‹ Membres et ceintures des vertébres tétrapodes; critique morphologique du transformismeChapitre 48 sur 83 · TL. CL · texte numérisé non relu

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F1G. 176. — Région pelvienne de Balænoptera musculus, vue par la face ventrale, d’après STRUTHERS.

F., fémur ; — 7. . p., ligament inter-pelvien ; — /. pr. pel., ligament pré-pelvien ; — m. a., muscles antérieurs ; — m. &. c., muscles ischio-caverneux ; — m. p., m. p', muscles postérieurs du pelvis attachés à sa face ventrale et à son bec ; — mm. p. fém., muscles posté-

rieurs du fémur ; — P., os pelvien ; — pén., pénis.

Les extrémités craniale et caudale de l’os pelvien d’un côté sont reliées par ces deux ligaments aux extrémités correspondantes de l’autre côté. En arrière du grand ligament postérieur se trouve la fosse rectale dans laquelle est logée iaterminaison de l'intestin.

Les deux extrémités de l’os sont revêtues de cartilage de même que l'extrémité du promontoire, mais ce dernier cartilage mérite une mention particulière parce qu’il répond au cartilage articulaire ou acétabulum. Dans l’angle formé par le promontoire et le bec se trouve un nodule cartilagineux ovoïde qui est rattaché à ces deux parties de Pos par deux ligaments : l’un antérieur allant se fixer au bec, l’autre postérieur allant au promontoire. Ce noyau cartilagineux représente vraisemblablement le reste du fémur, si l’on en juge par ce que l’on observe chez

les Baleines où les rudiments du membre postérieur sont beaucoup plus faciles à interpréter. Mais il a subi une bien plus grande régression que chez les Baleines comme le montrent sa constitution purement cartilagineuse (il n’a qu’exceptionnellement un petit point central d’ossification), et le fait qu'il n’est point en rapport avec une cavité acétabulaire vraie.

Chez les Baleines l’os pelvien diffère assez de celui des Baleinoptères.

F1G. 177. — Bassins et membres postérieurs de divers Mysticètes, d’après STRUTHERS.

A, Balaenoptera borealis ; — B, Balaenoptera musculus ; — C, Megaptera longimana. —

D, Balaena mysticetus.

F., fémur ; — P., pelvis; — T., tibia; — b., bec ; — c., corps ; — d., g., les deux moitiés du bassin de Balaenoptera borealis ; — Z. cap., ligament capsulaire fémoro-tibial ; — L. e., ligament externe ; — Z, p., ligament postérieur ; — Z. p. f. a., ligament pelvi-fémoro-anté-. rieur ; — [. p. f. p., ligament pelvi-fémoro-postérieur ; — pr., promontoire.

Sa pèrtie antérieure ou bec est beaucoup plus courte et forme avec le corps un angle bien marqué au lieu de se continuer doucement avec lui par une courbe. Cet angle, qui varie d’ailleurs de 900 à 1500, fait que le bec est beaucoup plus transversal que dans le cas précédent ; néanmoins il ne s’approche jamais de celui du côté opposé pour former avec lui une symphyse et les deux os restent toujours largement séparés. Le corps de los est beaucoup plus développé que chez les Baleinoptères, il est long et assez large et c’est lui qui soutient la plus grande partie de l’orifice urogénital. Le promontoire porte une petite cavité acétabulaire située tout à fait près de son sommet et qui est rarement effacée. Le rudiment de membre est représenté par un fémur et un tibia. Le fémur

