivain explique son œuvre. Cela est bien moins vrai de l'érudition que de la littérature propre , car l'œuvre mûrie dans le silence du cabinet est souvent le produit de la carrière plus que de la vocation. Il y a pourtant des cas où l'homme est porté vers une étude spéciale par les aspirations de toute sa vie, où il est sous l'obsession d'une idée et comme possédé d'un Dieu, Deus, ecce Deus! M. M. est de ceux-là, et il est d'autant plus à propos de le dire ici que notre fée Mélusine a été une des inspiratrices et comme une des marraines de son enfance.

Né en Slesvig (à Friedrichstadt sur l'Eider, le 26 mars 1831 ) , bercé dans les chansons et les contes de ce pays riche en légendes , mais presque voué à la mort dès ses premières années par de précoces infirmités, le jeune M. ne put suivre que d'une façon intermittente le cours ordinaire des études. Les mois qu'il ne donnait pas au collège ou à ces chevalets orthopédiques par lesquels l'art moderne réalise le vieux mythe du lit de Procuste, il les passait à la campagne ou au bord de la mer, tout à la nature , à de romantiques lectures et à ses rêves d'enfant malade et enthousiaste. Lui-même nous a raconté comment, lisant en cachette le livre populaire allemand de la Belle Mélusine, les épisodes romanesques de cette légende lui faisaient battre le cœur et produisaient sur sa jeune imagination une impression ineffaçable.

Il vécut et put , quoique d'une façon intermittente, achever le cours de ses études. Il les avait entremêlées de lectures poétiques et mythologiques , et dès 1848 , La Mythologie allemande de Grimm, devenue son bré-

(i) Pervenche.

(2) L'encre.

(3) Message, billet doux.

(i) Rougir.

(5) Eprouver.

(") Le mot cuer est figuré par un dessin.

(7) Comparez entre autre le daiemanl de la « Marguerite », n° 30 ci-dessus, avec, les day'mans nn 3 de Remilly et de Woippy. — La Marguerite a inspiré de tous temps un grand nombre de compositions poétiques.

(8) Ces improvisations rustiques forment une des brandies les plus fécondes de la poésie populaire italienne. Sous le titre de Fiori d'amore un simplement Fiori, Ciuri, elles ont été recueil lies et publiées avec beaucoup de soin par divers auteurs, notamment par M. Pitre.

viaire, avait décidé sa vocation. Il n'avait pas quitté le collège que pendant les congés rendus nécessaires par sa santé, il s'amusait à recueillir les traditions et les légendes populaires. Dans une de ces excursions, sa taille petite et contrefaite et sa casquette rouge le tirent, prendre pour un de ces gnomes dont il cherchait à se faire raconter l'histoire et les exploite.

Après un pèlerinage à la célèbre montagne de Kyffhseuser où , selon la légende , l'empereur Barberousse dort d'un sommeil enchanté, notre jeune « gnome » alla suivre les cours de l'Université de Berlin , puis après de celle de Tubingue. Pendant sa carrière d'étudiant, il se mit en relation avec tous les mythologues allemands Grimm, Uhland , J. W. Wolf, Panzer, etc. Il choisit pour sujet de thèse de doctorat, en 1854, l'Anthropogonie des Germains. Peu après J. W. Wolf étant mort, M. Mannhardt prit la direction de la Revue de Mythologie allemande qu'avait fondée celui-ci, mais malgré tout son zèle, il ne put l'empêcher de sombrer, comme sombre aujourd'hui notre Mélusine.W s' était d'abord établi comme privat-docent à l'Université de Berlin, mais des raisons de santé le forcèrent d'aller s'établir à Danzig en 4862.

C'est au milieu de travaux de toute sorte et des incertitudes d'une santé toujours chancelante qu'il préparait les nombreux ouvrages qui devaient le poser au premier rang des mythologues de notre temps. En 1858, ce sont les Germanische Mythen , où il ne traitait pas seulement des grandes divinités de l'ancienne Germanie , mais où il cherchait le sens et l'origine mythiques des usages , chansons d'enfant et formulettes de l'Allemagne. Nos lecteurs peuvent trouver plus haut (col. 441 et suiv. ) un spécimen de cet ouvrage dans l'article La Coccinelle et Holda Freya qui n'est qu'un résumé des pages consacrées à cet insecte par M. M. dans ses Germanische Mythen (1). M. M. donnait dans ce livre de nombreuses variantes françaises et italiennes. — A cet ouvrage savant succéda bientôt un ouvrage de vulgarisation sur les dieux des peuples allemands et Scandinaves (Die Gœlter der Deutschen und Nordischen Vœlker, 1860). A ce moment s'éteignait la Revue de Mythologie allemande, précieux recueil où les articles de M. M. ne sont pas les moins importants, et M. M. la fermait par des paroles que nous serions tentés de nous approprier aujourd'hui (2).

