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B F1G. 181. — Æmbryons de Phocæna communis, d’après GULDBERG. A, moitié caudale d’un embryon de 7 mm. grossie 16 fois ; — B, moitié caudale d’un embryon de 18 mm., grossie 6 fois.
m. p., membre postérieur ; — pl. pér., plan périnéal.
trouvait, comme chez les Mammifères ordinaires, derrière la symphyse pelvienne, les mouvements d’abaissement de la queue lui imposeraient une compression fâcheuse, et l’on comprend que les choses aient été disposées de manière à l’éviter, par la suppression de la symphyse. Mais bien d’autres modifications doivent être réalisées en même temps que celle-ci,
et 1l serait absolument injustifié de donner à l’une ou à l’autre la premiere part, d’en faire le primum movens de toutes les autres. Tout est si bien lié dans cet ensemble qu’une description sériée ne peut être faite que pour obéir aux exigences de l’exposition et 1l faut avoir bien soin de ne point la considérer comme la sériation réelle des phénomènes. En effet, en même temps que les transformations s’opéraient dans le déplacement du plan périnéal, elles s’effectuaient aussi dans le diamètre de la queue, et simultanément se préparait, en avant de la queue, le transfert du côté dorsal de l’attache fixe des muscles abdominaux en rapport étroit avec le grand allongement des apophyses transverses de cette région. Simultanément aussi les muscles ventraux internes de la queue (sacro-coccygiens) qui, chez les Mammifères où 1ls atteignent leur plus grande longueur ne dépassent pas les dernières vertèbres lombaires, se poursuivent jusque sur les dernières dorsales, et si l’on tient compte de augmentation du nombre des lombaires, on voit quelle puissance cela leur suppose. Ils forment une masse énorme, étendue des dernières dorsales jusqu’à la face ventrale de la queue (fig. 179. 20, 21, 22) et que beaucoup d’auteurs regardent comme produite par la fusion des muscles sacro-Coccygien et psoas. Si ces derniers dérivent du groupe pelvi-fémoral interne, comme nous l’avons admis avec WiLper, il est bien évident qu'ils ne sont point représentés dans la masse en question. Les muscles latéraux allant du tronc à la queue, et qui forment chez divers Mammifères les muscles 1lo-pubo-ischio-caudaux ne sont représentés chez lesPisciformes que par un ischio-caudal allant du bord postérieur du pelvis (Siréniens) ou de l’aponévrose de la fosse pelvienne et de celle du muscle sacrococcygien (Cétacés) aux premiers os en chevrons en formant comme une gaine musculaire au sacro-Coccygien qui passe au milieu d’eux. Il est bien probable que ce muscle ischio-caudal a son point d'appui le plus fixe sur le coccyx et que c’est un fixateur du bassin, antagoniste du rétracteur du pénis.
Dans un développement comme celui que nous venons d’esquisser, il n°y a plus de place pour un bassin puisque la plupart de ses fonctions sont remplies par d’autres parties, et l’on conçoit facilement la réduction qu'il a effectivement subie.
Formes intermédiaires. — I] n’y a pas place non plus pour des états intermédiaires entre ceux des Mammifères ordinaires et ceux des Piseiformes, car on ne peut pas imaginer des individus chez qui les membres postérieurs encore assez développés, et la queue déjà plus forte que d’habitude, fonctionneraient simultanément.
Il existe des êtres, les Pinnipèdes, dont les membres postérieurs peuvent
servir à la fois à la locomotion terrestre et à la nage, mais chez eux la queue est réduite et ne joue aucun rôle dans la locomotion. Le bassin est parfaitement conservé de même que les membres postérieurs, et lorsque ceux-C1i, devenus inaptes à la marche, se consacrent uniquement à la nage comme chez les Phoques, ils gardent leur structure typique et n’offrent pas plus que le bassin aucune trace de régression, au contraire.
