PROVERBE
(Seine -et -Oise.)
Quand on parle du soleil on en voit les rayons.
Se dit par politesse à quelqu'un qui survient quand on parle de lui , au lieu du proverbe bien connu : Quand on parle du loup on en voit la queue.
BIBLIOGRAPHIE
Garnier (J.-M. ). Histoire de l'Imagerie populaire et des Cartes à jouer, à Chartres. Chartres, 18G9, in-8° de 458 pages, orné de 50 gravures, de lettres ornées, fleurons et de musique avec accompagnement de piano. Prix , sur papier vergé , 12 fr. ( ' )
Une histoire générale de l'Imagerie populaire et de ce qu'on appelle aujourd'hui la littérature de colportage serait pour l'étude de la mythographie comparée d'une importance capitale. Une des grandes difficultés que rencontre sur son chemin celui qui s'occupe des origines de la littér. popul. chez un peuple , est de savoir si elle lui a été transmise parla tradition écrite ou par la tradition orale. Ainsi, en France, les images, les petits livres populaires de magie et autres , les almanachs d'Epinal , de Troyes , de Montbéliard , etc. ont vulgarisé dans les contrées où ils ont été colportés des contes , des légendes , des superstitions , des proverbes qui n'y étaient peutêtre pas connus autrefois. Si quelque mylhographe étudie les traditions d'une province déterminée, il lui sera difficile de savoir quelle est , dans leurs origines , la part de la littér. de colportage , tant qu'un travail d'ensemble n'aura pas été fait sur ce sujet. En attendant, des travaux partiels tels que l'ouvrage de M. Nisard, Iiist. des livres popul., et celui de M. Garnier dont nous allons parler, sont les bienvenus. — M. Garnier, le père de notre habile imprimeur, fut, dans sa jeunesse, un des collaborateurs de la dernière fabrique d'images de Chartres. Désireux de publier ses souvenirs à ce sujet, il s'est trouvé amené à étudier l'Hist. del'Imag. à Chartres} et par suite l'Hist. de l'Imag. en général. Nous trouvons donc dans son livre des détails sur l'Imag. popul. à Chartres, accompagnés de la reproduction de différentes gravures publiées autrefois dans cette ville et dont nous donnons deux spécimens dans le présent numéro de Mélusine. Ces deux gravures, dont nous devons la communication à l'obligeance de M. J.-M. Garnier, représentent l'une Le Juif-Errant , l'autre Geneviève de Drabanl.
Après cela , M. Garnier traite de la fabrication des cartes à jouer, de l'Imagerie dans l'Orléanais, dans la Lorraine, etc., des complaintes, et finit par une étude des chansons des rues. Voici d'ailleurs les titres des chap. de cet ouvrage agréablement écrit , magnifiquement imprimé sur papier de luxe , avec des gravures , des culs-de-lampe et la musique des complaintes :
De l'Imag.. et de l'orig. de la grav. en taille de bois. — De l'Imag. chartraine. — De l'Imag. de la rue Saint-Jacques, à Paris, dans ses rapports avec l'Imag. en taille de bois. — Des procédés de fabric. employés pour les images et de qq. prod. de la Dominoterie chartraine. — Des caries à jouer de la fabr. de Chartres. — Des maîtres Imagiers de Chartres. — Des rapports de l'Imag. orléanaise avec, l'Imag. chartraine. — Des autres fabr. d'im. ayant fonctionné en même temps que celle de Chartres et de l'Imag. actuelle. — Du colporteur lorrain et de son commerce. — Canards et canardiers. — De qq. chansons des rues. E. R.
(•) Dans quelques exemplaires imprimés sur papier de choix, spécialement pour les bibliophiles , des spécimens de l'imagerie populaire et des cartes à jouer ont été sous la direction de l'auteur, enluminés au pinceau. Ils reproduisent des originaux devenus introuvables. Le prix de ces exemplaires varie suivant la qualité du papier.
Chartres. — Edouard Garnier , Imprimeur
Totjrtotjlon (Ch. de) et 0. liiUNGun-:n. Etude sur la limite géographique de la langue d'oc et de la langue d'oïl (avec une carte». Paris, in-8", 63 p. Prix: : 5 fr.
