‹ Mémoire de l'évêque des Trois-Rivières sur les difficultés religieuses en Canada [microforme]Chapitre 3 sur 85 · PU LS · texte numérisé non relu

PU LS

Voici la conclusion de la lettre que je lui adressai à ce sujet, le 13 Février 1876 (PJ. 4.)

* Après avoir murement réfléchi et prié, je suis d'avis :

“ Lo. Qu'il faut s'en tenir à ce que nous avons dit dans notre Lettre, elle “est suffisamment claire et explicite pour tout homme de bonne volonté, et les ‘ quelques difficultés qu'elle pourrait présenter à certains esprits peuvent faci- ‘lement se lever par une explication verbale et privée :

“ 20. Que tout commentaire collectif que nous donnerions publiquement, “ne pourra manquer de soulever des interprétations qui ne feront qu'augmen- “ter le trouble, et par là méme atténuer et méme paralvser le bien que cette “lettre a déjà fait et qu'elle continue encore à faire :

30. Que le tems n'est pas encore venu d'en faire nous mêmes l'application ‘ directe aux personnes el aux partis, et qu'il en résulterait beaucoup plus de mal

que de bien :

do, Qu'il faut par conséquent suspendre notre jugement publicet officiel sur “ le parti au pouvoir fédéral, ni le condamner, ni labsoudre, mais laisser ce soin “à chaque fidèle en particulier, à l'aide de la direction que nous lui avons donnée :

‘50, Qu'il ne faut point non plus déclarer que nous avons eu Fintention “ de ne condamner qui que ce soit, homme ou parti, mais seulement de procla- “ mer la doctrine et les droits de l'Eglise, la jettre le dit assez par elle méme.”

Pour lever tout doute au sujet de cette Partorale, je la soumis, lors de ma députation à Rome, en 1876, à l'attention bienveillante du Kt. Kiège, et elle valut aux Évéques l'approbation la plus flatteuse de KE, le Card. Franehi et les éloges de l'illustre Pie IX lui-même. (P. J. 9.)

Or voici les déclarations que me fit, en deux circonstances Gifférentes, Mer. le Délégué Apostolique, au sujet de cette Lettre Pastorale.

D'abord il me dit qu'à son arrivée à Rome, pour y recevoir ses instructions touchant sa délégation, on lui avait proposé de faire rappeler par les évêques de la Province cette Lettre du 22 Septembre 1875, mais qu'il avait refusé une mission aussi désagréable et que sur ce refus de sa part on modilia ses instructions.

Au printemps de 1878, à la veille d'élections politiques qui promettaient d'être très agitées par suite d'un coup d'état du Lieut. Gouverneur d'alors, je fis connaître au Délégué que je me proposais de rappeler aux Fidèles par une lettre pastorale leurs devoirs d'électeurs, et qu'à cet effet, je voulais faire des extraits de la Pastorale du 22 Sept. 1875, pour détruire la fausse impression sous la quelle les libéraux avaient réussi à mettre l'opinion publique, en proclamant qu'elle avait été révoquée et qu'elle devait être regardée comme non avenue,

Son Excellence, tout en reconnaissant l'opportunité d'une Lettre Pastorale,

= ANR

me défendit de re rien citer de la Lettre du 22 Neplembre, disant que ce serait agir

directement contre les instructions du Nt. Nièv'e.

Ce n'est pas tout ; Non Excellce, en mettant le pied sur le sol Canadien, dans sa réponse à une adresse de bienvenue de Ja part des Citoyens d'Halifax. prononça les paroles suivantes :

“ Les principes pervers qui troublent F Europe n'ont pas envore traversé l'Océan.”

Mgr. Conroy n'avait jamais visité la terre d'Amérique, et le Canada ne lui était guère connu avant sa délégation. Il ne pouvait, certainement pas avoir constaté par lui-même les courants d'idées existant dans la Prov. de Québec, mi les principes faux et les erreurs qui y divisaient les esprits depuis longtemps ; il fallait done, qu'en lui confiant sa mission, à Rome, on Jui eut fait connaitre que ‘les principes pervers qui troublent l'Europe n'ont pas encore traversé l'Océan. ”

Mais qui avait donné cette information au Nt. Niege ?