L'exemple des Phoques semble même montrer que la locomotion aquatique, lorsqu'elle se fait à l’aide du train postérieur, ne peut pas
employer à la fois les deux éléments susceptibles de la produire, c’est-
à-dire la queue d’une part, les membres de l’autre ; car alors même que ces membres ne servent plus à la marche terrestre et fonctionnent dans la natation d’une manière assez approchée du fonctionnement de la queue horizontale des Pisciformes, ils arrivent à remplir ce rôle sans transiormations profondes. Ils se contentent en effet, étant orientés parallèlement à la colonne et emmaillotés sous la peau du tronc jusque vers la racine de l’autopode, de développer ce dernier, d'augmenter ses mouvements de flexion par la poulie de renvoi de l’astragale et d'enlever à la colonne vertébrale le pouvoir de se fléchir fortement pour ramener les membres en dessous comme chez les Pinnipèdes marcheurs.
Phoques d’une part et Pisciformes de l’autre montrent deux cas dans lesquels l’appareil locomoteur est formé par la partie terminale du corps, mais chez les premiers il est fourni exclusivement parles membres, chez les seconds exclusivement aussi par la queue. Pour peu que l’on réfléchisse aux conditions que doit réaliser le plan périnéal, on comprend” aussi facilement qu’elles ne comportent point d’intermédiaire entre les deux extrêmes connus. Ce n’est pas à dire que ce plan ne puisse présenter, par rapport à la colonne, des incidences très variables, mais elles sont toujours limitées par ce fait que les diamètres de la queue étant plus petits que ceux du tronc, la queue est placée dorsalement au périnée qui termine le tronc en arrière, ou que, ces diamètres approchant de ceux du tronc, la queue continue ce dernier, le périnée étant repoussé ventralement.
C’est donc une illusion de chercher des intermédiaires dans lesquels on trouverait à la fois un bassin de Mammifère ordinaire et une queue tendant vers le type pisciforme. Ces deux conditions s’excluent, et c’est pourquoi l’étude des Pisciformes constitue un chapitre si important de morphogénie mammalienne, dont les résultats éclairent à la fois l’embryologie et la paléontologie. On a dit bien des fois, devant l'évidence des réfutations que l'observation embryologique apporte à la loi biogénétique, que dans ces cas l’on avait à faire à un développement condensé et qu'il ne fallait pas en tenir compte, qu’en réalité le dévelop-
pement avait autrefois suivi d’autres chemins et aurait montré, si nous avions pu l’observer, la série ordinaire des passages si communément admis. Il me semble au contraire que le développement ontogénique tel que nous le voyons est le seul qui ait pu produire les résultats définitifs. que nous observons aujourd’hui, et qui permettaient seuls, aussi, le fonctionnement des parties. Lorsque l’embryon de Phocæna de 7 millimètres: montre un bouchon cloacal perpendiculaire à la colonne, il est clair qu'il réalise alors une des caractéristiques de l'embryon mammalien. Mais sa structure change bientôt, accroissement particulier de la région lombopérinéale intervient avant que les muscles et le squelette soient déjà différenciés, et 1l dispose les parties de telle manière que ce squelette et ces muscles vont se développer forcément comme ils doivent le faire dans le type nouveau pour lui permettre de réaliser l’adaptation cherchée. Les ébauches, y compris celle du membre postérieur, sont les mêmes. que dans les Mammifères ordinaires, mais chacune d'elles subira un accroissement ou un développement un peu différent de celui qu’elle subirait dans un Mammifère ordinaire et c’est cela qui conduit à la forme nouvelle. Je cherche vainement à me représenter comment les choses pourraient être autrement qu’elles sont, puisque je ne vois pas dans les différentes formes adultes des transitions entre les deux types et que même ces transitions paraissent impossibles. Nous montrerons plus loin que les diverses orientations des membres et toutes les conséquences structurales qu’elles entraînent ne peuvent avoir été acquises que par une déviation particulière du développement à une période très jeune, succédant à la phase de la courbure nuchale. Il y a donc unmoment où les différents types se réalisent dans l’embryon, chacun d’une manière différente, mais en utilisant des ébauches identiques jusqu’à ce moment et qui ne tardent pas à donner des produits différents par la simple différence d’accroissements et de différenciations tissulaires inégalement répartis. Cela montre à l’évidence qu’à la prétendue loi biogénétique et à la répétition purement métaphorique des stades ancestraux, il faut substituer la loi d'identité des ébauches dans un même Dent (lot d’isoschémie Des et celle de leur développement divergent.
