HINDOUE
Les passages suivants sont tirés duSdmavidhâna-brâhmana, un des livres qui font partie du Sâma-véda et dont M. Burnell a donné une excellente édition (Londres, Triibner, 1873). La date de ce traité ne saurait être déterminée même approximativement. Tout ce qu'il est permis d'affirmer, c'est qu'il est plus récent que la grande masse de la littérature védique. Ce n'en est pas moins le traité ex professo le plus vieux qui nous soit parvenu sur cette étrange matière. Les données plus anciennes que fournissent l'Inde védique, l'Assyrie et l'Egypte sont isolées et fragmentaires.
Parmi les pratiques décrites dans ce livre, je n'ai choisi que celles qui offrent le plus d'analogies avec ce que nous trouvons ailleurs chez les peuples indo-européens. J'ai également laissé de côté ou abrégé le plus possible l'élément rituel. La partie essentielle de ces pratiques est chaque fois un sacrifice accompagné de la récitation, ou du chant de certains versets du Sàmavéda spécifiés dans Je texte , lesquels sont employés comme formules magiques, c'est-à-dire sans beaucoup d'égard à leur sens propre. J'ai supprimé la plupart de ces détails importants pour l'indianiste , mais qui n'offrent pas d'intérêt au point de vue de l'histoire comparée des superstitions. D'ailleurs, M. B. publiera bientôt sa traduction complète du Sâmavidhâna-brâhmana. Je n'ai pas non plus ajouté de notes à ces extraits : les lecteurs de Mélusine sauront bien en pénétrer le symbolisme souvent très-peu déguisé , et découvrir les analogies multiples qui relient ces vieux sortilèges hindous à ce qui se pratiquait ou même se pratique encore chez nous.
II, 1, 10. Après un jeûne de trois nuits et les cérémonies qui l'accompagnent, mangez chaque jour, en récitant une certaine formule , des graines de moutarde blanche ; vous vivrez longtemps.
II , 2 , 1 . Les enfants meurent-ils en bas-âge ? Au troisième mois de la grossesse, on prendra de jeunes pousses de Ficus indica et de la racine de Saccharum sura et, le jour même, on en fera une amulette trois fois entrelacée qu'on déposera près du feu sacré; on fera d'abord les libations de beurre ordinaires, puis mille ou pour le moins cent autres , avec une certaine formule ; on mettra de côté chaque fois une portion du beurre qui aura servi pour les offrandes ; la mère portera l'amulette à sa ceinture ; elle enfantera un mâle. Après la naissance, on attachera l'amulette au cou de l'enfant, on lui fera avaler un peu du beurre mis en réserve , on en mettra à toutes les ouvertures de son corps et on l'en frottera tous les jours ; cet enfant vivra cent années ; il ne connaîtra pas la décrépitude.
11,2,2. Quelqu'un est-il possédé d'un démon? On prendra le combustible pour le sacrifice d'un arbre frappé de la foudre, et on préparera le beurre avec le lait (l'une vache blanche ayant un veau de même couleur, au besoin avec le lait d'une vache quelconque; on prendra une branche tf/Egle marmelos et, le jour même, OU en fera une amulette trois fois entrelacée; on fera les libations presorîtes plus haut, avec une certaine formule ; le possédé portera cette amulette au cou ou
sur la tête : il sera délivré du démon. Avec une autre formule, cette pratique assure la prospérité.
11,2, 3. Quelqu'un est-il malade? Avec du beurre fondu conservé dans une cruche, on fera les libations précédentes en récitant une certaine formule, à la fin de laquelle on dira chaque fois : puisses-tu vivre ! Le malade goûtera chaque fois de ce beurre avant de prendre ses repas; il sera guéri. Avec une autre formule, cette pratique assure la prospérité.
II, 3, 3. En faisant une amulette comme ci-dessus avec de VAndropogon aciculatus et une autre plante appelée Sarpasugandha (c'est-à-dire baume des serpents) et en la portant de même, on n'aura rien à craindre de la morsure des serpents.
II, 3, 4. En emplqyant une espèce de morelle piquante à fleurs blanches, on se rendra invulnérable.