Ce n'était certainement pas les Eveques de la Province qui aflirmaient le vontraire dans leurs Décrets conciliaires, dans leurs mandements et autres actes épiscopaux. Ce n'était pas non plus le clergé de la provinee qui était presque unanime à reconnaitre avec FEpiscopat les dangers dont ces lunestes erreurs menasaient l'avenir de notre pays.

Cette information, en tonte évidence, venait comme les autres, de la haute autorité dont parle N. I, Je Card. Franchi dans sa lettre du 18 Mai.

On a vu plus hüut que cette haute autorité S'était donné là triste mission d'accuser à faux, et dans l'ombre, le clergé de la Province et même les évéques, ensuite celle d'attaquer la Pastorale du 22 Sept. 1875, comme un hors-d'œuvre dont il fallait méme ne plus donner d'extraits.

Or la logique poussait les dénonciateurs à cette derniere informabion, savoir que le mal révolutionnaire européen n'avait point pénétré chez nous: car après avoir dénigré le clergé, les évêques et les actes épiscopaux qui dénoncaient trop clairement les funestes doctrines du libéralisme européen, il fallait bien affirmer que ces doctrines n'existaient pas en Canada, qu'elles »'avaient pus traversé l'Océun.

C'est ce qu'aflirmait positivement Mr, Benj. Paquet à Rome en IS76 comme le prouve la lettre que j'adressais à N° Ex. Mer. Agnozzi, alors secrétaire de la N. C. de la Propagande, dont voici un extrait, et dont l'original peut être trouvé dans les bureaux de la Propagande, * Monseigneur, V. Excellence m'a dit mer- “ credi dernier que Mr. Benj. Paquet affirmait qu'il n’y avait pas de libéralisme “ catholique, ou presque point, en Canada. Je tiens à donner à V. Ex. la preuve # du contraire, et la voici: ete., ete, ”

On voit done par cette lettre que Mr. B. Paquet affirmait devant la Propagande en 1876, ce que vint répéter Mer. le Délégué plus tard en débarquant sur

la terre du Canada, savoir : que les principes pervers qui troublent El Europe n'avaient point pénétré chez nous.

Or ce fait était contredit : 10. Par les Pères dun V Concile provincial de 1873. 20. Par la Pastorale collective du 22 Keptembre 1875: 30. Par le témoignage presque unanime du clergé de toute la Province, 40. Par les journaux et les orateurs du parti libéral qui avaient proclamé tant de fois, depuis 1848, ces doctrines perverses qui agitent aujourd'hui le vieux monde. 50. Par la supplique au Nt. Père (P..4. 7.) dans laquelie les Evéques du Canada disaient: “Vu les “efforts inouis faits 1ei pour répandre furtivement le libéralisme catholique, les * soussignés supplient instamment Votre Nainteté de condamner, expressément “ pour notre Canada, cette subtile et dangereuse erreur qui menace de déraci- ‘ner des cœurs de’nos bons catholiques tout sentiment de foi et de piété.” 60. Par l'Adresse du Député des Evéques présentée à Ja méme époque au M. Pere, dans laquelle il est dit entre autres choses: “c'est depuis 25 ans environ que “les erreurs contemporaines ont commencé à faire sentir leurs funestes eflets ete, ete. (PJ. 8.) 7o. Par Pie IX lui-même, qui, régulièrement informé par l'Episcopat, disait dans son Bref de 1875; (P. 4 9.) Nous avons du louer le “zèle avec lequel vous vous êtes efforcés de prémunir le méme peuple contre “ les astucieuses erreurs du Hbéralisme dit catholique, d'autant plus dangereux ‘éte etc.”