La loi ainsi comprise nous montre aussi que les rudiments tels que les membres des Siréniens et ceux .des Cétacés doivent être interprétés non comme des restes de parties ayant un jour fonctionné, mais comme des restes embryonnaires ayant joué un rôle seulement chez l'embryon, à savoir celui de représentants de parties indispensables chez ce dernier. Ainsi lé POSER des femelles des Mammifères, reste du corps de Wolff, n’a jamais fonctionné à côté du canal de Müller pour enlever
les produits sexuels mâles, car l’hermaphrodisme parait avoir disparu depuis longtemps, chez les ancêtres des Mammifères, mais les ébauches génitales sont constituées dans ce groupe comme si les canaux excréteurs des deux sexes devaient se développer. Lorsque l’un de ces canaux devient prépondérant l’autre s’atrophie, mais jamais compiètement, et il en reste des parties qui présentent d’ailleurs une très grande variabilité et une extension très variable aussi comme l’ont si bien montré les études de TOURNEUX sur cet organe qui atteint ou non l’ovaire, suivant les cas. Les divers stades de régression des membres pisciformes ne sont pas plus étendus que ceux de l’organe de Rosenmüller.
Au point de vue paléontologique ce résultat n’est pas moins important, car il met en garde contre certaines reconstructions et contre les séries
- imaginaires encore si nombreuses aujourd’hui. Les Siréniens en offrent
un bel exemple. O. ABEL considère le bassin d’Æotherium ægyptiacum comme très voisin de celui des Mammifères ordinaires ; il y voit jusqu’à la crête latérale de l’ilion et à la fossette d'insertion du muscle droit du fémur. Est-ce bien exact ? Est-ce qu'il n’y a pas là une ressemblance purement apparente ? On peut se le demander, et plusieurs observations permettent de soulever des doutes très forts sur son interprétation. Il n’y a pas de branche horizontale du pubis, la lame osseuse qui circonserit le trou obturateur en avant est bien faible, en revanche l’ischion est bien épais et le trou obturateur est placé bien en avant de sa position ordinaire par rapport à l’acétabulum. Enfin si ce bassin était articulé avec la colonne vertébrale comme chez les Mammifères ordinaires et en faisant avec elle le même angle que chez les Ongulés, étant donné la brièveté du sacrum réduit à une vertèbre, l’ischion se trouverait au niveau des premiers os en chevron et comment se placeraient alors les orifices urogénital et anal ? Mais en outre, avec l'élargissement des apophyses sacrées et l’écartement de l’articulation sacro-iliaque, comment rapprocher ce bassin de celui des Ongulés, si étroitement accolé à la colonne ? Et si cet écartement existe, comme il le paraît bien, n’est-ce pas un caractère qui éloigne tout à fait ce bassin de celui des Mammifères ordinaires, sans compter que l’articulation sacro-iliaque parait aussi bien spéciale. Devant toutes ces remarques n'est-il pas permis de se demander s’il n’y à pas simplement une ressemblance purement apparente entre le bassin d’Æotherium et celui de lancêtre proboscidien, dont il est censé dériver ?
ARTICLE IV. — CHIROPTÈRES
Les Chiroptères sont des Mammifères volants dont les membres et les ceintures, tout en gardant strictement le caractère mammalien, ont
subi de grands changements dans leur orientation pour s adapter à à leurs fonctions nouvelles.
Membre antérieur. — Pour exprimer la relation qui existe entre ce
ar:
F1G. 182. —— Membre antérieur droit et ceinture pectorale de Pteropus Edvarsi en place , ous par la face ventrale.
acr., aCTOMiIONn ; — ap. c., apophyse coracoïde ; — clas., clavicule ; — ent. ép., entépicondyle; — olécr., olécrane ; — rot. ol., rotule olécranienne ; — tr, m., trochanter médial; — I, V,
premier, cinquième métacarpiens.
membre et celui des Mammifères quadrupèdes, on pourrait dire qu? l’aile des Chauves-Souris est un membre dressé qui a été tout entier, avec l’omoplate, écarté de 909 de sa direction primitive, en tournant sur le bord spinal de l’omoplate pris comme charnière. Ce déplacement une fois produit, l’omoplate est devenue frontale, de sagittale qu’elle était ; l’angle stylo-zeugopodique est également Fontil de même que le plan formé par les métacarpiens étalés en éventail.
