‹ Mémoire de la baronne d'OberkirchChapitre 140 sur 220 · CHAPITRE XXXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIII

mie du matin. C'était, sur la route, une file de carrosses comme à la promenade de Longchamps; il y avait tant de torches devant et derrière, qu'on ne savait de loin ce que ce pouvait être, quelque procession de fantômes pour le moins.

28 février. — Après avoir dîné chez nous, en Chine ^ selon l'expression de la princesse, qui souvent nous appelait plaisamment les Chinois, du nom de nôtre hôtel, nous allâmes avec elle à la Caravane, opéra en trois actes, encore du sieur Morel et de Grétry. On en peut dire autant que de Panurge : paroles et musique sont faibles, mais le spectacle, la danse, les habits suffisaient pour attirer toute la France. — C'est ennuyeux, mais cela m'amuse ! disait madame la duchesse de Bourbon. On ne peut mieux définir cette sorte de procession dont on ne manqua pas la parodie sous le titre de Marchand d'esclaves.

Nous allâmes ensuite chez mesdames les duchesses d'Orléans et de La Yallière. Nous trouvâmes au Palais-Royal madame de Fleury qui me sembla plus jolie, plus gaie, plus spirituelle que jamais. Elle lutinait madame de Blot, dont la prétention était de ne vivre que d'ambroisie, et qu'on avait surprise dans son arrière-cabinet dévorant des côtelettes. Celle-ci s'en pâmait de colère et niait avec aigreur.

— C'étaient des côtelettes de porc, répétait madame de Fleury, on en a vu les os, madame.

— Ah! madame, ne prononcez pas ce mot, c'est à s'évanouir !

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— Le mot \ous blesse, madame, mais ces bonnes côtelettes. Oh ! comme tous les mangiez!

Et chacun de rire ! madame de Blot ne s'en consolait pas. Elle voulait absolument n'être qu'une essence élhérée, quelque chose d'aérien, de transparent, une ombre. C'est un des ridicules les plus corsés que j'aie vus; mais c'était bien un des plus charmants visages qui eût existé.

1" mars. — J'allai voir madame de Hornbourg avant le dîner chez madame la duchesse de Bourbon. Une personne que j'aimais beaucoup m'attendait chez moi au retour, mademoiselle de Dormsdorf. Avec quel plaisir je la revis, et comme nous parlâmes ensemble de notre cher Montbéliard ! Je la trouvai plus jolie que jamais, avec un air plein | de grâce. Elle avait une parure très-coquette, un ! chapeau charmant très-bien posé, et le plus beau ' crêpé du monde. Elle ne me parla que très-peu de ; M. de Wargemont; je savais par mes correspondan- i ces l'amour romanesque qui existait entre eux. , Rien ne s'opposait à leur union, à laquelle aucune ! convenance ne manquait; ils sophistiquaient à qui i mieux mieux, ils se créaient des difficultés pour i avoir le plaisir de les vaincre : c'étaient des amants 3 délicats, mais non passionnés. Il y avait dans l'ex- térieur noble, élégant de mademoiselle de Dorms- j dorf, toute l'étoffe nécessaire à une héroïne en six volumes. Nous fîmes des courses ensemble avec ma fille; nous allâmes chez Sikes qui continue à être le

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