Par conséquent, X. Ex. le Délégué Apostolique, par son assertion, non seulement contredisait et les Evèques, et le clergé et les faits, mais encore, en niant solennellement comme Délégué Apostolique, ce que Pie IX venait d'affirmer quelques mois auparavant dans un document officiel, mettait le St Niége en contradiction avec Jui-même.

Les principes pervers qui troublent L'Europe evistent réellement en Canada.

Ce qui précede démontre clairement qu'il y à eu deux sources de renseignements auprès du St. Siège, l'une régulière et en pleine lumiere, celle des Evéques, qui à prévalu aupres du Souverain Pontife, et l'autre qui a procédé dans l'ombre à l'insu des Evêques, et qui semble avoir prévalu auprès des Congrégations dont elle a surpris la bonne foi.

Depuis 187$, c. à. d., après que les instructions données par le Kt. Office an Délégué Apostolique furent connues, il y a eu des réclamations : le soussigné, en particulier, crut de son devoir de protester contre l’exagération et la fausseté des renseignements qui avaient servi de base à ces instructions, dans une lettre le Card. Nimeoni par les

en date du 7 Octobre 1878, qu'il fit remettre à N. E

ane LA Joee

Évéques d'Ottawaet de Nt Hyacinthe faisant à cette époque leur visite ad limina.

Malgré cela l'opinion #emble encore ètre défavorable aux Evéques et au clergé de la Province de Québec: les documents émanés le 15 Septembre dernier en font foi. Je veux donc essayer de justifier les Evéques et le clergé aupres de Vos Eminences.

Je comprends, Eminentissimes Seigneurs, que j'aborde le point le plus diffiile de ce mémoire, à cause des préjugés qui ont été soulevés contre plusieurs prélats et contre le clergé, en les représentant comme animés d'un zele exagéré et imprudent.

Cependant la vérité est que ces Evéques et le clergé en général n'ont fait que leur devoir, ils n'ont fait que combattre, dans de justes mesures, des doctrines et des erreurs condamnées par le K£. Niege,

in dénonçant ces funestes erreurs et en les combattant comme ils l'ont fait, ces prélats et ce clergé n'étaient point dans l'illusion et ne combattaient pas des fantomes, comme on s'est plu à le dire, mais ils étaient en présence d'un mal et d'un danger qui n'étaient, hélas que trop réels, comme je veux présentement le démontrer à Vos Eminences.

On s'est plu à dire et à répéter à Rome que le libéralisme canadien n'avait rien de commun avec le libéralisme evropéen, et les premieres paroles prononetes par Mer. le Délégué Apostolique en mettant le pied sur la terre canadienne prouvaient que l'on avait réussi à le faire croire aupres du Nt. Siège, puisque N. Excellence proclamait comme un fait certain que es principes pervers qui troublent l'Europe n'avaient pas encore traversé l'Océan.

La vérité pourtant est que ces principes pervers étaient déjà acclimatés au Canada depuis plus de vingt cinq ans, et que le libéralisme canadien, par ses tendances anti-sociales, par sa haine de l'Eglise, par ses principes pervers, ne . differe en rien du libéralisme enropéen.

Ni par malheur ces erreurs funestes venaient à prévaloir dans notre heureuse patrie, elles ne manqueraient pas d'attirer sur l'Eglise du Canada les mêmes calanités et les mêmes ruines qu'elles ont produites dans les diverses contrées de l'Europe.

C'est en 1848, que le groupe d'hommes imbus des principes faux et pervers dits principes de 89, apparut au Canada, comme parti, et c'est à cette époque que se croyant assez forts pur répandre et faire prévaloir dans notre pays, leurs doctrines et leurs erreurs, ils fonderent le journal *“ L'Avenir.” Ce journal fut, tant qu'il exista, l'organe ofliciel du parti hbéral canadien; en voyant ce qu'était l'organe, on verra que le parti n'était pas seulement un parti politique mais surtout un parti anti-catholique.

Il est done important qu'on connaisse ce journal pour bien connaitre ce qu'a été le parti à son début, comme il sera important d'étudier les journaux qui ont succédé à “l'Avenir” pour suivre la marche du parti.