II, 3, 5-11. En employant YAsclepius gigantea à Heurs blanches , selon la formule qu'on récitera , on aura abondance de nourriture, on trouvera à se nourrir n'importe où ni comment, on ne souffrira jamais de la soif, on ne se noiera pas, on ne mourra pas de consomption, ni de poison, ou on pourra avaler du poison impunément.
II, 4, 1. Faites-vous un bâton de laurier rose odorant , offrez les libations prescrites ci-dessus en chantant certaines formules : ce bâton ainsi enchanté à la main , partout où vous irez, vous aurez du bonheur.
II, 4, 2. Avec ce bâton, tracez un cercle sur le sol en pensant à une ville , à un marché , à un village , à un parc à bestiaux , à une habitation ; le malheur n'y entrera pas.
II, 4, 3-6. Selon les formules que vous choisirez et la façon dont vous les chanterez, quelque dangereuse que soit votre route, vous n'avez rien à craindre ni des hommes, ni des dieux, et, vos affaires faites, vous rentrerez sain et sauf chez vous.
II , 5,1. Voulez-vous que quelqu'un , femme ou homme, soit à votre volonté?
II, 5, 2. Commencez, quand la lune est en Çravana (l'Aigle), par observer un jeûne de trois nuits.
II, 5, 3. Quand elle sera dans les 1C1S Proshthapadàs (Pégase), faites avec de la poussière une image de la personne en question, la tête tournée à l'orient le matin, au sud à midi, à l'ouest le soir, au nord à minuit; mettez-lui le pied sur la région du cœur en récitant différentes formules , selon la caste à laquelle la personne appartient. Faites une autre image de la même personne, en or, en argent, en cuivre ou en fer, selon sa caste , ou en cuivre quelle que soit la caste ; en la nommant par son nom, placez l'image dans le feu, la tête vers l'orient, et avec une cuiller de cuivre, versez dessus une libation de beurre en chantant une certaine formule ; la personne vous appartient.
II, 5, 4. Ou faites une image de pâte avec des grains de riz noir broyé avec vos ongles ; faites-la cuire à point; frottez-la d'huile de moutarde et , avec un rasoir, découpez-en les membres et offrez-les dans le feu , en chantant une certaine formule; le reste, c'est-à-dire le cœur, mangez-le. Si on négligeait ce dernier point, la personne mourrait (le commentaire prend cela autrement : on mourrait soi-même).
II, 5, 5. l)ésire-t-on gagner quelqu'un? On restera une nuit debout, le rasoir à la main, et récitant certaines formules. En une nuit on gagnera ainsi un maître de maison ;
II, 5, G. En 2 nuits, un officier du roi; en 3 nuits, le roi ; en 4 nuits , les habitants d'un village ; en 5 nuits, ceux d'une ville, en 6 nuits, ceux d'un district; en 7 nuits , les Asuras et les Raxas ; en 8 nuits , les Mânes et les Piçâcas; en 9 nuits, les Yaxas; en 10 nuits, les Gandharvas et les Apsaras; en un derni-mois, le dieu des richesses; en un mois, Indra; en 4 mois, le Créateur; en une année tout ce qui existe : tout l'univers vous sera soumis.
II , 6 , 3. Servez-vous une année durant d'un curedents d'Achyranthes aspera , en récitant une certaine formule : vous aurez le don de plaire.
II, G, 7. A une femme qui résiste, demandez à boire et buvez l'eau qu'elle vous présentera en marmottant certaines formules.
II, 6, 3. Ou prenez de la poussière de ses pas et offrez-la dans le feu.
11,6,9. Ou demandez-lui de l'huile de sésame , frottez-en vos mains et faites-les sécher en les tenant contre le feu, et en marmottant une certaine formule. Ne cessez que quand elle sera venue à vous.
II, 6, 10. On fait sécher au feu, sans toucher de la main , l'arrière-faix d'une vache ; on prend des graines de fenouil , de YAloès perfoliata, de \aSidacordifolia, du Carpopogon pruriens , de la bhûmipâçakâ (littér. qui enlace le sol) , de la sacà (qui adhère, s'accroche), de la kâcakapushpî (fleur de cristal); on réduit en poudre le jour même et on triture le tout trois fois ensemble, en récitant certaines formules ; on délaie et on remue avec de l'eau ; de ce mélange , qu'on ne regardera ni ne touchera en état d'impureté, on se frotte le corps; en cet état , la femme qu'on touchera vous aimera. Il ne faut pas avoir commerce avec elle, avant de s'être baigné.