Reprenant les choses segment -par segment, on voit que l’omoplate est entièrement frontale avec la cavité glénoïde regardant en dehors. Cette cavité est ellipsoide à grand axe allongé d’avant en arrière à petit axe dorso-ventral. L’humérus entre en rapport avec elle par une tête articulaire presque terminale, bien que située cependant sur la face d’extensiôn qui regarde en dedans, médialement. Cette tête, arronde, est flanquée des trochanters saillants, l’externe ou latéral, est placé maintenant sur le côté dorsal, l’interne ou médial sur le côté ventral. La diaphyse de l’humérus n’est pas droite, mais légèrement ployée en un S très allongé, dont les courbures sont plus marquées vers ses deux extrémités. Le distum huméral est tourné exactement en sens opposé au proximum, c’est-à-dire regarde en dehors et en avant, du côté céphalique, tandis que le premier est tourné en dedans et du côté caudal, direction en rapport avec la courbure en S dont nous avons parlé. Le diamètre bitrochléen est dorso-ventral, orientation perpendiculaire à la normale et commandée par le déploiement de l’aile L’ectépicondyle est plus petit, l’entépicondyle est au contraire très saillant. La surface articulaire du distum huméral
F ; : . F1G. 183. — Coude de Pteropus est représentée par un condyle unique, vo- RÉ er y eee lumineux, très saillant en dehors, du côté tion que dans la figure précédente.
de la face de flexion dé l’os, et qui répond ‘#?- cubiius ; — ent. ép., entépi-
' è HA condvle ; — g, o., gouttière rotuau radius. Ce condyle, de forme très spéciale, lienne : — oféer., olécrane : — peut être considéré comme un cylindre renflé ”4d:; radius ; — rot. ol., rotule
olécranienne.
en tonneau à sa partie moyenne, laquelle est bordée de chaque côté par une dépression en gorge de poulie. La poulie ventrale, placée sur le côté cubital de los est plus développée et se prolonge sur la face d’extension de l’humérus par une gouttière tapissée de cartilage (fig. 183) rappelant assez bien la gouttière rotulenne du fémur et remplissant d’ailleurs, comme on le verra, le même usage. Le condyle articulaire du distum huméral est principalement réservé au radius, le cubitus n’entre en rapport avec lui que sur une étendue très faible. |
Le zeugopode, très long, est formé d’un radius prépondérant et d’un cubitus très réduit. Le proximum du radius, élargi, présente au condyle huméral une surface articulaire creusée en cupule et légèrement cordiforme, son côté dorsal étant muni d’une petite saillie rappelant un peu un olécrane. Le cubitus, placé à son côté interne ou ventral, est très . grêle et se termine du côté distal par un petit filet osseux qui ne dépasse
guère la moitié du radius sur lequel ils se perd en se fusionnant avec lui. Son extrémité proximale un peu élargie en spatule répond à l’olécrane, elle se place en dedans du bord de l’olécrane radial et contribue à former
F1G. 184. — Zeugopode de Pteropus Edw., ou par sa face de flexion.
cub., cubitus ; — f.
Îlex., face de flexXion ; — f. ext., face d’extens.; — olécr., olécrane ; — ol.
rad., olécrane radial ; —- rot. ol., rotule olécranienne.