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Arborant avec ostentation le drapeau libéral du vieux monde, l'Avenir débuta AE * par le manifeste qui suit :

Démocrates par conscience et Canadiens-français d'origine, nous peinait de songer que les courants électriques de la démocratie qui soutient aujourd'hui le monde civilisé, passeraient inutilement ici, faute de pouvoir trouver un fil conducteur sur les terres du nouveau monde. Sans le sutirage-universel, quelle sera la consécration légitime et rationelle des droits du Pouvoir? Seru-ce la goutte d'huile de la Sainte-Ampoule glissant sur le front d'un homme, qui le feru Souverain et législateur de toute une nation! Nous avons le malheur de ne pas comprendre ainsi le puissant droit de la Souveraineté, Nous prendrons done la liberté de préférer très-uniment à la huileuse consécration de Rheims, celle qui en 1848, Séchappait forte et pure de la poitrine d’un noble peuple. Les nations ont jadis eu le Christianisme, les sciences, Les arts, l'imprimerie qui les firent civilisées : elles auront maintenant l'éducation populaire, le commerce et Le suffrage universel qui les

teront libres.

Apres un tel début on ne sera pas surpris de voir ce journal s'attaquer à k tous les principes religieux et sociaux. C'est ce dont il est facile de se convainere en lisant les extraits suivants : k.

Quand après quatre siècles de persécutions, la presse fût parvenue à limer Les chaines qui fa tenaient à l'écrou, les préjugés sévanouirent, les privilèges de castes disparurent, la féodalité courba le front, là royauté tomba et le peuple devint roi.

Voilà l'œuvre de la presse, œuvre grosse comme le mondes œuvre grande comme tout ce qui émane du peuple, œuvre de régénération sociale, triomphe de la raison sur la force, victoire des masses sur les individus!

Les droits résultant du pacte éternel fait entre Dieu et l'homme, au jour de la création, sont Les droits de la presse libre : elle n'en reconnait pas d'autres (Hrenir, 2 Avril 1848).

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A propos des ordres religieux :

Dans le siècle où nous sommes, nous ne comprenons pas l'ezistence d'une communauté d'hommes se livrant à la vie contemplative dans le cilice et la haire: c'est à nos yeux une déplorable aberration du spiritutlisme. (27 Décembre 1848).

Sur le pouvoir temporel du Pape:

Les dernières nouvelles d'Europe nous apprennent la déchéance du Pape comme roi et la proclamation de la république à Rome. Nous saluons avec enthousiasme ert évènement, que nous n'hésitons pas à proclame comme glorieux pour la cause des nations.

Aussitôt que le peuple S'apperçoit qu'une autre forme de gouvernement Jui serait plus avantageuse, il ne fait qu'exercer un droit incontestable, il l'adopte. Ces principes de gouvernement sont vrais pour celui de

{ Rome, comme pour celui de France. Nous avons regretté l'emploi du monitoire lancé par le Pape contre ceux qui participeraient au gouvernement nouveau : car nous y trouvons un abus du pouvoir spirituel de la part du ’ape, pour conserver une autorité temporelle et purement profane, L'Eglise n'a nullement besoin de cette

# » , . é souveraineté pour se maintenir,

Supposons que l'Eglise retire d'immenses avantages de ce pouvoir temporel, ce qui peut être une Question, nous nous demandons comment il se pourrait faire qu'on pût exiger des Italiens en particulier les sacrifices de leurs droits politiques pour la commodité du reste des nations chrétiennes. Les Italiens, comme peuple, ont droit de se choisir la forme de gouvernement qui leur est la plus avantageuse, et

leur consentement seul peut leur faire renoncer À ce droit. Eux seuls sont les juges de l'exercice de ce droit,

Forts de notre conviction raisonnée, nous attendons, en le favorisant autant que nous pouvons, le règne des idées démocratiques. Nous l'attendons avec certitude ; car nous le répétons, cette doctrine est le rationalisme en politique, et la raison doit dominer le monde, (Avenir, 14 Mars 1849.)