Mais M. M. était persuadé que la science mythologique devait , pour avoir toute sa force , toucher terre comme Antée; qu'il fallait remonter de la tradition vivante au mythe ancien, et pour cela recueillir les plus petits détails des usages légendaires , non pas seulement en Allemagne , mais aussi dans les pays voisins. C'est ainsi qu'on reconstruit un texte avec ses variantes. Pour avoir un objet délimité, M. M. s'appliqua à recueillir les usages relatifs à l'agriculture, et à part quelques courtes monographies (3) , il n'est pas depuis bientôt quinze ans sorti de ce domaine. Après avoir en quelque sorte pris possession de ce sujet par deux monographies déjà anciennes (1° Roggenwolf und Roggenhund , 2° éd.

(1) Nous saisissons volontiers cette occasion de dire que c'est par un oubli regrettable que cet article a paru sans la mention du nom de M Mannhardt.

(2) Die a;usseren Verhœltnisse des Herausgebers haben die Ausgabe dièses letzten Heftes lange verzœgert. Inzwischen haben sich die Aufgaben unserer geraeinsamen Thsetigkeit wesentlich gexndert ; mag es bald gelingen an Stelle dieser Blselter, welche fur erst ihre Mittheilungen einstellen . ein Organ zu schalïen , das den neugewonnenen Slandpunkten in unserer Wissenschaft Rechnung trœgt , mit hinreichenden Mitteln die Untersuchung stûtzt und viele neue Freunde und Mitforsclier aufs neue unter einer Fahne versammelt.

(3) Mentionnons ses Weihnachtsbliithen in SU le und Sage,, Berlin, 1854; — son édition de Lasicii De Dits Samogilarutn Libellus, Mitau, 1848; — ses Lettische Sonnenmythen dans la Zeitschrift fur Ethnologie de 1875; — Klylia; Berlin, 1875. (Sur cet opuscule, voir un article de M. Decharrne dans la Revue Critique du 9 décembre 1876 ). — Citons aussi , quoique cela sorte de nos études, l'ouvrage de M. M. sur la curieuse secte des Mennonites à laquelle il appartient : Die Wehrfreiheit der altpremsischen Mennoniten, Marienburg, 1863.

Danzig, 1866; plus tard, M. M. a donné 1rs usages français analogues du Chien du blé, etc. dans le Cor pendenzblait der Deutschen GeieUsehaft fin- Anthropologie, Mannheim, februar 1877, u" 2, p. 44-16; — et 2° Die Korndcemonen. Berlin, 1868) (voir un article de la Revue Critique du 22 août 1868); M. M. publia en 18?r> son grand ouvrage der Baumkultus der Germanen und ihrer Nachbarstœmme (Berlin, Borntraeger). Que le lecteur nous permette de reproduire ici la très-courte notice que nous en avons publiée à ce moment.

Le livre de M. M. est un des plus importants ouvrages de mythologie qui aient paru depuis longtemps ; et par la direction qu'il indique, il ouvre une voie nouvelle à ces recherches. Pendant longtemps on a cru que la science mythologique consistait principalement à suivre dans la religion, dans le culte, dans la poésie et dans les arts , l'histoire des grands personnages mythiques, qui sont les dieux principaux d'une époque ou d'un peuple ; on a cru qu'elle consistait à faire l'histoire des dieux qui ont un nom et une personnalité et dont l'ensemble forme un Panthéon. On commence à reconnaître que c'est là seulement le couronnement d'une mythologie et que le fond d'une religion — et nous entendons par là l'ensemble des idées d'un peuple sur le surnaturel ou pour mieux dire sur la nature — se compose d'un nombre considérable de croyances particulières, d'usages traditionnels, de pratiques presque quotidiennes. Le plus souvent même, sous l'influence de religions ou d'idées nouvelles , ce qui était autrefois pratique religieuse se continue comme usage.

