‹ Membres et ceintures des vertébres tétrapodes; critique morphologique du transformismeChapitre 20 sur 83 · II. CEINTURE PECTORALE · texte numérisé non relu

II. CEINTURE PECTORALE

La ceinture pectorale des Crocodiles est bâtie sur le même plan général que celle des Sauriens, c’est-à-dire qu’elle se substitue en avant du sternum, à la partie ventrale déficiente du thorax avec lequel elle forme une cage zono-thoracique. Elle présente cependans quelques particularités qu'il faut signaler.

Le scapulum est bien développé tandis que le suprascapulum est peu étendu. Lé coracoïde consiste en une pièce unique, aplatie, en forme de plaque étranglée en sabliér en son milieu et élargie à ses deux extrémités. L’extrémité médiale, prolongée chez le jeune par un épicoracoïde réduit, s'articule latéralement avec le sternum qui se poursuit en avant d’elle et la sépare complètement du coracoïde de l’autre côté contrairement à 6e qui se passe chez les Sauriens où les épicoracoïdes se croisent sur la ligne médiane sur laquelle manque le sternum, à leur niveau. L’extrémité latérale du coracoïde s’articule avec le scapulum par une large suture horizontaie sur le bord caudal de laquelle se trouve la cavité glénoïde, en forme de selle à grand-axe dorso-ventral, mais dont le bord supérieur est plus développé que chez les Sauriens. Ce bord est évidemment beaucoup plus portant que son correspondant chez les Sauriens, et il permet au membre antérieur de soulever au-dessus du sol Pavant train, beaucoup plus lourd, de ces animaux, lorsqu'ils veulent se dresser

dans un mouvement analogue à celui décrit à la page 94. Le scapulunx et le coracoïde se prolongent assez loin en avant de la cavité glénoïde: qui est ainsi rejetée à l'arrière de la ceinture, contrairement à l’acétabulum du pelvis.

Le sternum est long et divisé en deux parties; l’une antérieure, plus large, intercalée entre les.

deux coracoïdes et qui porte en arrière de ceux-ci deux sôtes seulement, c’est le présternum de W. K. Parker. L'autre partie, postérieure, plus étroite (mésosternum) reçoit un plus grand nombre de côtes (trois à cinq, plus les fausses côtes), sa partie caudale se divise en deux branches pour les fausses côtes et a reçu le nom de xiphisternum.

La partie antérieure du sternum s'arrête au niveau du bord cranial des coracoïdes, mais elle:

est continuée en avant de ceux-ci par une tige saillante, formée par l’épisternum, situé à sa face ventrale, et qui se poursuit en arrière, jusqu’à la moitié postérieure.du sternum.

Enire la pointe craniale de l’articulation scapulo - coracoi -

F1G. 47. — Ceinture pectorale de Crocodilus cataphractus, face ventrale.

c., cotyle ; — (C’1, première côte sternale ; — a PR . , Ce 2 22». 2 SA é. c., épicoracoïde ; — é. st., épisternum ; — dienne et l’épisternum s'étend, més. st., mésosternum ; — p. st., présternum ; ; SE UET — sc., SCapulum ; — s. sc., suprascapulum ; -— chez 1 embryon, une membrane

x. st, xiphisternum. fibreuse qui comble tout l’intervalle compris entre eux et le

coracoïde en arrière. Cette membrane représente évidemment la portion antérieure, fenêtrée, de la ceinture des Sauriens. Elle offre à son bord cranial un épaississement considéré par HOFFMANN comme représentant la clavicule, mais qui ne s’ossifie jamais, de sorte que cet os manque. Chez l’adulte la membrane fibreuse dont il vient d’être question perd son individualité en se confondant plus ou moins avec les divers fascias

intermusculaires de son voisinage.

Tandis. que chez les Sauriens la ceinture se substitue au thorax sur une longueur répondant aux trois ou quatre premières côtes, chez les Crocodiles elle ne répond qu’à deux côtes seulement, celles de la 8 et de la 9 vertèbres, qui représentent en réalité les deux premières dorsales. Il y a donc sept vertèbres cervicales, toutes pourvues de côtes, il est vrai, mais celles-c1 se distinguent aisément par leur forme des deux premières

Fe past.

F1G. 48. — Cou et ceinture pectorale d’Alligator sclerops, face latérale.

atl., atlas ; — ax., axis ; — c., coracoïde ; — C1, première côte ; — C’1, première côte sternale ; — é.st., épisternum ; — gl., cavité glénoïde ; — p. st., présternum ; — s. €. sc., suture coracoscapulaire ; — sc., scapulum ; — v. d!, première vertèbre dorsale ; — v. c7, septième vertèbre cervicale.

dorsales. En effet, les côtes des trois premières cervicales (atlas, axis et la vertèbre suivante) sont droites, longues et dirigées d’avant en arrière, les quatre suivantes ont la forme d’un croissant dont les pointes, peu différentes l’une de l’autre, sont à peu près horizontales et s’imbriquent avec celles des côtes voisines, prenant sur elles un point d’appui et leur. fournissant appui à leur tour. La première côte dorsale vraie se distingue par l’allongement de sa pointe caudale qui est trois fois plus longue que la craniale et se dirige nettement du côté ventral, comme une côte ordinaire.

Le faible développement dans le sens antéro-postérieur de la plaque ventrale de la ceinture (absence de procoracoïde), est évidemment en rapport avec le fait que la partie de paroi thoracique atrophiée répond

au territoire des deux premières côtes dorsales séulement au lieu de s'étendre comme chez les Sauriens sur un plus grand nombre de ces dernières. AE D'4.f

Comme le squelette zono-thoracique la musculature présente quelques différences avec celle des Sauriens, mais il n’est pas besoin de les signaler car elles n’apportent aucun éclaircissement aux questions que nous examinons ici.

Rapports des ceintures avec la cavité générale. — Les rapports de la cavité générale avec les ceintures sont, d’une manière générale, les mêmes que chez les Sauriens. Même prolongement de la cavité péritonéale en arrière de l’ischion par deux culs-de-sac entourant l’extrémité craniale du eloaque, mêmes rapports de la cavité viscérale en avant. Toutefois ses limites sont, de ce côté, moins nettes que chez les Sauriens, d’une part à cause de l’absence de clavicules qui ne permet pas de les marquer pour ainsi dire de l’extérieur, et ensuite à cause du recul du cœur, entraîné en arrière avec le péricarde qui l'enveloppe, de telle façon que le bord cranial de la cavité péricardique est situé au niveau du bord caudal du plastron sterno-coracoïdien, bien en arrière par conséquent de la position qu’iloccupe chezles Sauriens. Comme, de chaque côté, l'extrémité craniale des cavités pleurales oceupe la même situation que chez ces derniers, c’est-à-dire arrive jusqu’au bord correspondant de la cage zono-thoracique, il semble que dans la portion moyenne du thorax, la région acœælomique formée par le cou se soit prolongée en arrière. De fait il y a, entre les deux cavités pleurales et le bord cranial du péricarde une masse compacte formée par la trachée, l’œsophage et les muscles prévertébraux. Tous ces organes sont étroitement accolés entre eux per du tissu conjonctif lâche, sans l’interposition d’aucun cul-de-sac cœlonique pour les séparer les uns des autres. Cette disposition dépend sans doute du développement énorme des muscles prévertébraux nécessité par les fonctions de la tête qui devient un instrument de préhension extraordinairement fort. Ces muscles occupant la place réservée d’habitude au cœur, ce dernier a dû reculer vers l’abdomen ainsi que la portion du eœlome qui l’environne.

Page 1