‹ Mémoire de l'évêque des Trois-Rivières sur les difficultés religieuses en Canada [microforme]Chapitre 6 sur 85 · Evolution du parti libérul · texte numérisé non relu

Evolution du parti libérul

Alors les chefs les plus habiles du parti comprirent qu'il fallait nécessairement changer de tactique, et que sans en abandonner l'esprit et les principes pervers, il fallait cependant les tenir dans l'ombre et les voiler de manière à ne pas blesser comme on l'avait fait jusque là, le sentiment religieux de la population. Ils allèrent même, en inaugurant cette nouvelle tactique, jusqu'à vouloir changer le nom du parti, en le désignant sous le nom de Parti national, et en engageant les adeptes à ne plus parler du parti libéral.

Cette tactique était habile, mais elle avait le défaut de n'être pas sincère, comme le prouve la lettre suivante de l’Hon. M. Jetté, l’inspirateur et le Chef de ce nouveau parti, publiée plus tard par la Minerve le 17 décembre 1877 :

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Lorsqu'en 1871, un certain nombre de personnes me demandérent de m'occuper de politique et de me charger de la réorganisation du parti libéral, les conservateurs avaient réussi, en exploitant habilement, depuis plusieurs années, certaines a tniens resrettables, exprimées en diverses circonstances par quelques libéraux, à soulever de graves préjugés contre Le parti ibéral

Je avais l'ambition de supplanter personne, et je pe voulais rien tenter sans avoir l'approbation de ceux qui jusque lavaient eu la conduite du parti.

Le mouvementque je me proposuis de tenter ne pouvait réussir qu'avec lour sancron et leur approbation. C'est après avoir eu cette approbation et avoir ainsi établi cette entente parfaite avec les anciens, que je me mis à l'oeuvre pour réorganiser Le parti national. Ces conditions étant acceptées, j'eus toute Tiberté d'agir comme je

l'entendais,,,,.,

Ainsi ce prétendu parti national n'est pas un nouveau parti; ce n'est qu'une réorganisation du parti lebéral dont il ne répudie aucun des principes pervers, qui ne sont pour lui que des opinions regreltables habilement exploitées par les conservateurs depuis plusieurs années. L'on. M. Jetté n'a l'intention de sepplanter personne. Les véritables chefs du parti libéral seront les mêmes : ils continueront à le diriger sous son nouveau nom ; car M. Jetté ne veut rien tenter sans l'approbation de ceux qui jusque là en avaient eu la conduite, [l'avoue même qu'il ne pouvait réussir dans cette tentative qu'avec leur section et leur approbation.

C'est donc bien identiquement le méme parti avec les mémes tendances dangereuses et les mêmes hommes pour éspiraleurs et pour soutiens. [n'y a de changé que le rom et la tactique.

Cette évolution du parti libéral eut le succès qu'on en attendait, elle fit un grand nombre de dupes non seulement parmi nos bons catholiques, mais mème dans les rangs du Clergé, qui était demeuré jusque là uni contre le parti libéral, non pas à cause de ses visées purement politiques, mais à cause de son esprit anticatholique. On en vint jusqu'à-dire : 1 n'y «à pas où presque pus de libéralisme en Canada. C'est surtout de cette évolution du parti libéral que date la division dans les rangs du Clergé sur la question politique. Le nombre de ces prêtres infatués des idées libérales demeura néanmoins très-petit, surtout parmi Île Clergé pastoral qui était mieux à portée de connaitre l'influence délétère des dostrines libérales sur les Fidèles confiés à leurs soins.

