CHAPITRE XXX
roquet de duchesse. Je n'ai jamais vu bête plus mal élevée, et cela dans toutes les langues. Il était impossible de n'en pas rire, quelque grand air que l'on voulût prendre. Madame de La Vallière ne parlait de rien moins que de l'envoyer au corps de garde, chez les Suisses, où, disait-elle, il trouverait des élèves dignes de lui.
— Mais, madame, Tamie qui vous l'a légué n'était cependant pas un pandour.
— Non, madame, c'était la femme la plus délicate du monde, toutefois sa maison était un peu cavalière; elle protégeait la maison militaire du roi.
L'explication nous parut concluante et justifiait le nouveau Vert-Vert.
6 février. — (Vêtait la fête delà princesse, nous allâmes au Palais-Royal, acheter une babiole quelconque pour la lui offrir. C'était, je me le rappelle, une écritoire avec des compartiments et des secrets qu'on venait d'inventer. On a achevé de construire, depuis mon dernier voyage, des boutiques en bois formant galerie à la place où l'on doit élever un corps de bâtiment à l'entrée du jardin. M. le duc d'Orléans en a suspendu la construction, toujours sans dire pourquoi, ou avec de mauvaises raisons, comme à l'ordinaire. Ce prince aime l'argent pour le garder ou le mal dépenser; c'est du moins ce que disent tous ceux qui le connaissent.
Madame la duchesse de Bourbon reçut fort bien mon petit présent et lui donna la place d'honneur
parmi tous ceux, heaucoupplus beaux, qui lui furent ofl'erls. Nous ne dînâmes point avec elle, ayant invité le baron de Goltz, envoyé de Prusse, et madame de Blair. Nous allâmes voir ensemble Jérôme Pointu aux Variétés amusantes. Je ne m'en lasse pas, j'y ai ri cette fois autant que les autres.
7 février. — Nous eûmes la duchesse de La Vallière, la landgrave de Hesse et les dames russes à déjeuner. Je hais cette mode; les déjeuners sont stupides, un n'a rien à dire et on court après l'esprit.
— Je parie pour l'esprit, disait M. de Rivarol, devant lequel on s'exprimait ainsi, sur le compte de je ne sais quel seigneur.
Madame la landgrave de Hesse-Cassel est sœur de madame la princesse de Montbéliard, et l'une des marraines de ma fille, qu'elle comble de bontés et à laquelle elle apporta de charmants livres. Elle causa beaucoup avec madame de La Vallière de son illustre grand' tante pour laquelle elle a une dévotion, c'est son mot. Madame de La Vallière nous en raconta beaucoup de choses que le public ignore et qu'a conservées la tradition de famille. Cette conversation resta gravée dans ma mémoire par mille incidents. Madame de La Vallière nous dit, entre autres, que sœur Louise de la Miséricorde avait porté un ciliée plus de trois ans avant d'entrer en religion. La famille possède une lettre d'elle où elle parle à son confesseur de ce cilice que celui-ci reprochait comme contraire à sa santé. Elle nous cita ce fragment