‹ MélusineChapitre 51 sur 235 · DES CORPORATIONS PARISIENNES AU MOYEN-AGE · texte numérisé non relu

DES CORPORATIONS PARISIENNES AU MOYEN-AGE

Au Moyen-Age , les corporations faisaient fondre des méreaux (!) ou jetons de présence en plomb sur lesquels on gravait l'image des saints qu'elles avaient choisis pour patrons , avec leurs attributs. On en a retrouvé un assez grand nombre dans la Seine, et M. Arthur Forgeais (2) en a fait l'objet d'une publication

(») Voici la définition que M. de Laborde donne du mot méreau dans son excellent ouvrage : Notice des Émaux du Louvre , 1853.

Méreau. — Nom donné, à partir du XII* siècle, aux médailles ou à la monnaie de convention , de plomb , de cuivre et quelquefois d'argent , dont chacun avait droit de faire usage : à l'église pour constater la présence des moines aux offices; au marché, pour prouver l'acquittement d'un droit; dans les travaux et les ateliers, pour représenter à la fin de la semaine le prix des journées, et a d'autres usages.

(2) M. Arthur Forgeais est l'auteur d'ouvrages importants sur la Numismatique et l'Archéologie du Moyen - Age , qui presque tous intéressent autant le mythographe que l'antiquaire.

spéciale sous le titre de; Numismatique des Corporations parisiennes, métiers, etc., d'après les plombs historiés traîtres dans la Seine; Paris, 187 i, grand in-8" de 310 p. avec de nombreuses gravures. Prix: 15 fr.

Les sujets d'hagiologie représentés sur ces plombs historiés, sont ordinairement traités avec une grande naïveté et peuvent faire pendant aux images populaires à leur origine. Les artistes graveurs se sont inspirés plutôt de la tradition légendaire orale que de la tradition écrite, aussi reste-t-il dans l'ouvrage de M. A. Forgeais, beaucoup de points obscurs, l'étude des traditions orales ayant été jusqu'ici très -négligée dans toutes ses parties. Ce qui contribue encore à la difficulté des explications, c'est que beaucoup de ces médailles de plomb sont frustes.

Nous allons faire connaître à nos lecteurs d'après l'ouvrage de M. F., quels étaient autrefois les Patrons des différents métiers de la ville de Paris.

Les Balanciers avaient pour patron saint Michel. Les anciennes représentations du jugement dernier, nous montrent l'introducteur des âmes dans l'éternité, pesant les âmes devant le souverain juge.

Les Barbiers -Chirurgiens avaient pour patrons saint Côme et saint Damien.

Les Bonnetiers étaient sous le patronage de saint Fiacre et de sainte Véronique.

Les Boulangers ont pour patron saint Honoré.

Les Brasseurs avaient pour patronne la Sainte-Vierge.

Les Ceinturonniers avaient pour patron saint Jean- Baptiste, à l'église Saint-Barthélémy. Ce patronage était bien certainement dû à ce que l'évangile (Luc, I, 6) dit du précurseur : « Il avait autour des reins une ceinture de peau. » Quant au choix de l'église Saint-Barthélémy, il venait sans doute de ce que cet apôtre passe pour avoir été écorché, autre allusion à la peau qui faisait l'objet habituel de cette corporation.

Les Chandeliers-Huiliers avaient pour patron saint Jean -Porte -Latine et la cause de ce patronage semble être précisément le bain du saint dans l'huile bouillante.

Les Chapeliers avaient pour patron saint Michel, on ne sait trop pourquoi. L'avers du méreau, dont nous donnons la représentation ci-dessus, nous montre saint Michel terrassant le diable; il tient de la main droite une épée haute et de la gauche un bouclier chargé d'une croix cantonnée de quatre besants.

Sur le revers se trouve cette légende : au chapelier de Paris; dans le champ, on voit un chaperon. Ce plomb

est du XV'' siècle.

Les Charpentiers-Maçons avaient pour patrons saint Louis et saint Biaise.

Saint Cié|. in et saint Grépinien patronnaient les Cordonniers.

Les Couteliers étaient sons le patronage de saint Jean- Baptiste, ce qui se comprend île soi. Dans le méreau reproduit par M. Forgeais, on voit saint Jean-Baptiste ;'i genoux, la tète nimbée, les mains jointes ; derrière lui le bourreau accompagné de la fille dTïérodiade ; à la droite du saint, une tour. Le revers nous fait voir un malchus, un couteau et une épée. — On n'a pas là ce que le Moyen-Age a pourtant fait quelquefois: la décollation de saint Jean-Baptiste exécutée par un bourreau qui se tient hors de la prison, tandis que le saint avance la tète par la fenêtre. Cette singularité aura pu mettre sur la route de la guillotine par le chemin de la Mannaya génoise, etc. Ici la prison est représentée par une petite tour dans le voisinage, et l'exécuteur travaille devant la fdle d'Hérodiade qui tient son plat pour emporter la tète qu'elle a demandée comme salaire.

