CHAPITRE XXXI
Qui la répare promptement
Peut même la trouver heureuse.
De celle dont je fus témoin.
Vous m'accusez d'être la cause.
Voyez à quel reproche un tel soupçon m'expose ! Tant d'autres volontiers prendraient un autre soin.
Mes camarades sont si bonnes.
Que nulle assurément ne me démentira ;
Et nos auteurs sont les seules personnes Que nous ne parons pas de ces accidents-là. Les aider à tomber est tout ce qu'on peut faire;
Les relèvera qui pourra,
Le public en fait son aflaire.
Pour vous, depuis longtemps instruit dans l'art de plaire, Sans craindre de faux pas, marchez dans la carrière, Croyez, si par hasard vous bronchiez en chemin. Que vous rencontrerez quelqu'àme généreuse Qui pour vous relever vous oH'rira la main ; Jamais chute pour vous ne sera dangereuse.
Voici l'impromptu en réponse à ces vers, fait par le comte d'Albaret, au nom du baron de Wurmser.
Vous avez bien raison, ma chute était heureuse
Lorsque de vous j'ai reçu des secours.
Et que l'empressement, les grâces, les amours M'offraient par vous une main généreuse ; En vous voyant j'éprouvais cette ardeur
Que ne connaît plus la vieillesse.
Et je doutais encore d'une telle faveur. Même aux yeux de l'enchanteresse.
De l'aurore j'appris que vous êtes la sœur; Je ne fus plus alors surpris de mon bonheur, Vous m'aviez rendu ma jeunesse.
240 MÉMOIRES DR LA BARONNE d'OBERKIRCH.
M. de Wurmser avait reçu des lettres de Stuttgard qui lui annonçaient le mariage du duc régnant, Charles de AYurlemberg, avec la comtesse Francisca do Holienheim. Il s'était fait le 2 février, et j'en reçus en effet la notification le lendemain. Madame de Holienheim méritait ce bonheur par les excellentes qualités de son âme et la hauteur de son esprit. Le duc n'avait eu de la princesse sa femme qu'une fille morte en bas âge. Il n'en a point de la comtesse de Holienheim, sa seconde femme, mais en revanche il est pourvu de nombreux bâtards, enfants de ses maîtresses ou de ses liaisons passagères. Le duc Charles était si aimable (disait, il y a quelque temps une de ces maîtresses, en se rappelant le passé ) qu'on l'épousait même sans prêtre. Il fait baptiser tous ces enfants-là sous le nom de Franquemoni . Il avait le projet de former un régiment et d'en donner la propriété et les grades supérieurs à tous les jeunes gens issus de son sang.
Parmi ses filles, j'en ai vu une, nommée Laure, fort liée avec mademoiselle de Cramm, mon amie. Cette charmante jeune femme, élevée à merveille et ayant les meilleurs sentiments, était fille du duc Charles et d'une danseuse italienne d'une grande beauté, d'un grand talent, et du nom de Lanfranco. Je désire bien qu'elle fasse un bon mariage; elle le mérite sous tous les rapports. 11 est impossible d'être plus intéressante.
H v avait le soir un cercle chez madame de La