CHAPITRE XXI
à ses vœux; elle aimait un page de son père, un enfant de la souche de Ribeaupierre, mais repuussé par sa famille à cause de la naissance illégitime de sa mère. Le sire de Waldner permit à sa fille de refuser le sire de Géroldseck, mais il ne lui eût jamais permis d'épouser ce page. Géroldseck furieux, se couvrant de sa pesante armure, se met à la lète de ses gueiriers et vient mettre le siège devant Freundstein.
— Je l'obtieuclrai, dit-il, par la force et la terreur. L'attacpic fut terrible et soutenue, la résistance
ne fut pas moins opiniâtre mais inutile. On enfonça les portes, l'ennemi resla maîlre du cliaiiin de bataille et refoula la garnison (hms ses derniers re- Iranchemenls.
Le sire de Waldner alla alors trouver sa fille.
— Veux-tu tomber entre ses mains, lui dit-il en montrant l'ennemi qui s'emparait de la dernière enceinte.
— Plutôt mourir, mon père !
— Tu préfères la mort, dis-tu, ma fille?
— Cent fois et mille fois, mon père.
— Eh bien ! mets ton voile de fiancée, viens avec moi, et montre tout ce que sait être une Waldner,
En ce moment suprême, la jeune héroïne pensa à celui qu'elle aimait, à l'impossibilité d'unir jamais son sort à celui d'un enfant déshérité et méconnu.
— Vous avez raison, mon père, soyons juscju'à la fin dignes de nos ancêtres.
32 MÉMOIRES DE LA BARONNE d'OBERKIRCH.
Devinant ce que méditait le vieux sire, belle de son émotion autant que de sa beauté, elle le suivit sans hésiter. Le temps pressait, un moment de plus et ils tombaient entre les mains du vainqueur; le page tenait le cheval du vieux chevalier; la jeune vierge en l'apercevant lui tendit la main et lui dit :
— Je vais mourir pour rester digne de notre amour impossible sur la terre, nous nous rejoindrons là-haut; et elle s'élança en croupe de son père.
— Je vous suis, madame; le sire mon maître ne marche jamais sans son page.
AValdner ne l'entendit pas sans doute; ses regards et son attention se portaient sur ses chevaliers et ses hommes d'armes dont le nombre diminuait à chaque instant, et sur la porte que l'ennemi allait franchir: il pousse en avant son cheval de bataille et, arrivé sur le sommet de son dernier retranchement, il jette les yeux en arrière au moment où Géroldseck arrivait triomphant.
— Donne-moi ta fille, Valdncr, s'écriait-il?
— La voilà, lui répond le père qui, n'écoutant que la voix de l'honneur et du désespoir, s'élance en piquant des deux et tombe mort ainsi que sa fille au milieu des assiégeants. Quelle vue pour Géroldseck ! le vertige le saisit, il abandonne ses rênes et suit dans sa chute celle qu'il vient de perdre ; leurs corps fracassés sont étendus l'un près de l'autre; c'est ainsi qu'il a conquis celle qu'il aime.