possède une tête cartilagineuse arrondie, terminale — qui paraît faite pour rouler dans la cavité acétabulaire, mais qui en est toujours séparée comme à la suite d’une luxation — un distum mousse, également cartilagineux, un corps osseux présentant sur son bord caudal une petite saillie ou trochanter (fig.176, D). Sur le distum fémoral s'articule une petite pièce, le plus souvent cartilagineuse, disposée sur le fémur à angle droit et qui représente la tête du tibia. Que ces pièces répondent bien aux os auxquels elles sont comparées est absolument indubitable et aucun de ceux qui les ont observées sur le frais (P. J. VAN BENEDEN, STRU- THERS) n’en ont douté,en voyant les cavités synoviales qui les relient entre elles et à la hanche. Il est impossible de se méprendre. Mais ce rudiment de membre occupe une position singulière. Il est horizontal, comme le membre postérieur rampant, mais avec le genou tourné en dedans, c’est-à-dire à 1800 de la position qu'il occupe dans ce cas. Cette orientation, unique parmi les espèces connues, est certainement le résultat d’une luxation, comme l’indique déjà la sortie la tête fémorale en dehors de l’acétabulum, alors cependant que ces deux parties ont dù se produire simultanément au cours de l’ontogénèse par la même fente séparant la tige fémorale du cartilage pelvien jusqu'alors continu avec elle.

Toutes ces pièces squelettiques subissent d’ailleurs, comme on la déjà vu à propos des Siréniens, des variations considérables, non seulement spécifiques et individuelles, mais même dans les deux moitiés d’un individu.

Homologies du bassin des Pisciformes. — Nous avons suivi pour décrire le bassin des Cétacés la nomenclature de J. STRUTHERS, parce qu’elle est très commode et qu’elle a l’avantage de ne rien préjuger sur les comparaisons que l’on peut en faire avec le bassin des autres Mammifères; mais tout le monde ne s’est pas tenu dans cette réserve et divers auteurs ont voulu homologuer les dive ses parties de ce bassin à celles du bassin des autres Mammifères. Tous n’ont pas compris les choses de la même façon ; il en est résulté des divergences qu'il serait trop long d'exposer et dont l’intérêt historique n’est pas suffisant pour motiver ces longueurs. Il vaut mieux, pour mettre le lecteur au courant de la question, exposer les résultats auxquels est parvenu O. ABEL.

Pour cet auteur un os pelvien deBaleinoptère, supposé vertical ou oblique avec le promontoire en bas, rappelle assez bien celui d’Æalitherium par exemple. Le bec, allongé, représente l'ilion, le promontoire répond au pubis, le corps n’est autre chose que lischion. Une interprétation identique des diverses parties de l’os pelvien avait déjà été donnée

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antérieurement par Y. DELAGE, mais O. ABEL s’est préoccupé en outre du changement de position du bassin réalisé chez les Cétacés par rapport aux Siréniens, c’est-à-dire de l’abaissement de l’extrémité supérieure de l'ilion amenant en fin de compte, l’os dans la position horizontale qu'il occupe. Ce déplacement explique suffisamment la position du bassin des Baleinoptères, mais pour les Baleines 1l s’est présenté une difficulté résultant de ce que la partie longue du bassin qui pour lui représente l’ilion, au lieu d’être en avant comme chezles Baleinoptères est dirigée en arrière.

O. ABEL a résolu la question d’une manière très élégante évidemment s'il ne s'agissait que d’un problème pu- LA | < ) rement mental, mais

comp.p!}-\ beaucoup moins pro- : | | bante lorsqu'on a affaire retr.p. + \ x $ ne ic à des êtres vivants. Il a rel.& imaginé que dans le changement de position qui conduit à l’horizon- | 8 talité du peivis, los F1c. 178. — Région pelvienne de Balaena mysticetus, : hé ck l ue par la face ventrale, d'après STRUTHERS. avait marché chez les comp, p., comp. p’, compresseur du pénis ; — F., fémur ; — Baleines en sensinverse m. @., muscles antérieurs du pelvis ; — m. P., muscles pos- de ce qu’il avait fait térieurs du pelvis ; — m. fém., muscles fémoraux ; — P., i s pelvis ; — pén., pénis ; — rect., rectum ; — rel. a., releveur chez les Baleinoptères, “ ne — rétr. p., rétracteur du pénis ; — T., tibia ; — si bien que les extré-

