CHAPITRE II
Parmi ces animaux nous étudierons surtout les Urodèles pour des raisons qui se comprennent aisément. En effet ils sont restés très près du type ichthyen dont ils gardent la forme extérieure, à peine modifiée par la présence de membres grêles ; leur musculature a conservé, autant que celle des Poissons, la disposition métamérique ; leur appareil branchial, s’il a perdu les cartilages de ses arcs à mesure que ceux-ci se sont flétris et soudés, n’a cependant guère changé de forme, et la métamorphose se réduit chez eux à des modifications peu profondes.
Les membres des Urodèles répondent à peu près à la définition des membres transversaux, et, lorsqu'ils servent de support au corps ou à la marche sur le fond des marais, ils présentent le coude et le genou tournés en dehors et ouverts en bas et en dedans. L’avant-bras et la jambe dressés verticalement forment avec le bras ou la cuisse un angle droit, tandis que la main et le pied s’étalent sur le sol en se dirigeant en dehors de manière à former un appui constitué le plus souvent par le métapode et les doigts seulement, le basipode continuant directement le zeugopode. Toutefois, on verra plus loin que ces membres ne soni point absolument conformés comme ceux du type transversal et qu’ils présentent déjà certains traits des membres horizontaux, notamment, au membre antérieur, la tendance plus ou moins marquée du coude à se diriger ea arrière, et au membre postérieur la possibilité de se placer horizontalement en se tournant de 90° en haut et en arrière. Ces modifications tiennent à deux conditions principales : pour le membre antérieur à la locomotion terrestre, dont l’animal'se sert pendant une partie de sa vie, et dans laquelle ce membre ne reste jamais rigoureusement transversal, même lorsque le postérieur a cette disposition ; pour le membre postérieur à la situation qu'il doit prendre dans la nage ; mais Ges modifications de structure ne vont jamais jusqu’à donner aux Urodèles une véritable allure rampante, comme la structure de leur pied le montre à l’évidence.
Dans l’eau, et lorsqu'ils reposent sur le fond, leurs membres ont la direction transversale et fonctionnent comme les transversaux, bien que l'excursion du distum stylopodique ne soit pas très étendue et qu’elle
n’atteigne jamais près de 1809 comme cela arrive pour le membre postérieur des Lézards. Mais leur mouvement horizontal de protraction et de rétraction suffit pour la marche lente qu’ils exécutent dans ces conditions. Dès qu'ils veulent se déplacer plus rapidement, les Urodèles relèvent leurs membres horizontalement le long des flanes en les dirigeant en arrière, la face palmaire de l’autopode appliquée contre le corps, le bord cranial du membre tourné en bas. Chez certains d’entre eux le membre postérieur ainsi ramené contre le corps peut en être écarté légèrement puis rapproché à nouveau et produire ainsi de légers mouvements capables de déplacer un peu l’animal dans une nage très lente, mais dès que celle-ci devient plus rapide le queue seule intervient. La musculature est très nettement métamérique et sa disposition est très facile à suivre, la peau enlevée, grâce aux myoseptes. On a dit avec juste raison que les myotomes sont moins compliqués que chez les Poissons. En effet, lorsqu'on examine la trace des myoseptes à la surface du corps on remarque que, dans le tronc, l’obliquité de leurs parties Gorsale et ventrale sur le myosepte horizontal est beaucoup moins forte que chez les Poissons, et que de plus ils ne forment jamais de plis en Z dans chacune de leurs mottiés dorsale et ventrale. Néanmoins ils ne sont point aussi nettement transversaux qu’on les figure dans quelques schémas et leur moitié dorsale est elle-même pliée en V à pointe mousse dirigée en arrière et ouvert en avant. Dans la moitié ventrale du tronc, les myoseptes sont, il est vrai, à peu près transversaux et les myomères forment des bandes perpendiculaires à l’axe du corps, mais en arrière de la ceinture pelvienne, ils reprennent bientôt leur obliquité qu'ils conservent jusqu’au bout de la queue et ils forment avec ceux de la moitié dorsale les chevrons caractéristiques. Enfin il ne faut pas oublier que la trace des myoseptes à la surface n’exprime pas à elle seule tous les caractères de leur direction et notamment qu’elle ne traduit point l’obliquité que celle-ci présenté en allant de dedans en dehors, de la colonne à la peau. C’est justement cette obliquité, répondant à celle des apophyses transverses et des côtes, qui est plus sensible dans l’épisome et quise traduit par le fort plissement des myoseptes dans cette région signalée ci-dessus. En un mot, chaque paire de myoseptes offre à peu près la surface d’un cône puisqu'elle se montre toujours sous la forme d’un Vaussi bien sur les coupes horizontales que sur les coupes parasagittales. Cette surface de contact des myomères consécutifs peut être secondairement plissée. Ces plissements reproduisent les déformations que présente la surface d’arrachement d’an cône obtenue par torsion latérale, ainsi que l’a fait remarquer AmaAns (1888).
La musculature ventrale du tronc, tout en restant métamérique, pré-
sente déjà cependant quelques dispositions analogues à celles que l’on observe chez les Amniotes et les fibres des différents myomères se disposent en plans superposés dans chacun desquels toutes ont la même direction. Dans les flancs, c’est-à-dire du myosepte horizontal jusqu’à une faible distance de la ligne médiane ventrale, les fibres au lieu de rester longitudinales deviennent obliques et forment, chez les Urodèles adultes, quatre couches différentes ainsi disposées de dehors en dedans : 19 une couche superficielle à fibres obliques du dos au ventre et d’avant en arrière (muscle oblique externe superficiel) ; 2° une seconde couche de même direction (m. oblique externe profond) ; 3° une troisième couche dont les fibres sontobliquesen sens inverse des précédentes, c’està-dire du ventre au dos et d’arrière en avant, de manière à croiser les premières à angle droit (muscle oblique interne); enfin 4° une couche à fibres transversales, placée immédiatement au-dessous du péritoine (m. transverse).
Les deux couches moyennes existent seules chez les larves, puis chacune d’elle engendre sur son côté libre le feuillet correspondant, l’oblique
externe profond donnant l’oblique superficiel et l’oblique interne engen- drant le transverse.
Il est facile de comparer ces couches à celles que l’on rencontre chez l'Homme et qui ont fourni les bases de la nomenclature des muscles. L’oblique externe superficiel n’est plus représenté chez les Mammifères que par les muscles petits dentelés postérieurs qui forment encore chez certains d’entre eux une couche continue. L’oblique externe profond répond au grand oblique externe ou descendant de l’anatomie humaine; . Poblique interne au petit oblique (oblique ascendant) et le transverse au transverse de l’abdomen. Chez les Amniotes où les côtes sont assez longues pour descendre dans les flancs et former un thorax, la musculature de ce dernier calque celle de l’abdomen, l’oblique externe est représenté par l’intercostal externe, et l’oblique interne par l’intercostal correspondant, le transverse devient chez les Mammifères, où :l se réduit beaucoup, le triangulaire du sternum.
De part et d’autre de la ligne médiane ventrale les fibres musculaires deviennent longitudinales et forment ainsi une bande musculaire répondant aux muscles droits de l'abdomen. Cette bande s’étend du pubis à l’appareil hyoïdien, d’où le nom de muscle pubo-hyoïdien qu’on lui donne parfois. Mais une partie de ses fibres s'arrêtent en chemin à différents niveaux de la ceinture pectorale comme on le verra plus loi.
Ces rapides indications sur la musculature permettent d'étudier plus aisément les ceintures squelettiques. Nous commencerons d’abord par la ceinture pelvienne.