avec lui, mais pour une très faible part, le côté dorsal de la charnière du coude. Elle est surmontée par un osselet courbe (rotule olécranienne), qui glisse dans la souttière décrite plus haut et qui fonctionne comme poulie de renvoi pour le triceps, lorsque, l’avant-bras étant. fortement fléchi sur le bras, le tendon de ce dernier muscle se trouverait, s’il n’y avait pas de rotule olécranienne, en rapport direct avec la saillie fortement développée du condyle radial. Le radius est très long et dépasse fortement l’humérus du côté céphalique dans l’aile reployée. Son distum est orienté à peu près comme le diamètre bitrochléen, perpendiculairement au plan de l’aile. En d’autres termes la diaphyse radiale a dû subir une torsion de près de 1800 sur son axe longitudinal, de façon à amener la face d’extension de son distum à regard -r en dedans comme la face d'extension de l’humérus, et la face de flexion de ce distum à regarder en dehors (fig. 182). Le distum radial est donc dans une position qui répond à celle de la pronation, mais ici il n’y a pas pu y avoir pronation puisqu'il n’existe plus de cubitus autour de qui le radius pourrait tourner, et cette orientation est due tout entière au mode de croissance propre du radius qui a conduit à un résultat identique à celui qu'obtient chez nous la pronation. Sur le distum radial se place le carpe qui a, lui aussi, une direction dorsoventrale, perpendiculaire au plan de l'aile, mais le métacarpe au lieu de continuer comme d’habitude la direction du zeugopode subit une double flexion, à la fois du côté palmaire et du côté cubital, de manière . à former avec l’avant-bras un angle plus ou moins ouvert, mais qui ne s’efface jamais, les quatre derniers rayons métacarpo-digitaux ne pouvant dans
aucun cas se placer dans le prolongement de l’avant-bras comme 1ls le font normalement ailleurs (fig. 182).
Les différents rayons de la main subissent dans leur situation réciproque des modifications en rapport avec leurs nouvelles fonctions. Le premier s’écarte fortement de tous les autres et prend une position
particulière. Il se place naturellement sur le bord radial de la main, mais dans le prolongement du radius, et il subit une torsion sur son axe longitudinal qui s’opère dans son articulation carpienne, et à la suite de laquelle sa face de flexion au lieu de regarder surtout en dedans, comme le fait celle des autres rayons, regarde franchement en bas du côté ventral (fig. 182).
En même temps le distum du métacarpien s’abaisse un peu de manière à pouvoir toucher le sol lorsque l’animal repose sur ce dernier par sa face ventrale, et à fournir ainsi le point d’appui de la main dans la marche. Le premier doigt qui a la même direction et la même orientation que son métacarpien se meut principalement dans le plan dorsoventral, pouvant se fléchir vers le sol et s’accrocher à ce dernier ou saisir un objet entre lui et le carpe comme on le voit faire aux Pteropus qui retiennent de cette manière les fruits pour les dévorer. Le premier métacarpien est d’ailleurs pourvu, grâce à son mode d’articulation avec le pouce et à sa musculature, de tous les mouvements possibles : flexion, extension, abduction, adduction, et même circumduction. Les autres rayons qui sont tous fléchis dans les deux sens indiqués plus haut, c’est-à-dire du côté palmaire et du côté cubital du carpe, ne présentent pas tous le même degré de flexion, mais sont au contraire inégalement inclinés comme les diverses branches d’un éventail, le deuxième faisant. avec le zeugopode l'angle le plus fort, le cinquième l’angle le plus faible. À cause de la direction de la ligne articulaire des métacarpiens sur le carpe ces rayons ne peuvent jamais arriver à se placer tous sur un même plan, même lorsque l’aile est entièrement repliée, et la tête du cinquième métacarpien est toujours plus voisine du zeugopode et plus dorsale que cellé du deuxième. Le membre antérieur ainsi disposé est parfaitement adapté au vol ; il se déploie dans le plan horizontal, et une fois déployé il est abaissé rythmiquement par les contractions du grand pectoral qui causent ses battements. Mais l’adaptation des parties est tout autre que chez les Oiseaux, ce qui est en rapport avec un grand nombre de traits distinguant l’organisation mammalienne de celle d’un Sauropsidé.
