‹ Mémoire de la baronne d'OberkirchChapitre 109 sur 220 · CHAPITRE .\X · texte numérisé non relu

CHAPITRE .\X

qu'elle me montra plus lard et qu'elle me permit de copier. Le voici textuellement :

« Ah! mon père, ne me grondez pas de ce cilirc; c'est bien peu de chose. Il no mortifie que ma chair, parce qu'elle a péché, mais il n'atteint pas mon âme qui a plus péché encore. Ce n'est pas lui qui me lue, ce n'est pas lui qui m'ôte tout sommeil, tout repos : ce sont mes remords. C'est surtout le lâche désir d'en ajouter d'autres à ceux que j'ai déjà. Et puis ne les vois-je pas chaque jour? Mes yeux ne suivent-ils pas leurs yeux? Ne suis-jc pas assise à côté de ma rivale, tandis que hii est à côté d'elle aussi, mais loin de moi? N'ai-je pas vu? N"ai-je pas entendu? Ah! mon père, cjuc Dieu me punisse si je blasphème. Je ne sais ce qu'est l'enfer, mais je ne saurais en imaginer un plus terrible que celui où est mon cœur, où il reste néanmoins, où il se complaît, car ne plus /e voir serait un autre enfer auquel il ne s'accoutumerait point. »

Unefemme est bien à plaindre quandelleaime ainsi.

Madame la duchesse de Bourbon nous avait conviés à dîner, et, contre l'étiquette, elle voulut que j'y conduisisse ma fdle, qui partit tout de suite après dîner. Son Altesse sérénissime vint entendre, à l'Opéra, Colinetle à la covr. Les paroles sont du même auteur que le Savetier et le Financier ; la musique est de Grétry. Il y a de jolis ballets, pleins de variété et de mouvement. Cette pièce rappelle un peu Ninette à la cour, de Favari, que j'avais vu jouer en 17(S2.

Madame la duchesse de Bourbon est, de toutes les princesses, celle qui se montre le plus en public; aussi est elle fort aimée. Elle vit en-simple particulière, mettant l'étiquette de côté, autant qu'elle le peut. Elle aime à sortir le matin, incognito, à pied ou en carrosse de place, accompagnée d'une de ses dames; d'ordinaire elle fait des aumônes dans ses courses matinales. Elle \"a chercher les pauvres dans leurs greniers; elle s'adresse aux curés des paroisses et même à ses gens pour les découvrir. Il y a dans son cœur une immense place vide par sa séparation si prompte d'avec son mari : elle remplit cette place en faisant du bien.

— J'ai besoin d'èlre aimée, me disait-elle souvent.

On l'a beaucoup calomniée, et je la respecte trop pour relever ces calomnies. Elie vivait loin de la cour, parce qu'elle y souiîrait, parce qu'elle y trouvait des souvenirs pénibles et des réalités plus pénibles encore. Mais son intérieur était calme, sans reproches, semé de bonnes œuvres. Il est si facile d'accuser les femmes ! On prend si peu la peine de les défendre lorsqu'on n'attend rien d'elles; et cette princesse ne jouissait d'aucun crédit. Je lui rendrai toujours hautement justice. Je suis heureuse et fière de T intimité dont elle me fit la grâce de m'honorer et je la reconnais pour la digne héritière des vertus, des grandeurs de la race de saint Louis, de celle de nos rois bien-aimés.

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