Voici comment l'Avenir signale les avertissements qu'il reçut de l'autorité religieuse, pour les doctrines pernicieuses qu’il colportait dans le diocèse de Montréal : |

Depuis longtemps nous nous somines aperçu qu'une partie notable du Clergé avait déclaré une guerre à mort contre notre journal à cause de ses principes politiques ! Cette guerre ne remonte pas d'hier ; elle remonte bien audelà même de nos articles sur la démocratie en Italie. (Avenir, 15 Mai 1849.)

Nous sommes peiné de voir que la conspiration contre notre journal émane de notre évêque Catholique de Montréal. (Avenir, 14 Juin 1849.)

Voilà bien la tactique de nos libéraux ! Ils battent en brèche l'Eglise et son chef, ils proclament les doctrines les plus perverses ! et si l’Evêque du diocèse les admoneste pour ces méfaits, si le clergé s'oppose à la diffusion de ce mal au milieu de leurs ouailles, de suite ils crient qu'on attaque leurs principes politiques !

Pour se venger de cette conduite si juste du clergé, ils se mirent à attaquer l'institution de la dime, garantie par les traités de cession du Canada à l'Angleterre :

A la campagne, nos hommes éclairés qui sont des docteurs, des notaires, des instituteurs, sont générale. ment dans les bonnes grâces des curés, ct ils n'osent point écrire pour l'abolition des dimes, tant ils craignent de perdre cette amitié curiale..... . Ne vaut-il pas mieux étre du peuple et appartenir de coeur et de fait au peuple que de craindre cette aristocratie à robe noire qui caresse une journée et qui ne rougit pas de frapper un

ami de la veille et de le vouer au mépris. (Avenir, 5 Juillet 1849.)

Comme l'autorité diocésaine renouvelait ses justes condamnations, le parti

s'écrie :

Rallions-nous autour de notre journal l'Avenir, duns ce moment de danger, et si nous sommes proscrits, anathématizés, soyons-le en masse ; mais que notre nombre fasse au moins trembler les tyrans, qu'ils portent des

couroures où des fiares ! (Avenir, 12 Juillet 1849.)

L'année suivante le comité de rédaction de cette feuille, composé des prin+ cipaux chefs du parti-ibéral, voulant surexciter l'opinion publique, fit répandre à profusion, par le journal l'Avenir, un écrit vraiment pamphlétaire, dans le but évident de déverser sur l’action du clergé, les droits de l'Eglise et la sainteté de ses institutions, des outrages dignes de la haine infernale de Voltaire. En Canada comme partout ailleurs, la révolution est ordurière de son essence, et l’on ne doit pas être surpris s’il y a des turpitudes dans ces écrits que l’on est forcé de passer sous silence.

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tre Voici un long extrait de cet écrit scandaleux

Je plaide pour l'abolition des dimes, tant par ce que le système est injuste en lui-même, que parcequ'il donne au clergé une influence indue, dont il a tant abusé pour le malheur du pays. Et toutes les fondations, qu'elles aient eu pour auteurs le clergé ou les laïques, ne sont elles pas une source féconde d'influence pour le clergé, puisque c'est Jui qui les dirige directement ou indirectement ? Le désir de dominer qu'il a montré toujours ct partout ne lui à jamuis fait négliger ce moyen puissant d'influence, Il ü même osé prétendre que la

direction de l'éducation Jui appartenait de droit divin.

L'Hon. de Boucherville (mort depuis en refusant les sacrements) à parfaitement compris à quoi tenduit le clergé en important ici chaque année quelque communauté religieuse, quand il s'est opposé à divers reprises, en chambre, à l'octroi d'actes d'incorporation pour ces communautés, Ce Monsieur a senti combien laccumulation de la propriété entre les mains du clergé est dangereuse pour la liberté, et il a le mérite d'avoir le premier

jeté le cri d'alarme dans le parlement, Le Clergé Catholique du Canada est déjà trop riche... RCE PRE TEE IC

On craint la lumière, et le moyen du Clergé pour empêcher la lumière, c'est de ne donnerQue l'éducation qui lui convient ; on craint la lumière, parceque la lumière amène l'examen, que la lumière apprend à pen-

ser soi-même, que la Jumière amène la liberté : car il n'y « que les peuples ignorants qui sont esclaves.