II, 6, 11. Dans la corolle épanouie d'un nénuphar on projette des graines de fenouil ; quand la fleur a replié ses pétales, on la coupe à la longueur de quatre doigts aux deux extrémités ; on prend la partie du milieu (le péricarpe) et on en fait un onguent dont on se frottera toutes les parties du corps en récitant une certaine formule : les courtisanes viendront à vous.
II, 6, 12. Veut -on marier sa fille? On jeûne une nuit ; puis , dans la nuit de la nouvelle lune , à l'entrecroisement de quatre chemins , on l'asperge d'eau : quand elle aura été trois fois aspergée , elle trouvera un épouseur.
II, 6, 13. Avec une autre formule, la même cérémonie sert pour un jeune homme qui désire se marier.
II, 6, 14. Après un jeûne de trois nuits, dans la quatorzième nuit de la quinzaine obscure , prenez un charbon d'un bûcher funèbre et, à l'embranchement de quatre chemins , faites un feu avec du bois de Cassia fislula ; offrez-y un poisson et un krikara ( sorte de perdrix); mettez les cendres dans une capsule, mêlez-y de l'orpiment et du sang cardiaque d'une vache , et répandez cela sur le lit et dans la maison de votre ennemi : il ne restera pas dans le même village que vous.
II , 7, 4-7. Après un jeûne de trois nuits , prenez un plant de soma {Asclepias acida) , chantez une certaine formule et mangez de ce plant à mille reprises : vous serez capable de répéter tout ce que vous aurez une fois entendu. Ou broyez-en les fleurs avec de l'eau et goûtez de cela une année durant. Ou buvez du soma, c'est-
à-dire le suc fermenté de la même plante , pendant un mois. Ou faites cela toujours.
II, 7, 8. Prenez la langue d'une Bhâradvâjikâ (sorte d'oiseau), réduisez-la en poudre le jour même, mêlez-y du miel et du beurre et faites-en avaler à votre enfant avant de le sevrer; il deviendra capable de répéter tout ce qu'il aura une fois entendu.
II, 7, 9. Ou réduisez en poudre une tulà (un certain poids) pour le moins de curcuma et faites-en manger à l'enfant une année durant.
II , 7, 12. Avec de la racine d'iris faites une amulette trois fois entrelacée, placez-la devant le feu; faites d'abord les libations ordinaires , puis mille autres ou cent pour le moins ; portez cette amulette au cou ou sur la tête et vous n'aurez pas de rivaux dans l'art de conter.
II , 7, 13. Prenez en bouche de la racine d'iris et du miel , répétez en pensée une certaine formule , que vous terminerez en prononçant le mot svâhâ! au même moment avalez votre bouchée, en ajoutant : « Le roi est à moi, il n'est pas à toi »; discutez ensuite : que ce soit dans une réunion de savants ou en présence du roi, vous aurez le dernier mot.
III, 3, 3. Après un jeûne de 8 nuits, dans la nuit de la nouvelle lune , au pied d'un arbre isolé à suc laiteux , dans la forêt, présentez à Mànibhadra (génie qui préside aux trésors) de la chair bien préparée, au moins de quoi rassasier un homme : vous trouverez un drona plein d'or.
III , 4 , 2. Allez prendre à un tas de balayures , dans une corbeille , la divinité qui réside dans les balayures (il n'est pas dit comment on doit s'y prendre) ; mettez dans la corbeille des grains de riz, des parfums et des fleurs; puis couchez-vous, la tête à l'orient, en un endroit pur, la corbeille près de votre tête et, après avoir chanté une certaine formule , observez le silence et endormez-vous : vous verrez (ce que que vous désirez voir, ce que vous cherchez en vain).
III, 4, 3. Mettez une boule de poison dans une capsule et faites de même , en chantant toutefois une autre formule.