Nous verrons plus loin à propos de la comparaison des Chiroptères et des Galéopithèques en quoi la main des premiers diffère de celle des Mammifères les plus rapprochés d’eux ; pour le moment, nous insisterons sur les différences qu’elle présente par rapport à celle des Oiseaux. Les rayons métacarpo-digitaux, réduits en nombre et immobilisés les uns par rapport aux autres chez les Oiseaux (soudure distale des métacarpiens), sont ici tous conservés, agrandis, parfaitement indépendants les uns des autres et doués d’une certaine mobilité. Mais ce qu'il y a de
MEVPRES ET CEINTURES DE3 \ERTÉFRÉS 26
La
plus curieux, c’est la manière dont la main est amenée à se trouver dans le plan horizontal. 11 n’y a pas comme chez les Oiseaux un changement dans l’orientation des mouvements de la main qui passent du plan dorso-ventral de l’autopode au plan latéral, si bien qu’à la flexion et à l'extension abolies ont succédé d’uniques mouvements d’adduction et d’abduction. Chez les Chiroptères les mouvements d’extension et de flexion sont conservés, mais ils produisent un effet particulier à cause de la disposition des parties et notamment du mode d’articulation des quatre derniers métacarpiens qui se déploient en éventail. Le radius, préalablement proné, porte le carpe qui regarde en arrière, du côté dorsal et en bas et les quatre derniers rayons infléchis dans la même direction, si bien que, si nous supposons le bras ramené dans le plan parasagittal, l’animal marcherait sur le dos de sa main comme cela s’observe chez certains fouisseurs (Échidné, Fourmiliers). Toutefois à cause de l’obliquité spéciale de articulation carpo-métacarpienne et de celle des métacarpiens qui s'ensuit, le dos du métacarpe se présenterait obliquement au sol qu’il ne toucherait que par son bord radial, les derniers doigts, plus rapprochés de l’avant-bras, se trouvant ainsi quelque peu en l’air.
Au repos, l'aile reployée, l’humérus est collé au corps, les angles stylozeugopodique et zeugo-autopodique sont fermés, le poignet est abaïssé ventralement au-dessous de l’épaule à cause de la torsion du condyle radial de l’humérus, et la membrane interdigitale, suivant la courbe dessinée par l’ensemble des différents doigts, enveloppe le corps comme d’un manteau.
Lorsque l'aile se déploie l’angle zeugo-autopodique s’ouvre sous l'influence d’un long muscle occipito-pollicial ou tenseur de la membrane alaire, qui, partant de la tête, va s’insérer à la base du premier métacarpien et se comporte comme le muscle tenseur de l’aile des Oiseaux. L'action de l’occipito-pollicial est continuée et augmentée par celle des extenseurs des doigts dont les tendons se réfléchissent sur le sommet du carpe, écartent les doigts et tendent ainsi la membrane alaire. Les fléchisseurs des doigts agissent comme antagonistes des premiers et, dans le vol, ils contribuent à maintenir en place les rayons contre les actions qui tendraient à les écarter ou à les renverser. Il n’y a donc pas là cette singularité d’action des muscles entépicondyliens des Oiseaux qui à donné lieu à tant de difficultés dans leur description. Seul, un muscle qui par sa situation du côté dorsal et son attache à l’ectépicondyle devrait être extenseur comme ses voisins d'insertion sur l’avant-bras, devient fléchisseur par la position de son attache sur la main, c’est le cubital postérieur. Ce muscle s’insère à la base du quatrième métacarpien, mais son tendon ne passe pas sous la
bride ligamenteuse du poignet et sur le sommet du carpe où il pourrait se réfléchir, il gagne directement son attache en traversant l’angle compris entre le radius et son métacarpien, de sorte qu'il contribue toujours à fermer cet angle ; 1l est devenu un fléchisseur. En somme l'angle cubital de la main qui, chez les Oiseaux, est formé par l’inclinaison du bord cubital de la main vers le plan du zeugopode est ici formé par le déploiement en éventail des métacarpiens, mais comme celui-ci ne peut se produire qu'avec un carpe conservé dans sa totalité et porté par un distum radial en pronation, on voit comment cette main utilise, dans son adaptation au vol, un caractère tout mammalien, celui de la pronation du radius.
Lorsque l’aile se replie, dans le repos, elle effectue une légère rotation sur l’axe longitudinal de l’humérus qui lui permet de s'orienter dans un plan parasagittal ou très voisin de cette position. Le poignet s’abaisse un peu et le premier doigt, grâce à l’orientation spéciale qu’il présente sur le carpe, se trouve placé dans le prolongement du poignet comme le sont les rayons digitaux des Mammifères marcheurs et sert comme ces derniers de point d’appui sur le sol ou de crampon pour s’y fixer.