Les dimes constituent ici ce que l'on appelle l'alliance de l'Egiise et de l'Etat, alliance expresse où tacite, par laquelle le pouvoir soudoic le Clergé, à condition que celui-ci, en tout et toujours, préchera l'obéissance au

pouvoir, ,,,..

Peu de siècles après l'établissement du christianisme, le Ciergé dégénéra de son premier esprit et, loin de songer à détruire Ja tyrannie comme ii y était tenu par sa mission de charité, il se rangea du côté des tyrans qui pouvaient lui donner pouvoir et richesses. Le Clergé dans l'opulence alla toujours, depuis lors, se corrompant davantage, Les Papes mettent de coté la tiare et la croix pour prendre le casque et ceindre l'épée : es évêques se font la guerre entre eux ou combattent contre les scigneurs : les moines passent leur vie da : la richesse et Loisivité ; le peuple se débat duns l'agonic du désespoir, Au Moyen-Age, dns le monde catholique, on ne voit plus de peuple ; il n'y à plus guère que des seigneurs, des évêques, des moines puis des serfs (usclaves), attachés à la glèbe, qui cultivent la terre au protit des seigneurs et du clergé. Si le dérèglement du clergé est extrême, l'abrutissement, la dégradation du peuple ne l'est pas moins. Rien ne démontrera mieux cette dégradation que le droit infäine que s'arrogeaient les seigneurs sur les épousses de leurs serts, la premitre nuit de

leurs noces, droit contre le quel on n'osait pas méme reclamer......

Dans le Moyen-Age qu'on appellerait mieux le règne des moines, tout était entre leurs mains: lois, religion, gouvernement. C'était le Clergé qui faisait les lois; c'était encore lui qui remplissait les tribunaux : il était juge, avocat, greffier huissier, ete, Lui seul savait lire et écrire ; souvent Le souverain méme ne pouvait signer son nom et se contentait d'apposer sa griffe. Le clergé avait su amener le peuple, les grands et Les rois méme à cet état de complète ignorance, pour dominer plus sûrement dans l'Etat comme dans l'Eglise. Il avait le pouvoir, les honneurs, les richesses; il ouvrait et fermait le ciel au moyen des indulgences et des excommunications ; que lui fallait-il de plus? Quelque chose encore, puisqu'il était soumis aux lois qu'il avait faites. Qui n'a pas entendu parler du sabbat”?,.,...

ss.

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On me dira peut-être que les excès que je signale dans cet article ne sont plus possibles, grâce au progrès de la civilisation et de la philosophie. Je réponds que les mêmes causes produisent les mêmes effets. Périclès et Cicéron auraient-ils pu jamais s'imaginer que leur belle patrie serait envahie un jour par des barbares, et que les Papes et les moines y domineraicnt un jour ? Qui peut dire ce que les destinées réservent au

Canada ?......

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Le règne des prêtres commença au règne des Pharaons, dans les 7 années de famine. Les prêtres s'emparèrent des biens du peuple et le tinrent dans l'ignorance et la misère afin de le dominer.. Les prétres dans tous les temps ont su tirer parti de la faiblesse inhérente à notre nature pour dominer et satisfaire leurs passions, ..,. Les idoles faisaient l'amour, les filles étaient belles et ne donnaient le jour qu'à de faibles mortels fort ressemblants aux prêtres. Chez les Perses et les Babyloniens, il existait une alliance entre l'Eglise et l'Etat

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qui produisit les mêmes monstruosités; les prêtres y corrompaient les peuples. Les prêtres de l'antiquité n'étaient pas chrétiens, à la vérité ; mais la religion du prêtre ne fait rien à l'affaire, (18 Janv. 1850).