On sait que les dialectes de la France se divisent en deux grandes ramilles : les dial. de la langue d'oïl (Nord), et les dial. de la langue d'oc ( Midi). M. de T. a entrepris la tâche difficile de tracer la limite précise qui sépare ces deux langues, et il a été en personne sur les lieux, s' entourant de tous les renseignements possibles , interrogeant les habitants sur leur patois et sur celui de leurs voisins. C'est le résultat de ses premières recherches que M. de T. vient de publier sous le titre ci-dessus. M. Bringuier, son collaborateur, a été surpris par la mort dans le courant de leurs travaux communs. — M. de T. fait d'abord connaître les principaux caractères qui servent à distinguer la langue du nord de celle du midi, tels que la différence d'accentuation, de diphthongaison , de conjugaison, etc. Puis il commence son étude de délimitation en commençant par le Médoc (Gironde), et en finissant par Guéret (Creuse). La limite qui se continue de Guéret à la Suisse sera étudiée plus tard. — On trouve dans le travail de M. de T. beaucoup de choses intéressantes au point de vue grammatical, phonétique, géographique. (Voy. l'étude sur la Gabacherie, enclave saintongeoise, c.-à-d. de langue d'oïl , en langue d'oc. ) P. 50, l'auteur dit : « Nous avons remarqué sur tout le parcours de notre voyage, que la coiffure des paysannes , seule partie du costume populaire qui ait résisté assez généralement au nivellement de la mode, subissait des variations nombreuses concordant presque toujours avec des variations de langage. » E. R.
L'Artigiano, Lunario Corso populare per l'anno 1877, arricchito di poésie inédite e canzonette popolari. Bastia, Ollagnier, 64 p. in-32.
On peut voir par cet almanach , entièrement écrit en italien , que cette langue est restée celle du peuple corse. Les poésies qu'il contient ( deux seulement sont en dialecte corse ) nous ont paru sans intérêt. Nous avons noté ce proverbe corse qui est vrai en tout pays : Travaglia da giova7iu per gode da vecchiu , travaille dans ta jeunesse pour jouir dans ta vieillesse. H. G
Jean Cratiunesco. Le Peuple Roumain d'après ses chants nationaux; essai de littérature et de morale. Paris, Hachette, 1874, VIII, 328 p. in-12. Prix: 3 fr. 50 c
Cet ouvrage n'est pas précisément une étude de poésie populaire, c'est une histoire et comme une caractéristique du peuple roumain dont les éléments sont empruntés aux ballades et autres poésies du peuple roumain. M. C. qui dit chants nationaux et non populaires « parce que dans l'usage actuel le mot populaire emporte une idée de platitude et de vulgarité » , a voulu exposer d'après ces documents traditionnels les sentiments que le peuple roumain a toujours professés pour son pays, sa religion et ses héros. La principale critique qu'on puisse lui adresser, est de n'avoir pas soumis à une critique plus détaillée et surtout plus sévère les sources de son sujet. Le principal recueil qu'il ait mis à contribution est celui de M. Alexandri, qui n'est pas sans laisser le soupçon d'arrangements et à'envieillissements. Ce n'est pas en prouver la complète authenticité que de citer le témoignage de M. Alexandri lui-même ; et. dire que la méthode de M. Alexandri est celle de Walter Scott et de M. de la Villemarqué (p. 80), n'inspire pas grande confiance. M. C. ignore-t-il donc ce que la critique pense aujourd'hui de la méthode de ces deux savants ou pour mieux dire de ces deux poètes? — On pourrait aussi reprocher à M. C. d'avoir laissé de côté plusieurs genres de la poésie populaire (ou comme il préfère de la poésie nationale) qui auraient fait ombre au tableau qu'il se proposait de tracer: lui-même convient (p. 150) avoir omis les pièces satiriques. — Ces réserves faites sur la méthode de l'auteur qui , du reste , a voulu faire un « essai de littérature et de morale » plus qu'une œuvre d'érudition, nous reconnaîtrons volontiers que son livre est un des meilleurs écrits dans notre langue sur la Roumanie, que la lecture en est fort agréable, et que plus d'un Français pourrait envier l'élégance avec laquelle M. C. écrit notre langue.
Le Gérant, EUGÈNE ROLLAND.