Les Étuvistes étaient sous le patronage de saint Michel.

Il est difficile de dire pourquoi.

patron saint Michel, probablement parce qu'étant en même temps boulangers ils faisaient des miches.

Les patrons des Fruitiers étaient saint Christophe et saint Léonard. On voit dans la gravure que nous donnons ci-dessus, saint Christophe passant un torrent avec le Christ enfant sur ses épaules. Dans le champ se trouvent les initiales S. X. A sa droite un personnage agenouillé. Le revers nous représente saint Léonard, la tête nimbée, brisant les chaînes de deux prisonniers agenouillés à ses pieds.

Les Gantiers étaient sous le patronage de sainte Anne et de sainte Madeleine.

Les Vendeurs de grains avaient pour patron saint Nicolas, ce qui s'explique facilement par les traits de sa légende. En un temps de famine, des vaisseaux chargés de grains pour Constantinople abordèrent près de Myre , et le saint Évêque fit demanîler aux matelots quelque cent muids pour son diocèse. Sur ce qu'on lui objectait qu'on en devait compte à l'empereur pour sa capitale, l'homme de Dieu assura qu'il n'y paraîtrait pas au débarquement. De fait, la quantité versée sur la côte d'Asie, se trouva remplacée intégralement lorsqu'on aborda à Constantinople.

Les Hôteliers étaient patronnés par saint Martin; les Libraires , Relieurs, etc., par saint Jean l'Evangéliste; les Maçons, Tailleurs de pierres, par saint Biaise; les Maréchaux ferrants , par saint Eloi.

Les Menuisiers avaient pour patronne sainte Anne; si bien que, dans les ateliers, on appelle encore cervelle de sainte Anne un mélange de colle-forte et de sciure de bois destiné à déguiser les cavités accidentelles d'une planche.

Les Pâtissiers se sont crus obligés de prendre pour

Les Paulmiers avaient pour patronne sainte Barbe. Dans notre méreau ci-dessus on la représente au moment où' son père va la décapiter; le revers nous fait voir la même sainte tenant la palme et supportant une petite tour, souvenir de celle dans laquelle elle avait été enfermée.

Les Potiers d'étain se réclamaient du patronage de saint Fiacre et de saint Mathurin.

Dans notre gravure ci -dessus, le champ de l'avers nous fait voir saint Mathurin , la tête nimbée , exorcisant un personnage agenouillé à ses pieds. Au-dessus de la tête du saint, un démon s'envole. Sur le revers est saint Fiacre , tenant de la main gauche une bêche. A la gauche du saint une aiguière.

Les Rôtisseurs avaient pour patrons l'Assomption de la sainte Vierge et saint Laurent. On comprend sans peine pourquoi les rôtisseurs se sont donné un patron qui avait été grillé sur des charbons ardents. Quant à la mère de Dieu , il y a tout, lieu de croire qu'en choisissant le jour de sa mort et de sa réception dans le ciel, on avait eu égard à ce langage fréquent des SS. Pères, qui la font mourir d'amour, c'est-à-dire comme consumée par le besoin de revoir son divin Fils. Telle est l'explicacation de M. Forgeais.

Il est plus vraisemblable de penser que les rôtisseurs ont fait ce choix parce que la fumée de leurs grandes cuisines monte au ciel comme la Vierge le jour de son Assomption.

Les Selliers, les Serruriers étaient patronnés par saint Eloi; les Teinturiers, par saint Maurice; les Traiteurs, par la Nativité de la sainte Vierge.

Les Vergettiers avaient pour patronne sainte Barbe. Il est aisé d'apercevoir que le patronage de cette profession a été déterminé par un de ces jeux de mots qui sont de vieille date en France, et qui, par exemple, ont fait choisir saint Vincent par les vignerons, parce que son nom commence par vin. Au cas présent, comme les brosses et vergettes se font de poils, la corporation jeta son dévolu sur le mot Barbe.

Les Marchands de vin fêtaient saint Nicolas.

Dans notre gravure, on voit ce saint, revêtu d'ornements pontificaux, la tête nimbée, bénissant de la main droite et tenant une crosse de la gaucbe. Il ressuscite des enfants placés dans un saloir. Le revers représente un vaisseau voguant (amenant des vins étrangers?). Saint Nicolas , patron des mariniers , apparaît sur la poupe , conformément à un trait de sa légende.

Page 1