M. M. a entrepris de réunir et d'expliquer la mythologie des champs et des bois chez les peuples Indo- Européens. Le volume que nous annonçons n'est , quoique faisant un tout en lui-même , que la première partie de ce grand travail, et si d'après son titre : Le Culte des Arbres des Germains et des races voisines, il semble consacré à l'Allemagne presque seule , son importance s'étend bien au-delà. M. M., en effet, ne pouvait faire autrement que de partir de l'Allemagne. Ce qui importe en pareille matière, c'est d'avoir pour point de départ des collections complètes de légendes, pratiques, fêtes traditionnelles, etc., rapportées avec précision et dans tous leurs détails. Or, l'Allemagne est à peu près le seul pays où ce grand travail ait été fait d'une façon systématique et consciencieuse, et il l'a été pour presque toutes ses provinces. Autour de cette masse précieuse , M. M. a groupé les faits analogues des pays voisins que lui ont fournis de trop rares ouvrages. Pour la France, il a eu principalement à sa disposition les Mémoires do l'Académie Celtique, recueil aujourd'hui oublié et dédaigné, mais utile magasin de traditions populaires, et deux ou trois onvrages. C'eût été pourtant peu de chose s'il n'avait consulté la tradition vivante. Les événements de 1870 lui en ont fourni l'occasion. M. M. a interrogé et fait causer les prisonniers français que le sort de la guerre avait, amenés en Allemagne, hommes de toutes les provinces et de tous les métiers, et il s'est fait avec cis interrogatoires toute une collection de superstitions et traditions de France. Ainsi, il nous apprend qu'il a recueilli tel usage de tel de nos villages , miindlich von einem Kriegsgefangenem u de vive voix d'un prisonnier de guerre ». Il y a là pour la science française une leçon

dont elle devrait tenir compte

Analyser' ce gros volume si plein de faits précis et d'ingénieuses théories , serait une tâche longue et délicate. Nous nous bornerons à en résumer en quelques mots la pensée principale. L'homme croit voir une personne dans la plante, c'est-à-dire qu'il lui attribue, comme à la nature entière , une âme analogue à la sienne. Il conçoit donc l'arbre comme pensant, voulant, souffrant , souvent uni à lui-même par un lien sympathique et secret. — Cette croyance se retrouve encore en récit dans nombre de contes populaires et en réalité dans divers usages, par exemple celui de planter un arbre à la naissance d'un enfant, et l'usage français (que le perspicace M. M. n'a pas oublié) de planter des arbres de liberté qu'on s'empresse de détruire, une fois tombé le régime dont ils étaient le symbole. Puis l'âme de l'arbre est conçue comme sortant de l'arbre, vivant et agissant par elle-même. Ainsi se forme toute une

classe de personnages fantastiques que M. M. réunit sous les noms d'Esprits de la végétation tels que « les hommes sauvages », les « dames vertes » de la Franche- Comté , etc. A cet ordre d'idées se rattachent les l'êtes de niai , sorte de mystère religieux dont le sens est oublié et où les rois et reines de mai représentent les génies mêmes de la végétation. Cet ordre de mythe s'unit avec celui des mythes solaires ( auxquels M. M. ne nous semble pas dans ce cas donner la part qui leur appartient) dans les feux de mai, eî surtout de la Saint-Jean et de la Saint-Pierre. Un des chapitres les plus intéressants de M. M. (au point de vue de notre recueil) est celui où il traite des sacrifices humains par le feu chez les Gaulois, dont parlent César, Strabon et Diodore. Il voit là, avec M. Liebrecht, la forme ancienne des feux traditionnels de nos campagnes. Bon nombre de traditions et d'usages de France sont réunis ( autant qu'il se pouvait) et commentés par M. M., tels que Valentins, dimanche des Brandons, croix de la Moisson, gerbe de la Passion, souche de Noël, etc. M. M. a aussi rapproché ici et là quelques traditions des peuples néoceltiques.

Le défaut des théories mythologiques est le plus souvent de vouloir ramener tout ou presque tout à un système; peut-être reprochera-t-on à M. M. d'avoir fait entrer trop de choses dans le développement mythique de la nature végétative. Mais lorsque les différents systèmes, qui ont tous une part de vrai, mettront en présence les différents moments de la pensée mythologique , ils se compléteront et s'éclaireront en se restreignant les uns les autres. La religion des premiers hommes a certainement été complexe et ondoyante comme leur pensée même, et elle a reflété toutes les impressions qu'ils recevaient de la nature. Nous sommes persuadé qu'on finira par la reconstituer et ce sont des travaux comme le système grandiose de M. M. qui aideront à le faire, lors même qu'on n'adoptera pas toutes leurs explications de détail. La mythologie est un peu comme un miroir brisé : le premier qui en ramasse un fragment croit avoir l'ensemble , parce que ce fragment reflète tout ce qu'on lui montre comme ferait le miroir entier. Mais un second en trouve un autre débris qui est tout aussi vrai et tout aussi fidèle. Cela tient à ce que, si le miroir est détruit, tous les morceaux en sont bons : cherchons à les réunir , à les souder, nous aurons le miroir entier. De même, nous n'aurons plus la mythologie du soleil et de l'aurore, de l'éclair et du nuage, des plantes et des arbres, etc., nous aurons la mythologie tout entière.

