‹ Mémoire de la baronne d'OberkirchChapitre 131 sur 220 · CHAPITRE XXXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIII

— Ma chère amie, je n'ai aucune explication à vous donner. "Vous savez quelle vie on mène à Seloncourt, vous savez quels exemples il y peut prendre, ce qu'il y peut entendre, il me semble que près devons...

Elle me regarda un instant comme pour chercher jusqu'au fond de mon âme, puis elle me dit en me regardant toujours :

— Vous avez raison , il faut que (Georges revienne.

Elle se mit à écrire et se montra plus impatiente que moi de revoir son fils. Pour la satisfaire, il fallut partir le lendemain avec le jour; je ne me fis pas prier.

Je tombai à Seloncourt comme une bombe, et mon arrivée atterra les deux femmes à ce point qu'elles trouvaient à peine une parole à m'adresser. Le prince était absent, mais le comte Georges était là, avec ses jeunes frères. Je n'oublierai jamais mon entrée dans celte salle où une grande table était dressée, couverte de mets de toutes sortes, de vins divers, de fruits merveilleux; ces deux femmes étaient parées, et qaelques-unes de leurs compagnes de plaisir les entouraient. Les enfants couraient par la chambre. L'embarras fut extrême, je dirai plus, l'anxiété était visible. La baronne Sébastienne s'avança vers moi, et me demanda d'une voix émue qu'elle s'efforçait de rendre arrogante :

— Qui vous amène ici, monsieur le comte ?

284 MÉMOIRES DE LA BARONNE d'OBERKIRCH.

— Son Altesse est-elle à Seloncouri, madame la baronne ?

— Non, monsieur, mais vous le voyez, on l'attend à chaque minute.

— Son Allesse vient souper ce soir ici?

— Elle va venir; j'ai l'honneur de vous le répéter.

— Je l'attendrai alors.

Cette décision parut achever la contrariété des l'Espérance; elles causèrent quelques instants tout bas, puis la baronne Charlotte revint à la charge.

— Peut-être le duc tardera-t-il, monsieur.

— Je ne vous gêne point, j'espère, madame la baronne, lui deraandai-je avec un demi-sourire.

— Non certes... monsieur... mais si l'on pouvait savoir...

— Ce que je désire de Son Altesse? Oh ! rien n'est plus facile : je viens chercher le comte Georges de la part de la comtesse sa mère.

Les deux serpents se regardèrent interdites en pâlissant à faire pitié , si on ne les avait pas connues. Je suivais tous leurs mouvements; elles s'en aperçurent, et leur gêne en redoubla.

— Cependant... monsieur... le comte Georges... on nous l'avait promis... il devait rester... Son Altesse... ne voudra pas... ne pourra pas...

— Son Altesse ne le refusera point à sa mère, je suppose, madame.

Le ton sévère avec lequel je prononçai ces paroles leur imposa sans doute; elles ne me répliquèrent

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