‹ Mémoire de l'évêque des Trois-Rivières sur les difficultés religieuses en Canada [microforme]Chapitre 60 sur 85 · LETTRE DE MGR LANGEVIN EV. DE RIMOUSKI · texte numérisé non relu

LETTRE DE MGR LANGEVIN EV. DE RIMOUSKI

Evêché de St-Germain de Rimouski.

> Kévrier 1881.

A Monseigneur l'Archevéque de Québec.

Monseigneur,

Je m'empresse de répondre à la lettre cireulaire que V. G. m'a fait l’honneur de m'adresser le 2 de ce mois, mais que je n'ai reçue qu'hier soir.

Dans la question de l'amendement à notre loi électorale par rapport à l'influence indue spirituelle, je vois deux choses bien distinctes :—

1o Notre devoir de défendre les droits de l'Eglise à l'égard de la prédication et du confessional :—]là dessus nous ne pouvons être divisés, et de fait nous avons donnés notre déclaration conjointe du 26 mars 1877 : —

20 L'opportunité de réclamer une telle modification présentement :—sur ce dernier point, V. G. exprime une inquiétude et fait trois objections : —

lo V. G. a peur ‘ que nous et nos successeurs n'ayons un jour à regretter l'avoir empiré le mal en voulan: le guérir. "—Je ne comprends réellement pas cette crainte. D'abord, si elle est fondée, nous aurions dû y penser avant de parler. Puis quelles sont donc ces conséquences si effrayantes ?

[1 serait simplement déclaré que, par éfluenve indue ; la loi n'entend pas (es menaces de l'ordre spirituel. Ceci empêcherait uniquement d'amener devant les tribunaux civils les actes du prédicateur où du confesseur.

20 V.G, voit une objection à notre action dans les “ Instructions du St- Siége à Mgr Conroy. —Mais est-ce que, si nous avions eu ces Instructions sous les yeux, nous n'aurions pas fait notre Déclaration collective ? D'ailleurs tout ce que disent ces Instructions, c’est que le clergé ne doit pas se jeter imprudemment dans les luttes purement politiques : qu'il ne doit nommer personne en chaire en rapport avec ces luttes: que “l'influence du ministère ecclésiastique ne s'emploie jamais pour des fins particulières ” excepté quand il pourrait se présenter des candidats nuisibles aux vrais interéts de l'Eglise. “ Les recommandations surtout d'empécher autant que possible que les personnes ecclésiastiques ne soient forcées à comparaitre devant le juge laïc.”—Ce serait done nous conformer à ces instructions du St-Siége que d'insister sur l'amendement en question.

30 V. G. voit une autre objection dans notre circulaire du 11 Octobre 1877. Nous y donnons à la vérité des règles de prudence et de modération a nos prêétres ; mais cette circulaire n'empêchera pas les gens mal disposés de trainer devant les tribunaux civils pour prétendue influence indue les curés dont ils seront mécontents. Au reste comment les protestants pourraient-ils être 7aloux, puisque l'amendement s’appliquerait à leurs 1ainistres comme aux prêtres catholiques ? Et encore les curés qui observent à la lettre nos instructions, ne resteront-ils pas exposés à voir leur prônes et leurs sermons examinés, épilogués et censurés par un juge laïc, et même leurs décisions et exhortations au confessional ? Nos propres Lettres Pastorales n'ont-elles pas été considérées par certains juges comme constituant un acte d'influence indue spirituelle? N'est-il pas temps de faire cesser un tel état de choses ?

40. L'électfiià de Berthier est une dernière objection de V. G. Mais dans cette élection :—je vois moi, autre chose que certaines imprudences, exagérations ou intempérances de langage de quelques eurés: je vois le fait de juges laïcs et d'avocats qui forcent les témoins à répondre sur l’enseignement du prétre en chaire et sur sa direction au confessional, et tandis que des hommes du monde, des députés et des journalistes se sentent révoltés de pareils mépris des choses saintes et des droits de l'Eglise, des Evêques verraient tout cela froidement et ne profiteraient pas des bonnes dispositions de nos législateurs pour

mettre fin à de semblables abus !

N'avons nous done pas écrit notre Lettre Pastorale du ler Juin dernier sur le respect dû à la parole de Dieu et au sacrement de Pénitence ? Voulons-nous revenir sur nos pas ? Ce ne sont pas des faits isolés, quelque regrettables qu'ils puissent être, qui doivent nous faire hésiter à maintenir les principes.

Quant à l'opposition que l’on peut redouter de la part de certains libéraux, n'avons nous pas tous dit à la suite de V. G. le 22 Septembre 1875:—Tel qui crie ayourd'hui trés fort que le prétre n'a rien à voir dans la politique, trouvait naguére celte influence salutaire, tel qui nie aujourd'hui la compétence du clergé dans ces questions,

exæaltait jadis la sureté de principes que donne à un homme l'étude de la morale chrétienne ! D'où vient ce chagement sinon de ce que l'on sent agir contre soi cette influence que l'on « conscience de ne plus mériter 2"

Au nom du ciel, ne faisons donc point un pas en avant dans la défense des droits de l'Eglise pour en faire toujours deux en arrière ? Cessons donc de réclamer en faveur des principes, si nous n’osons jamais en appuyer l'application.