Ce volume , complet en lui-même , n'était pourtant que le premier d'une série consacrée aux cultes des champs et des bois. Un second volume vient de paraître consacré aux cultes analogues de l'antiquité classique, expliqués par les traditions vivantes aujourd'hui encore dans notre Europe septentrionale (*). Le peu de place qui nous reste à cette heure ne nous permet pas d'analyser ce volume ; nous ne pouvons qu'indiquer les idées originales et fécondes développées dans une longue préface; la critique de la mythologie allemande de Grimm, dont M. M., avec le respect qu'il convient, indique les côtés faibles et les points contestables, et son plaidoyer contre l'abus des interprétations par les Védas. « Atout prendre, dit-il pour conclure, je regarde la plus grande partie des résultats acquis dans le domaine de la mythologie comparée des peuples indoeuropéens comme étant encore manques , prématurés ou défectueux, y compris mes propres essais dans mes Mythes germaniques de 1858. » M. M., en ne s'épargnant pas lui-même, se donne le droit de critiquer les autres mythologues et il en use. Cette préface est une déclaration de principes et elle soulèvera elle-même des protestations des savants dont M. M. conteste la méthode ou les affirmations ; mais elle fera date dans l'histoire études mythologiques par son originalité et son indépendance.

(') Antike Wald - und- Feldkulte ans Nord - Ëurop&l&chei Veberlieferung erlœutert von W. Mannhardt, un vol. in-8". Berlin, Borntrager, 1877.

M. M., n'en a pas fini avec la mythologie de la \ ration; son prochain volume sera consacré au culte de Demeter ; puis viendra un recueil de coutumes agraires. Il prépaie aussi un livre sur la mythologie letto-prusslenne. Nous désirons que la santé lui permette d'achever promptement ces travaux; mais, quoi qu'il arrive, il en a fait assez déjà pour qu'on mette son nom parmi ceux des grands mythologues du siècle. Il aura, plus que tout autre, le mérite d'avoir retrempé la théorie mythologique dans le mythe vivant de la tradition populaire. L œuvre de savants comme M. M., la justification de la tâche de modestes collecteurs que nous nous étions donnée dans ce recueil, et ne fût-ce (ju'à ce titre, nous n'aurions pas voulu fermer notre volume sans présenter au public français ce rénovateur de la mythologie indo-européenne.

BIBLIOGRAPHIE

Études sur la Musique ecclésiastique grecque , mission musicale en Grèce et en Orient, in-8°. Paris, Hachette, 1877. Prix : 7 fr. 50.

M. BounoAULT-DicoiiDRAv nous avait déjà donné dans ses Souvenirs d'une mission musicale en Grèce et en Orient (Paris, Baur, 1876) un récit très-intéressant de son voyage en Grèce pendanl l'année 1875; par son charmant recueil, Trente mélodies populaires de Grèce et d'Orient (Paris, Lemoine, 1877), il avait montré quel parti un musicien de goût, muni de tontes les ressources de l'harmonie et du contre-point , pouvait tirer de certaine» de ces chansons populaires grecques, si dédaignées en général des Grecs eux-mêmes. 11 vient enfin de publier des Etudes sur la musique ecclésiastique grecque (Paris, Hachette, 1877) qui intéresseront vivement tous ceux qui, dans quelque but que ce soit, voudront s'occuper de la musique grecque moderne.

Dans deux séances de notre Institut français de correspondance hellénique à Athènes (24 avril 1876, 13 mars 1877), on a parlé de l'intérêt que pouvait avoir cette musique pour les archéologues qui étudient la question de la musique grecque ancienne (V. le compte-rendu des séances de 1876, extrait de la Revue Archéologique, p. 9 sqq.). Sans admettre les prétentions exagérées de ceux qui voudraient identifier absolument le système musical des anciens Grecs avec celui de l'Église grecque d'aujourd'hui, il est bien certain que la musique byzantine n'est qu'une altération de l'ancienne musique grecque, modifiée peu à peu, comme le dit fort bien M. Bourgault, soit par la transformation du goût surplace, soit par l'introduction de divers éléments étrangers. L'étude de la musique byzantine, qui a déjà donné lieu à des travaux intéressants ( '), jettera sans doute de nouvelles lumières sur la question de la musique grecque ancienne ; et, comme le système musical actuel de l'Église grecque est un héritage de l'époque byzantine, le livre de M. Bourgault, en nous aidant à connaître un des éléments du problème, peut contribuer à faire avancer cette importante question archéologique.