Grâce à cette réorganisation, le nouveau parti national obtint quelques succès dans les élections de 1872, et l'on vit aussitôt les chefs de la vieille école libérale accourir, et se mettre à la tête du mouvement sans rien désavouer de leurs erreurs passées, et en prendre la direction au grand contentement des nationaux. À mesure que le jeu se dévoiluit, le National parlait de moins en moins des wationaux et de plus en plus des libéraux. On essaya aussi pendant quelques temps de donner au parti libéral le nom de parti réformiste ; maïs cette nouvelle dénomination prit encore moins que celle de parti national. Quand le parti eût pris position dans le gouvernement fédéral, on vit entrer dans le nouveau ministère, pour représenter la province de Québec, les anciennes sommités du parti libéral, les honorables Dorion, Fournier, Letellier et Geotlrion, tous parti-

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sans des principes démocratiques de l'Avenir et du Pays: et le parti reprendre définitivement le nom de parti libéral qu'il porte encore aujourd'hui, Les prineipaux organes depuis son évolution ont été pour les hommes modérés du parti libéral, le Bien Public, le National, Va Tribune, à Montréal, et à, Québec, l'£rènement, Y'Électeur, ete,

Le caractere général de ces feuilles a été de ménager le sentiment catholique de leurs lecteurs dans l'expression de leurs doctrines Tibérales, On n'y retrouve plus la brutale franchise de l'Avenir ni du Pays dans laflirmation des doctrines révolutionnaires et anti-catholiques, Au contraire ils protestent de leur respect pour la religion et surtout ne veulent pas qu'on la fasse intervenir dans la politique. En conséquence ils s'attaquent au Clergé, et ils l'accusent d'exercer sur les fideles une influence indue, de changer Ja chaire en tribune politique ete, En voici un exemple: Les candidats Tibéraux avant été battus à Montréal, le Bien-Publie en fut indigné, et se jeta sur l'autorité religieuse qu'il accusa, on ne peut plus gratuitement, d'ufluence indne en cette affaire, Comme “il n'y a pas de tribunal ecclésiastique dans ce pays, et que jusqu'à présent les ‘autorités ecclésiastiques n'ont pas refusé aux tribunaux civils Le droit de juger “les prêtres qui dans l'exercice de leurs devoirs, font du tort à quelqu'un, on * se demande si le cas cité plus haut n'est pas ordinaire où le candidat peut ‘“ poursuivre de la manière ordinaire.” (Bien Publie, Septembre 1875).

Ce prétendu parti modéré alla beaucoup plus loin, dans cette voie d'hostilité au Clergé, que les libéraux de l'Avenir et du Pays. Ts organiserent une véritable persécution gontre les Curés, sous prétexte d'influence indue, contre la quelle les Evêques durent s'élever dans leur Circulaire au Clergé du 22 Keptembre 1875. ‘Ces adversaires de la Religion, qui cependant prétendent au “titre de catholiques, sont les mêmes partout : ils flattent ceux de ses ministres “qu'ils espèrent gagner à leur cause (les prêtres libéraux) ; ils injurient, ils ou- “ tragent les prêtres qui dénoncent ou qui combattent leurs desseins pervers. “ Is les accusent d'exercer une #afluence indue, de convertir la chaire de vérité “en tribune politique ; ils osent quelques fois les trainer devant les tribunaux ‘ civils pour rendre compte de certaines fonctions de leur ministère : ils cher- “ cheront même, peut-être, à les forcer d'accorder la sépulture chrétienne en “ dépit de l'autorité ecclésiastique.”

Tel est, Eminentissimes Neigneurs, le jugement porté par les Evêques de la province sur le prétendu parti libéral-modéré.

Ces faux frères sont certainement les ennemis les plus dangereux de l'Eglise et du Clergé au Canada : ce sont eux surtout qui, au mépris des saints canons et des défenses des Evêques, ont trainé les Curés de plusieurs comtés depuis 5 ans, devant les tribunaux civils pour leur faire rendre compte de ce qu'ils avaient dit en chaire, les poursuivant même jusque dans le confessional.

Quant à leurs doctrines libérales, elles étaient au fond les mêmes que celles

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| de l'Avenir et du Pays, qu'ils se donnaient garde de désavouer, et leurs chefs { » , , . À n , pr / , , | véritables étaient toujours les mêmes hommes, Ainsi l'£vénement écrivait en

Octobre 1875 en parlant de la nomination du juge Fournier à la cour Nupréme :

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