Pie IX se prépare à rentrer dans Rome sur des monceaux de cadavres et à travers des flots de sang qu'il a fuit répandre, (18 Aout 1849).

Une religion qui pour s'établir ou se soutenir, à besoin de persécuter ses ennemis, ne peut-être qu'une religion fausse,

L'histoire de la papauté pendant une suite de siècles, est l'histoire de tous les crimes qui ont déshonoré l'humanité, Il n'y a qu'un prêtre capable de tremper dans des procédés aussi ignobles et dont la perversité mettrait au ban de l'opinion publique tout autre individu !! (21 Janv. 1850).

Plus le monde marche, moins les prêtres deviennent nécessaires dans l'ordre moral, Tous les jours l'autorité des Evêques commet duns les campagnes de honteuses injustices, .....

En politique il n'v a ni foi, ni autorité pour lier 1es hommes entr'eux. (31 Mai.1850).

Je demande pardon à Vos Eminences de ces longues et dégoûtantes citations ; mon excuse est la nécessité de vous faire connaitre comment a débuté le

gerer

parti libéral au Canada, de quels principes et de quels sentiments étaient animés à son début ses chefs et ses écrivains, à peu près tous affiliés aux sociétés secrètes, envers l'Eglise Catholique, le Pape, les Evèques et les Prètres.

Cette franchise brutale et cette expression claire et précise de leur but anticatholique, révolta le sens religieux de nos bonnes populations. Après quelques années ces démagogues comprirent que pour augmenter davantage le nombre de leurs adeptes, il fallait y aller moins ouvertement et déverser à plus petite dose le venin de leurs principes pervers.

Ils fondérent en conséquence en 1852 un nouveau journal sous le titre : “ Le Pays”.

Bien que décidé à se présenter à ses lecteurs plus décemment que son dtvancier, le nouvel organe du parti-Hbéral débuta par un panègyrique sans réserve de tous les méfaits de l'Avenir.

| Voici comment le Pays en débutant donne son adhésion au programme de l'Avenir :

Toutes les réformes jrogressives que l'Avenir a demandées, il (Le Pays) les demandera encore et toujours, tant que la nation ne les aura pus obtenues, Si l'activité, le courage, la fermeté, la constance, le talent et le dévouement à la cause sacrée de la partrie sont des garanties de succès, celui de l'Avenir est assuré. Nous terminerons en engageant tous les amis de la démocratie à s'abonner à ce journal; car, comme le dit lui-même l'Avenir, il est temps que la population canadienne comprenne qu'il lui faut nécessairement soutenir un bon

{ nombre de journaux, si elle veut suivre le progrès.

l Ce souhait de l'Avexir ne s'est que trop malheureusement réalisé; car l'on compte aujourd’hui environ une quinzaine de journaux français qui ont travaillé au soutien du parti-ibéral, et dont la moitié environ ont disparu.

Bientôt après sa fondation, la rédaction du Pays fut confiée à un romancier français nommé Emile-Chevalier, qui, en prenant possession de cette feuille, fit la profession de foi que voici :

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J'estime que tout homme politique qui monte à l'une des tribunes politiques de la publicité, doit tout d'abord dire ce qu'il est, ce qu'il veut, ce à quoi il aspire, avant d'entrer dans la discussion où l'application des éventualités. Partant de ce principe, je débuterai par une sorte de confession qui ne laissera aucun doute sur mon compte aux démocrates du Canada.

Ce que je suis ?—Un républicain-socialiste,

Ce que je veux ?—Des réformes socialistes;

Ce à quoi j'aspire ?—A l'abolition des nationalités. .,.,,.,.,

Le sentiment de dignité qui pousse l'homme à la recherche de l'égalité des conditions est Lexereice de la démocratie. La démocratie, c'est l'état de l'homme rendu à lui-même, à sa dignité ; c’est l'état de l'homme se gouvernant lui-même, ne subissant d'autre loi que celle de la vertu et du respect d'autrui et de lui-même: c'est la conquête de la souveraineté, la réalisation des rêves de liberté qui, quoique séculairement comprimés, résident dans les coeurs de tous les hommes, (Pays 3 Mars 1853).