III, 4, 4. Ou veillez la nuit en plaçant à vos côtés une jeune fdle non encore pubère et un miroir; à l'aube, chantez sur elle une certaine formule , essuyez-vous la bouche et dites à la jeune fdle : « Vois ! » Et elle verra.
III , 4 , 5. En changeant de formule , on pourra remplacer le miroir par un vase rempli d'eau.
III, 4, G. Ou frottez avec des parfums deux tiges de jonc, placez-les auprès de vous et, à l'aube, après avoir chanté une certaine formule , vous être essuyé la bouche, dites à deux garçons chastes « prenez-les » : si les deux tiges se courbent l'une vers l'autre, sachez que vous réussirez dans votre entreprise ( le commentaire dit que, selon l'opinion de quelques-uns , les deux garçons doivent également passer la nuit à veiller).
III, 4, 7. Ou faites une baguette longue de quatre doigts; à l'aube, mesurez-la aux articulations de vos doigts : si la mesure n'a pas diminué, vous réussirez.
III, 4, 9. Faites deux tas de grains de riz, l'un pour l'afiirmative , l'autre pour la négative; puis, à l'aube, après avoir chanté une certaine formule et aspergé les deux tas, dites à une jeune fdle ou à un jeune garçon « prends ! » S'il prend du tas représentant l'affirmative , vous réussirez (le commentaire dit que cette pratique
sert spécialement pour prévoir la bonté de la prochaine récolte. )
III, 4, -10. Avec des charbons incandescents, mais ne donnant pas de fumée, faites deux tas ou autant de tas que vous êtes de compétiteurs; avec une certaine formule arrosez-les en même temps de beurre fondu : le tas qui s'allumera le premier et dont s'élèvera une flamme sans fumée et dirigée à droite , vous indiquera celui de vous qui l'emportera.
III, 4, 11. Faites des tas semblables et, en y versant du beurre préparé le jour même avec du lait de femme, faites les flamber en chantant une certaine formule ; celui dont le tas s'éteindra le dernier, vivra le plus longtemps.
III, 5, 7. Faites une bague avec du cuivre, de l'argent, de l'or et du fer et, avec une certaine formule, versez dessus mille libations ou cent pour le moins ; tant que vous porterez cette bague à la main droite , les enchantements ne vous atteindront pas ; ils retomberont sur leur auteur.
III, 6, 10. Jeûnez pendant sept nuits, faites mille libations avec de l'huile de moutarde exprimée le jour même , en récitant une certaine formule et en nommant sept principaux ministres d'un état rival, le roi compris; à la fin de la septième nuit, ils auront vécu.
III, 6, 11. Faites avec de la pâte des images représentant les éléphants, les chevaux, les chars, les fantassins de l'armée ennemie ; faites-les cuire comme une galette , frottez-les d'huile de moutarde , démembrez-les avec un rasoir, et, avec une certaine formule, offrez-les dans le feu; autant d'images vous offrirez, autant d'ennemis auront vécu.
III, 6, 12. Après un jeûne de trois nuits, la quatorzième nuit de la quinzaine obscure, à l'entrecroisement de 4 chemins, faites un feu avec un charbon pris à un bûcher funèbre et que vous alimenterez avec du bois de Cassia fistula ; avec une cuiller de Terminalia belerica versez-y mille libations d'huile de moutarde, en récitant une certaine formule ; aussitôt un homme se dressera devant vous, une lance à la main; dites-lui « tue un tel ! » Et il le tuera.
III, 6, 13. Ou bien faites comme ci-dessus, une image de votre ennemi; faites-la cuire, mais de façon que. le ventre reste cru ; démembrez-la avec un rasoir et offrez-la dans le feu avec certaines formules que vous réciterez en pensée; ce jour même, l'autre aura vécu.
III, 8, 9. Après un jeûne de huit nuits, dans la nuit de la nouvelle lune, prenez du beurre en bouche et, après avoir récité certaines formules , au mot svâhâ ! projettez ce beurre dans le feu ; à l'aube, deux démons vous donneront cinq kârshâpanas , lesquels vous feront retour à mesure que vous les dépenserez ; ayez seulement garde de toujours en conserver un.
A. Bartii.