J'en viens maintenant à la pratique :

lo Pour tout au monde, qu'on ne sache pas dans le publie que les Evèques sont divisés d'opinion là dessus.

20. Vu cette division, si elle doit persister, aucun de nous, suivant moi, ne doit prendre l'initiative de presser l'introduction de cette mesure dans nos Chambres Législatives.

30. Ni avant qu'elle ne soit présentée, on nous consulte, je suis d'opinion que nous ne devons favoriser, ou plutot provoquer cette démarche, qu'à la condition expresse que le ministère s'engage à ;ropos lui-même la mesure on au moins 4 l'appuyer chaudement. Sans cela, je ne crois pas qu'elle aurait beaucoup de chance de succès,

4o. Ni l’on fait cette proposition en Chanibre, sans nous en parler, et en s'appuyant seulement sur notre Déclaration conjointe, je ne vois pas comment nous pourrions ne pas seconder le mouvement, sans manquer grièvement à un devoir rigoureux, ét sans paraitre nous déjuger nous même. Malgré cela, je rewarderais comme bien imprudente cette action d'un député qui présenterait une telle mesure, sans s'assurer auparavant si les Evêques croient le moment opportun ; il semblerait vouloir nous forcer la main. Pourrio us cependant tirer de l'arrière ?

‘37 Dans tous les cas, c’est une question d'opportunité que nous pouvons certainement régler entre nous, sans en fatiguer encore la Propagande. Ki nous ne pouvons nous mettre d'accord, restons tranquilles, et attendons les événements.

Veuillez agréer Monseigneur, l'hommage de mes sentiments respectueux.

(Nigné) + JEAN EV. DE RIMOUSKI.

P. S.—Permettez-moi d'exprimer ici ma ferme persuasion que, si V. G. Île veut, cet amendement sera adopté.

sm LE us LETTRE DE Mar L. F. LAFLECHE, EV. DES TROIS-RIVIERES.

{ Séminaire des Trois-Rivières,

| 1 Avril 1881. / (Privée)

À l'Honorable J. À. Chapleau, Premier Ministre de la Prov. de Québer.

Honorable Monsieur.

J'ai l'honneur de vous adresser, en même temps que la présente, un exemplaire de la brochure sur l'influence spirituelle indue, dont Le Journal des Trois- Rivières, vient de donner une deuxième édition. L'auteur y a fait quelques corrections pour préciser davantage sa pensée sur certains points, et il y à ajouté deux articles, l'un intitulé : “Un dernier mot à M. L. O. David, et “l’autre : “Notre profession de foi sur l'infaillibilité Pontificale.” J'ai la confiance que vous voudrez jeter un coup d'œil sur cet écrit, qui a pour but de jeter un peu de lumière sur cette grave question qui touche à nos plus chers intérêts religieux, et que tous les véritables amis de la liberté religieuse et des droits de

l'Église doivent désirer comme les Evêques dela province. voir révler au plustôt Le» ] l à ù Le] Ï

dans le sens demandé par les Prélats dans leur déclaration de 26 Mars 1877.

Dans mon humble opinion, il ne faudrait pas traiter cette question au point de vue des partis politiques, mais bien au point de vue religieux et constitutionnel : car tel est son véritable caractère.

Tous les amis de la liberté et des droits de l'Eglise, à quelque parti politique et à quelque croyance religieuse qu'ils appartiennent, doivent désirer que cette loi soit modifiée de manière à ne pouvoir être étendue au domaine religieux ; et il n'y a que ceux qui veulent soumettre l'Eglise à l'Etat c’est-à-dire Dieu à César qui peuvent en vouloir le maintien.

Par conséquent, cette question n'ayant point essentiellement le caractère politique, pourrait fort bien n'être pas une question ministérielle, Cependant si le ministère trouvait plus à propos de s’en charger, je ne doute pas qu'il réussirait à la faire passer à une grande majorité, surtout à la veille des élections. Bien peu de députés catholiques, quelles que soient leurs opinions libérales, oseraient ainsi se mettre en opposition directe avec l'Épiscopat, qui a déclaré solennellement que cette loi telle qu'interprêtée, porte une atteinte grave à la liberté du culte catholique garantie par les traités et la constitution du pays, et viole les droits imprescriptibles de l'Eglise. Permettez-moi de vous le dire, Mr. le Ministre, vous pourriez, en cette circonstance, rendre un service signalé à la religion, en exposant avec votre talent ordinaire, la nature et les droits de la société religieuse, sa liberté et son indépendance vistà-vis la société

Page 1