CHAPITRE XXX. 2l
— Lisez.
— Je vois, je vois. Vous êtes bien fou, monsieur le comte, vous promettez à cette femme d'aller l'épouser, du l'enlever dans six mois, dès que vous aurez atteint vos vingt-cinq ans. Oh! mon Dieu, oh! mon Dieu, cette femme est une juive!
Ce mot produisit un effet que je ne puis rendre sur les assistants; nous étions à peu près une demi-douzaine. Le diplomate devenait de plus en plus pâle, et son émotion était visil)le.
— Monsieur le comte, demanda encore M. de Puységurd'un ton sérieux, doit-elle continuer?
~ — Oui, oui, je préfère tout savoir. Si celte femme ne m'aime pas, qui aime-t-elle?
— Un homme de sa nation, un misérable, un voleur.
La sueur froide nous prit à tous.
— Oui, on compte vous attirer lorsque vous reviendrez, vous faire signer je ne sais quels papiers, pour vous laisser libre, et si vous refusez... prenez garde.
Le son de voix de celte somnambule avait, je vous assure, quelque chose de surnaturel en ce moment; évidemment elle était inspirée.
— Mais cette femme.... cette malheureuse.... je l'ai fait instruire, baptiser, elle est chrétienne.
— En cela, comme en tout, elle vous a trompé, monsieur. Pure cérémonie, pour vous mieux abuser; elle est juive de cœur et de pratique.