mités correspondantes se trouvaient à 1800, l’une de l’autre dans ces deux types. Pour soutenir son opinion, il s’est appuyé sur la figure de STRUTHERS (fig. 178) d’après laquelle les muscles antérieurs attachés au pelvis étant plus gros chez les Baleines que les postérieurs, devaient forcément "entraîner ce résultat. Je ferai remarquer que pour qu'il en soit ainsi, 1l faudrait —

un déplacement pareil ne pouvant s'effectuer qu’autour d’un point fixe, :

ici le pubis — que les muscles fussent insérés d’une manière alternante ou croisée par rapport à ce dernier, les antérieurs s'étendant plus loin que l’acétabulum en arrière, les postérieurs allant plus loin que lui

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en avant, et que rien ne permet de penser qu'il en ait été ainsi. D'’ailleurs l’étude des muscles de la région montre que les homologies admises par O. ABEL ne peuvent être acceptées. A quoi répondent les muscles longitudinaux qui s’insèrent à l’os pelvien ? Ce sont uniquement des peauciers et il est tout à fait injustifié de comparer leurs points d’attache sur le pelvis aux os qui reçoivent et fixent les muscles du tronc chez les Mammifères ordinaires.

En effet ces muscles n’appartiennent n1 à la paroi abdominale, nj aux membres, n1 à la queue. Les muscles de la paroi abdominale offrent chez les Cétacés une disposition particulière. Tandis que chez les autres Mammifères à bassin solidement articulé sur la colonne vertébrale et muni d’une symphyse ventrale ces muscles s’insèrent à la paroi craniale du bassin et prennent leur point fixe sur la symphyse, chez les Cétacés, en l’absence de symphyse, ce point fixe est reporté ailleurs, du côté dorsal, sur l’aponévrose horizontale qui sépare les muscles de l’épisome de ceux de l’hyposome, et qui est liée aux apophyses transverses lombosacrées. :

Cette modification ne nécessite pas d’ailleurs un transfert d’insertions musculaires dont le mécanisme serait peu clair ; elle résulte tout simplement d’une substitution du muscle oblique interne à l’oblique externe comme principal agent des mouvements de la paroi abdominale. Chez les Mammifères pourvus de symphyse les muscles de cette paroi, nés sur les côtés du dos à un niveau correspondant à celui de l’aponévrose inter épi-et hyposomatique, mais toujours en avant de la crête ilaque, se dirigent de là vers le bord cranial du bassin où ils s’attachent comme 1l a été dit page 274. L’oblique externe qui va d’avant en arrière et de haut en bas (du dos au ventre), de même que les m. droits qui vont d’avant en arrière, trouvent leur point fixe sur le pubis. L’oblique interne qui croise l’externe, en allant du bord iliaque aux côtes, ne fait guère que renforcer la paroi sans exercer une action bien puissante sur sur la contraction de cette dernière dans le sens antéro-postérieur.

Dans les Cétacés, l’aponévrose inter épi-hyposomatique qui se prolonge d’ailleurs assez en arrière du pelvis, puisqu'elle dépasse l’anus, donne insertion à l’oblique interne et à une grande partie des fibres des droits, qui, s’écartant l’un de l’autre sur la ligne médiane, un peu en avant de l’orifice urogénital, se dirigent obliquement en haut en se plaçant sur le côté des fibres les plus latérales de l’oblique interne. Dans l'intervalle compris entre l’écartement des m. droits la paroi abdominale est représentée par une lame aponévrotique, issue de l’oblique externe, dans laquelle viennent se perdre les fibres les plus internes des droits. Dans ces conditions, il est clair que l’oblique externe est fonctionnellement

passé au rang occupé jusqu'alors par l’oblique interne et que ce dernier, renforcé par les fibres des droits déviées latéralement, a pris le rôle principal dans le jeu des parois abdominales. Le point fixe pour les contractions des muscles abdominaux se trouve maintenant reporté sur le côté dorsal, en même temps qu'il est reculé par le grand allongement de la région lombaire. Tout cela ne suppose point des remaniements considérables, mais une simple utilisation différente de parties restées

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F1rG. 179. — Muscles du tronc de Kogia breviceps.

