‹ Mémoire de la baronne d'OberkirchChapitre 164 sur 220 · CHAPITRE XXXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXV

j'étais un faux prince, et qui me repoussent maintenant qu'ils me savent un homme de génie. A vous seule je parle en cet instanl suprême, et c'est pour vous dire non adieu, mais au revoir 1 Nous nous retrouverons dans le séjour où les grandes âmes se retrouvent sous l'œil du Créateur. Nous y serons dépouillés des illusions, des préjugés de ce monde, et l'on nous y jugera pour nous-mêmes et pour ce que nous valons. Au revoir donc encore , Elisabeth !»

Lorsque la duchesse apprit cette déconvenue, son cœur faillit se briser, et sa fierté fut tellement blessée qu'elle en crut mourir. Cette même fierté lui donna le courage de cacher cette impression ; elle ne cessa pas un instant de recevoir et de voir du monde; elle ne permit pas à son visage d'exprimer la moindre souffrance , et sortit victorieuse encore de cette épreuve. Mais combien elle fut malheureuse ! Combien elle eût à refouler de larmes !

A dater de ce moment elle ne voulut pas rester à Rome; c'est alors quelle se rendit en Russie. Depuis lors elle n'a plus aimé. »

J'espère qu'on ne trouvera pas ce récit trop long; quant à moi, il m'a vivement intéressée. J'ai voulu le transcrire en entier dans ces mémoires, où je le laisserai, à moins qu'il ne soit publié ailleurs, car on a dû le retrouver dans les papiers de la duchesse de Kingston.

22 mars. — Je dinai chez Son Altesse sérénissime avec madame la duchesse d'Aremberg, femme d'un

fort grand seigneur flamand , de la branche cadette des princes de Ligne ; ils sont souverains de leur principauté et colonels-propriétaires du régiment de la Mardi. La duchesse était une Brancas-Lauraguais , lille du comte de ce nom. Le duc d'Aremberg avait pour frères : le comte de la Marck, marié à la marquise de Cernay, et le prince Louis d'Aremherg, colonel en second au régiment de la Marck, marié depuis à mademoiselle de Mailly de Nesle. Les trois sœurs du duc d'Arcmberg étaient mariées au comte deWindisgraelz, au ducd'Urselet au prince de Stahrenberg. J'ai vu cette dernière en Flandre.

Le soir, après la Comédie italienne, où l'on donnait la Mélomanie et le Déserteur^ nous soupàmes chez le général de AYurmser. Il y avait le duc de Grillon, le duc deBrancas-Céreste, et le comte d'Estaing.

C'est encore un grand homme de guerre que le comte d'Estaing; il est lieutenant général des armées navales et a battu les Anglais près de l'île de la Grenade , détruit l'escadre de l'amiral Byron et fait la conquête de cette île. C'est un homme du plus grand mérite, d'un mérite indulgent et modeste, ce qui, pour moi, double la valeur. Il parle sans cesse du bailli de Suffrcn, de sa gloire, et ne veut point qu'on le vante lui-même à côté de celui qu'il proclame un héros. On a fait sur le comte d'Estaing les vers que voici :

Albion redouta son liras et son génie.

Vengeur du nom français, général et soldat,

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