Le mode de suspension de l'aile au tronc est aussi bien différent de celui des Oiseaux et caractérisé par le développement de la suspension musculaire opposé à la suspension squelettique observée chez ces derniers. Chez les Oiseaux, en effet, la ceinture thoracique est très étroitement liée au thorax par la fermeté de l’articulation scapulo-coracoïdienne, et de l’articulation coraco-sternale. En même temps l’omoplate étant rattachée à la portion vertébrale des côtes, immobile, par des muscles courts, incapables de lui imprimer un déplacement notable, le zonothorax forme avec la colonne vertébrale une cage à peu près rigide qui porte tout le poids du corps. Celui-ci est comme suspendu entre les deux épaules par les muscles pectoraux qui s'appuient d’une part à la face ventrale du zono-thorax sur le sternum, d’autre part à la base de l’aile qui, elle-même, s’appuie sur l'air, de sorte que les muscles pectoraux constituent. la seule liaison musculaire élastique entre le corps et son soutien. Chez les Chiroptères au contraire ces liaisons musculaires sont infiniment plus développées et, étant donné le faible rôle de la clavicule comme support du tronc en partant de l’omoplate (voir p. 288), on peut dire qu’il n’y a aucun lien squelettique entre l’omoplate et le tronc et que ce dernier n’est rattaché au scapulum — qui constitue en dernière analyse son seul support dans le vol — que par des liens musculaires. En effet, les muscles pectoraux portent à la fois le tronc par l’intermédiaire du sternum et des côtes et par celui de l’omoplate à laquelle tout le tronc est musculairement suspendu comme on l’a vu plus haut (p. 311).
Chez les Chiroptères en effet l’omoplate est très étroitement solidarisée avec l’humérus par le jeu des muscles sus- et sous-épineux et sous-sca-
7 sus-épl. SOuS-Cpl
RS
Ke ds AE
F1G. 185. — Suspension du scapulum et de l’aile des Chiroptères. Coupe transversale dans laquelle les différents muscles sont supposés ramenés dans le même plan. Schéma.
ang., angulaire ; — gd d. inf., grand dentelé inférieur ; — gd d. sup., grand dentelé supérieur ; — m. sp., muscles Spinaux ; — pect. maj., grand pectoral ; — rh., rhomboïde ; — sous-épr., sousépineux ; — sus-épl., SUS-ÉpINEUX ; — s. scap., sous-Scapulaire ; — tr. &., trapèze inférieur ; —
tr. s., trapèze supérieur.
pulaire. Ces trois muscles appliquent énergiquement la tête
humérale contre la cavité glé-
noïde et par là même font de l’humérus et de l’omoplate un seul tout, articulé il est vrai en un point, mas très solidement maintenu dans sa continuité.
La cavité articulaire sur laquelle s’appuie le bras et par suite le corps lui-même n’est ni ventrale comme chez les Oiseaux (voy.
fig. 78), ni dorsale comme chez les Mammifères marcheurs, elle est latérale, et fournie par la cupule ouverte en dehors de la cavité glénoïde, dont les bords supérieur et inférieur limitent alternativement le relèvement
et l’abaissement du bras. Mais ces bords ne sont que faiblement développés et la résistance est fournie au bras surtout par l’étroite adhérence
de la tête humérale pressée contre la cupule glénoïdienne par les trois muscles sus-indiqués. L'action du bras transmise ainsi à l’omoplate est portée par cette dernière sur tout le tronc luimême par les divers muscles suspenseurs ; la liaison purement musculaire et élastique de l’épaule au tronc, si caractéristique des Mammifères, est donc portée 1c1 à son maximum. Le grand développement des muscles autour de l’omoplate fait saillir fortement celle-ci sur la face dorsale et
F1G. 186.—- Æcorché de Vesperugo noctula,
pour montrer la fosse glandulaire interscapulaire.
f. gl., fo:ce glandulaire.
détermine la formation, entre les omoplates, d’une profonde dépression dans laquelle se loge une masse graisseuse, la prétendue glande
hibernante, (fig. 186).
Membre postérieur. — Le membre postérieur des Chiroptères présente
re, SE: 5.