Les noms des muscles soulignés sont ceux qui se rapportent au texte.

4, sterno-mastoïdien et masto-huméral ; — 2, rhomboïde antérieur; — 3, rhomboïde posté-

rieur ; — 4, releveur de l’omoplate ; — 5, grand dentelé ; — 6, petit pectoral ; — 7, sternohyoïdien ; — 8, scalène moyen ; — 9, scalène postérieur ; — 10, droit latéral de la tête; — 11, semi-spinal de la tête ; — 12, spinal du dos ; —- 13, splénius : — 14, longissime; — 15, ilio-costal thoracique ; — 16, ilio-costal lombaire ; — 17, transversaire supérieur; — 18, transversaire inférieur ; — 19, ischio-caudal; — 20, hypo-axial sacro-coccygien (portion superficielle) : — 21, le même, portion latérale ; — 22, l2 même, portion ventrale ; — 23, releveur de l’anus ; — 24, ischio-caverneux ; — 25, droit de l’abdomen;: — 26, oblique interne ; — 27, oblique externe (la partie blanche située en haut de ces trois muscles est l’aponévrose inter-épi-hyposomatique) ; — 28, grand dorsal ; — 29, rétracteur du pénis;

=— 30, bulbo-caverneux ; — 31, sterno-thyroïdien.

fondamentalement les mêmes et ayant gardé les mêmes rapports entre elles. |

Chez les Siréniens le point fixe pour les contractions de la paroi abdominale est également situé sur l’aponévrose inter épi-et hyposomatique, c’est l’oblique interne qui joue le rôle principal, sans doute avec le concours des m. droits. D’après Murte, LECHE dit que ces derniers muscles s’insèrent à l'intervalle fibreux compris entre la partie ventrale

des os pelviens, mais la figure de MuRIE, qui montre une coupe longitu-

dinale de l’animal entier, représente les muscles droits non sous la forme de faisceaux parallèles à cette coupe, mais au contraire comme des faisceaux coupés en travers ou obliquement, ce qui prouve bien leur orientation particulière, comparable seulement à celle. qu’ils offrent chez les Cétacés.

Cette disposition des muscles abdominaux est connue depuis longtemps, elle est déjà décrite dans Owen, Anatomie comparée, t. I,

1è- CE

p. 25 ; elle est aussi très visible dans la figure de Balaenoptera musculus donnée par CARTE et MACALISTER, enfin elle a été très bien exposée dans le récent travail de VON SCHULTE et DE FOREST SMITH sur Kogia breviceps. Les auteurs ne paraissent pas cependant avoir tiré les conséquences qu’elle comporte à propos de la morphologie du bassin. Si les muscles de la paroi abdominale ne s’insèrent pas sur l’os pelvien, c’est que ce dernier ne répond pas au bord cranial du bassin qui les reçoit dans les autres Mammifères et notamment à l’ilion et au pubis. D’un autre côté les fibres qui s’attachent à l’os pelvien des Cétacés doivent être rapportées au peaucier, si important chez tous, mais en particulier chez les Baleinoptères.