Au point de vue de la musique pratique, M. Bourgault regrette la séparation absolue qui existe entre la musique orientale et la musique occidentale. La complication et les obscurités du système musical enseigné dans l'Église grecque et l'absence d'instruments pour accompagner le chant et guider la voix font qu'aujourd'hui presque partout les chants de l'Eglise grecque sont exécutés d'une façon déplorable, et que celte musique ecclésiastique nationale est en danger de se perdre entièrement. D'autre part, M. Bourgault pense que la connaissance de la musique orientale et l'adoption de certaines de ses gammes pourraient fournir aux musiciens d'Europe îles moyens d'expression tout nouveaux. Grecs et Européens auraienl donc intérêt à ce qu'on pûf ramener les différentes gammes mes à notre notation européenne, qui est infiniment plus impie, el adapter à ces gammes des accompagnements à plusieurs parties. La question est de savoir si l'un el l'autre sont possibles.

Dans la 2° partie de son livre, M. Bourgaull donne une traduction d'un abrégé élémentaire du célèbre Méya Ôewpisrtxâv de Chrysantho (Trieste, 1832). Cette traduction est accompagnée de notes explicatives, ainsi que de la transcription en notation européenne de loue les signes de musique orientaux. Kn regard de cette théorie du système musical grec, exposé suivant les idées grecques, M. Bourgaull place, dans la 1>- partie de son livre, sa théorie à lui, el il essaie de montrer qu'à condition d'admettre des intervalles de ■'! i el de 5/4 de ton (réalisables sur l'orgue d'Alexandre,

(') M. Thérianos , dans son mémoire tlepi -r,c ftouauHs v&v

'V.'i'i r,-j'»-j v.'s.i i.rji.',i: rijç i/./S/r,'7i'/.'77i/.rl: ( Triote , 1876).

p. 36 sqq., rend compte d'ouvrages récents de M. Christ (le célèbre esseui de Munich) et d'un de ses élèves, M. Tzelzis,

modèle Vincent) et d'introduire dans notre notation deux signes nouveaux, le demi-bémol et le demi-dièse, on peut transcrire toutes les gammes orientales d'une façon suffisamment exacte. Si les intervalles ainsi obtenus ne concordent pas toujours avec ceux que donnent pour les mêmes gammes les théoriciens grecs, M. Bourgault croit (pie ce sont là des différences inappréciables dans la pratique. Du reste, nous remarquerons (pie les musiciens grecs ne paraissent pas toujours être d'accord sur la valeur théorique de leurs intervalles : ainsi, pour le 2e mode (chromatique), le ©ewjsïitwôv rrzoLyjiûrhç de Philoxénis (Constanlinople, 1850 ), que j'ai sous les yeux," représente la succession d'intervalles di ké zo ni pa (de sol à ré, en montant) par les nombres 12, 7 ; 12, 7 ; au contraire , M. Thérianos assure que « d'après les expériences d'un mathématicien distingué » di ké %o ni est un tétracorde composé des intervalles suivants : 6, 15, 8 (selon M. Bourgault : 3/4 de ton, 5/4 de ton, 1/2 ton).

Pour la question de l'harmonisation, M. Bourgault accorde qu'un accompagnement purement harmonique, c'est-à-dire compose des accords de nos modes majeur ou mineur, pourrait fausser le caractère de certaines de ces gammes orientales en introduisant dans l'harmonie des notes étrangères à leur tonalité. Mais on peut éviter cet inconvénient en donnant pour accompagnement à celles des mélodies grecques qui appartiennent à d'autres gammes que les nôtres d'autres parties mélodiques construites dans la même gamme que la mélodie principale. On peut voir, en parcourant le recueil de Mélodies populaires de M. Bourgault, que le contre-point ainsi appliqué à la gamme chromatique orientale (ré, mil?, fa 8, sol; la, si I? , ut S, ré; v. Mélod. popul., p. 20. Études, p. 30 sq. ) donne lieu à des effets harmoniques très -nouveaux et très -expressifs.

On pourrait chercher chicane à M. Bourgault sur la façon dont il a transcrit certains termes techniques grecs (par exemple «.iikrj} « ap'ie » ) ; mais ce sont là des minuties qui importent peu.

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