II
218 MÉMOIRES DE LA BARONNE d'OBERKIRCH.
— Elle ne m'aime pas! répétait ce jeune insensé tout bas.
Cette idée seule le frappait. Ni son danger, ni les autres trahisons dont on le menaçait n'arrivaient jusqu'à lui. 11 ne pensait qu'à son amour ! Pauvre jeune homme! épouser une juive! un gentilhomme des vieux Castillans !
— Ah! mon Dieu, madame, me dit-il après trèssimplement, ma mère en serait morte de chagrin, et vous voyez !
11 nous raconta alors ce que personne au monde ne savait que lui, et ce qui par conséquent lui semblait plus étrange encore dans la bouche de la somnambule. Envoyé à Ceuta Vannée dernière, il marchait dans les rues de la ville, le lendemain de son arrivée, par une chaleur africaine, et, sans songer aux précautions exigées; mourant de soif, il s'arrêta près d'une fontaine pour boire en ôtant le bonnet qu"il avait sur la tête. Le soleil le frappa, une congestion au cerveau s'ensuivit, il tomba comme mort sur la place. Des femmes juives lavaient leur linge à cette fontaine, une d'elles demeurait tout près de là; la richesse des vêtements de l'étranger leur fit espérer un bon salaire. Elles étaient seules à cette heure, où personne dans ces pays n'ose affronter les ravons du soleil. Elles l'emportèrent chez leur compagne, employèrent leur science en médecine, et elles en ont beaucoup, à le soigner, à le faire revenir ; il reprit connaissance. La belle juive lui versa