Plusieurs auteurs ont décrit ce peaucier comme s'étendant Jusque sur la région anale, et c’est notamment le cas de VON SCHULTE et ForEsT SMITH; DELAGE pense qu'il s'arrête plus tôt et qu'il n’est représenté dans cette région que par une aponévrose, mais comme 1] dit que celle-c1 est molle et rougeâtre, on peut se demander si elle ne renfermait pas des fibres musculaires que la putréfaction avait déjà fortement modifiées. Il est donc bien probable que les fibres longitudinales attachées au pelvis sont des fibres du peaucier puisque les fibres de la paroi abdominale s’insèrent ailleurs, et que les fibres de la queue ne s’attachent pas non plus à cet os. En effet les plus externes de ces fibres caudales, qui pourraient seules répondre aux muscles ilio-pubo-ischio-coccygiens, très inégalement développés chez les Mammifères, mais qui rattachent tous le bassin à la queue, sont ici représentées par l’ischio-caudal (19, fig. 179) qui, chez les Cétacés, ne s’insère sur aucune partie du pelvis et seulement aux aponévroses de la fosse pelvienne et des muscles environnant cette dernière. L’ischio-caudal ne s’insérant pas sur le prétendu bassin, celui-ci se trouve ainsi exelu de tout rapport avec les muscles de la paroi abdominale et avec ceux de la queue, de sorte qu'il devient bien difficile de le comparer au bassin des autres Mammifères.

Ce bassin si particulier offre-t-il au moins, avec les muscles du membre postérieur, des rapports justifiant sa présence et sa comparaison avce le bassin ordinaire ? Il ne le paraît guère, ces muscles sont en effet extrêmement réduits, même chez les Baleines. Dans ces dernières ou ces parties sont à léur maximum de développement, le rudiment du membre présente à la fois des ligaments et des muscles. Les ligaments sont distribués en deux groupes : un groupe pelvi-articulaire et un groupe pelvi-fémoral. Le premier est formé de fibres s'étendant du pourtour de l’acétabulum ou du promontoire à la tête fémorale, 1l

représente évidemment les ligaments articulaires de la hanche. Dans le

second ces ligaments sont au nombre de trois, un postérieur qui va du

corps de l’os au milieu du fémur, et deux antérieurs allant du bec au même point. Cette disposition singulière, car on ne connaît pas chez les Mammifères ordinaires de ligaments correspondants, s'explique sans doute par ce fait que ces ligaments ne sont autre chose que des muscles transformés. Deux ordres de faits viennent corrober cette manière de voir ; premièrement les muscles du membre ont exactement la même situation que ces ligaments qui semblent les doubler dans la profondeur et leur correspondre exactement, sauf pou: un muscle plus superficiel, superposé à l’antérieur externe, mais inséré sur la face ventrale de l’os, en avant de ce dernier muscle par conséquent, et qui a été nommé pour cela abducteur, tandis que les profonds ont gardé le nom d’adducteurs. Ensuite J. STRUTHERS indique dans l'explication de la figure de Balaenoptera musculus (fig. 175) que le muscle interne du fémur est mélangé avec du tissu fibreux, et DELAGE (p. 64), fait remarquer que chez son Baleinoptère, le ligament antérieur semble formé d’un musele ayant subi un commencement de dégénérescence graisseuse.

Quoi qu'il en soit ce ne sont pas ces muscles ou ces ligaments, si réduits, qui suffisent à expliquer la conservation du bassin, lequel se trouve d’ailleurs à peu près aussi développé chez les Baleinoptères où ils sont encore plus rudimentaires, et ce ne sont pas eux qui permettent d’homologuer avec les différentes pièces d’un bassin ordinaire les parties de l’os pelvien qui leur donnent attache.

Donc ni par ses rapports avec la musculature de l’hyposome, ni par ceux qu'il offre avec les muscles du membre, l’os pelvien ne se montre comparable au bassin des Mammifères ordinaires. Un seul point le rapproche de ce dernier, c’est qu’il fournit des attaches importantes aux muscles urogénitaux. Mais cela ne permet pas de le comparer entièrement à l’ischion des Mammifères comme on l’a fait, car l’ischion n’est pas seul à donner insertion aux crganes génitaux, le pubis y prend aussi une part en servant à l’attache des racines du pénis. L'os pelvien des Cétacés participe ainsi des deux os ventraux du bassin, mais ces os, en même temps qu'ils servent à l’appareil urogénital chez les Mammifères “ordinaires, jouent aussi un autre rôle, ils fournissent des points d'appui aux muscles du tronc, de la queue et à ceux des membres, ce qui ne fait pas le pelvis des Cétacés.