Non rationalisme absolu dans la politique :

Nous avons toujours répudié l'alliance de la religion avec la politique, de l'Eglise avec l'Etat. Il nous a toujours paru que c'était un crime de dresser l'eutel à côté de la tribune, de poursuivre un but humain au moyen du trafic des choses saintes. C'est pour cela que, durant les dernières élections, nous avons dénoncé les tentatives faites pur les amis du gouvernement, pour donner une couleur religieuse à la lutte, et la connivence de certains curés qui se sont prêtés à l'exécution de ce plan détestable; (Z’ays, 24 Mars 1855).

Il est à regretter que la religion soit introduite sur le terrain de la politique : rien n'est plus préjudiciable à nos propres intérêts. C'est le comble de la folie que de risquer l'avenir d'un pays pour le plaisir de faire triompher telle ou telle doctrine religieuse... .., Cette fameuse parole de M. de Cavour: «L'Eglise dans l'Etat et non l'Etat dans l'Eglise, parole si critiquée et cependant si profondément juste, quand elle s'applique à un gouvernement réguliérement organisé, devrait étre pour nous toute une règle de conduite. Nous n'avons qu'à gagner en adoptant cette devise.” (Pays, 14 Décembre 1870).

Ce qu'ii dit du Concile du Vatican :

Le Synode actuel ne ressemble en rien à ceux qui l'ont précédé, Dans la pensée du St. Siège, il n'a pas été convoqué pour extirper des hérésies ou réformer 1cs moeurs du Clergé. Il a été uniquement convoqué, qu'on ne s'y trompe pas, c'est là son but, pour étouffer le réveil de la raison. Or ce programme aussi insensé que despotique est en contradiction fingrante avec l'état actuel du monde, et tout indique aux rois eux mêmes que si le Concile l’adoptait par enthousiasme et à l'unanimité, ce qui n'est pas vraisemblable à présent, aucun état, aucun peuple ne consentirait à l'accepter. Les Ævêques libéraux s'efforcent de démontrer cette vérité criante aux ultramontains, aux noirs. Vous nous perdez, s'écrient-ils, si nous votons ce que vous nous proposez. Nous ne pourrons retourner dans nos diocèses, nous déclarerons la guerre à nos gouvernements respectifs, nous achèverons de détacher de nous ceux qui y tiennent encore. Réfléchissez donc. Vouloir ramener le monde aux siècles passés est folie. L'absolutisme, la soif de gouverner veus aveugle. Vous êtes impuissants contre la civilisation. Allez à elle au lieu de la traiter en ennemie. Si le siècle est mauvais, l'Eglise est loin d'être parfaite; c'est Elle surtout qui a besoin de se perfectionner, de se rendre meilleure. Peine perdue. A ses objections, les Jésuites répondent, (et ce sont les Jésuites qui sont le St. Esprist du Concile) : Ou la Papauté sera tout, ou Elle ne sera rien. Il ne convient pas à l'Eglise de transiger:; Elle doit s'imposer, et elle s'imposera. Vous parlez de conflits de luttes, d'opposition, tant mieux. Que l'univers soit en flammes: que la Révolution promène partout son brandon, qu'un cataclysme confonde les Etats et les peuples: comme la salamandre sortant du feu, la Papauté revivra plus puissante et plus grande après cette crise terrible. Nous voulons remettre le monde sur les principes dont le St. Siège est le gardien et sans les quels la machine humaine va à vau-l'eau. Vos progrès, votre ci. vilisation sont d’abominables/hérésies ; nous les repoussons énergiquement; entr'elles et nous, il n’est aucun accord possible,—Ces répliques ne convainquent nullement les évêques libéraux, qui persuadés que la Curie

pousse le Catholicisme vers un abîme sans fonds, essayent d'empêcher un désastre. (Pays, 19 Janvier 1870).

rome.

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