Comment donc faut-il interpréter l’os pelvien des Cétacés ? On doit évidemment le considérer comme un représentant du bassin des Mammifères ordinaires, mais réduit à sa partie centrale ou acétabulaire, celle qui prend naissance ontogéniquement au niveau du point où le précartilage du bourgeon du membre s'implante sur le tronc pour se prolonger ensuite dans les parois de ce dernier en ilion, pubis et ischion. Et cette

relation bien connue, entre la lame pelvienne de tissu squelettogène et l’axe squelettogène du membre, explique suffisamment la persistance d’un rudiment de ce dernier. Mais en d°hors de ce‘te partie centrale il n’y a rien qui corresponde véritablement à un pubis, puisqu'il n’y a ni symphyse, ni insertions musculaires pubiennes, ou à un ilion puisqu'il n’y à pas plus d’articulation avec la colonne vertébrale que de muscles illo-cruraux, ou enfin à un ischion puisque seul: la parti: génitale de ce dernier serait conservée. Les prolongements du pelvis qui partent de sa région acétabulaire sont des parties propres aux Cétacés, en rapport avec la constitution des fosses pelvienne, rectale et avec les muscles urogénitaux; et la forme particulière du pelvis des Baleines, attribuée par O. ABEL à un retournement de l’os, est bien plus probablement liée à la différence qui existe entre ia constitution de leur région ano-urogénitale et celle que l’on observe chez les Baleinoptères. DELAGE à fait remarquer en effet que chez ces derniers le corps seul du pelvis donne naissance aux racines du corps caverneux contrairement à Ce que montrent les Baleines, et les figures de STRUTHERS montrent encore d’autres différences entre les deux types.

L’os pelvien des Siréniens'est un peu différent de celui des Cétacés, car, étant données ses connexions avec le sacrum, il est tout naturel de lui considérer une portion iliaque, peu développée il est vrai, et réduite à une tige de soutien pour la partie ventrale de l’os qui s'appuie par elle sur la vertèbre sacrée. En même temps qu’il possède une branche iliaque l’os pelvien présente chez les Siréniens une orientation presque opposée à celle qu’il a chez les Cétacés puisqu'il est vertical ou à peu près. Cette orientation s'explique sans doute par la nécessité d’un appui sur la colonne vertébrale, qui a amené la formation de l’apophyse iliaque. En effet les Siréniens ayant une région lombaire très courte (4 vertèbres chez Halicore, 2 chez Manatus) les muscles de la paroi abdominale qui viennent prendre leur appui dorsalement sur lPaponévrose inter-épihyposomatique ont un trajet presque vertical et tendraient par leur contraction à étrangler le tronc dans la région périnéale ; mais la résistance fournie dans le sens vertical par l’os pelvien appuyé sur la vertèbre sacrée annule cet effet. Chez les Cétacés la grande longueur de la région lombaire (6 à 20 vertèbres) donne une telle obliquité à ces muscles qu'ils n’ont aucune tendance à produire un semblable effet, par suite la connexion avec le sacrum n’est pas nécessaire et l’os pelvien, exclusivement réduit au pourtour de l’orifice urogénital, est horizontal.

Corrélations des parties de la région pelvienne. —La constitution spéciale du bassin des Mammifères pisciformes est en rapport avec l’adap-

tation de la queue à la fonction iocomotrice, et il faut ajouter à la locomotion s’effectuant par des battements dans le plan vertical, contrairement à ce que l’on observait jusqu'ici, aussi bien chez tous les Sauropsidés que chez les Amphibiens et les Poissons. C’est évidemment le mouvement de la queue dans le plan vertical qui entraîne l’absence de symphyse et la réduction du bassin, tandis que chez tous les Tétrapodes à queue locomotrice douée de mouvements latéraux, le bassin persiste avec sa symphyse, lors même que le membre postérieur a déjà subi une régression assez marquée, comme chez certains [chthyosaures.

C’est qu'il y a effectivement entre ces deux adaptations à la nage une opposition extrêmement marquée qui entraîne des différences considérables entre les structures. Chez les Amphibiens les muscles latéraux qui meuvent la queue s'appuient sur le membre postérieur (muscles caudo-cruraux). Leur insertion sur la queue ne se fait qu'après les premières vertèbres caudales (voir p. 35) ; il reste dans la partie ventrale de la racine de la queue, sous les premières caudales et en avant du bord postérieur de la symphyse ischiatique, un espace occupé par le prolongement du cœlome et renfermant le cloaque. Les mouvements de la queue se passent surtout en arrière des trois où quatre premières vertèbres caudales, l’orifice cloacal situé dans le plan horizontal de la face ventrale comme les orifices ano-urogénitaux des Pisciformes, n’est ni comprimé, n1 déformé par les mouvements de la queue.

Chez les Pisciformes les choses se présentent tout autrement. Les Mammifères sont caractérisés, on le sait, par une disposition spéciale des orifices anal et urogénital qui se séparent l’un de l’autre et s'ouvrent sur une surface spéciale, le périnée. Le périnée est à peu près transversal par rapport à la colonne vertébrale, qui se continue dorsalement à lui par la queue. L’orifice anal est placé très près de la racine de la queue, l’orifice urogénital est situé ventralement à lui, immédiatement en arrière de la symphyse pelvienne. Il y a donc entre le tronc, terminé en arrière par le périnée, et la queue un contraste marqué, au lieu du passage graduel de lun à l’autre que l’on observe dans les types inférieurs.

Pour que la queue puisse remplir le rôle d’organe locomoteur, 1l faut. naturellement qu’elle s’accroisse à sa racine dans ses deux diamètres vertical et horizontal. En même temps que cet accroissement s'opère, la forme aquatique, c’est-à-dire le passage graduel du tronc à la queue, se réalise parfaitement. Mais ce changement ne peut être obtenu que par un déplacement du plan périnéal, que l’on observe d’ailleurs dans l’ontogénie, comme le montrent les figures assez nombreuses d’embryons de Phocæna, données par GuLbBERG. Dans un embryon de 7 millimètres le plan périnéal, indiqué par le bouchon cloacal et la saillie génitale, est trans-

versal. Il est perpendiculaire à la fois à la portion de paroi ventrale comprise entre le cordon et lui, et à la queue dont la racine est beaucoup plus étroite que le tronc, au niveau du point où elle continue ce dernier. La queue se courbe ventralement à partir du membre postérieur et se place sur la face ventrale de l'embryon dont elle atteint l’extrémité céphalique. Dans un ?TE embryon plus âgé (18 mill., fig. 181. B), par suite évidemment d’un accroissement spécial de cette région. le siège de la courbure de la queue est reporté plus en arrière du membre. Le plan périnéal est amené dans une situation frontale Re D Nes et la racime de la queue, élargie, se continue 7 mm. grossi 4 fois d’après régulièrement avec le tronc. Tout se passe comme XUrPBERG:

si la région coudée du stade précédent s'était A RE TS redressée, car la longueur relative de la queue — pl. pér., plan périnéal. a beaucoup diminué et son extrémité n’arrive

plus vers la tête. En même temps que ce redressement, s’opéraient l'accroissement de la racine de la queue et le transfert de la lame cloacale dans le plan horizontal.

Si l’orifice urogénital qui va succéder à la partie craniale du eloaque se

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