CHAPITRE XXW
Il sut combattre avec éclat Les Anglais et la calomnie.
11 e>t brouillé avec M. de Yergennes, et celui-ci a rayé de sa main un article qui rendait compte d'un succès de cet amiral. Cela prouve , dit M. de Maurepas, que « la trompette vaut mieux que la plume. »
23 mars. — Déjeuner chez madame la landgrave de Hesse. Madame la duchesse de Bourbon a soupe chez nous. Rien d'extraordinaire d'ailleurs. — Le 24 nous allâmes à Versailles pour quelques heures; je voulais parler à madame de Mackau. En revenant je fis des visites à madame la duchesse de Bourbon, à madame la duchesse d'Orléans, à la duchesse d'Are raberg et à la duchesse de Kingston, chez qui nous avons soupe. Sa table est des plus renommées; elle était fort gourmande, et on faisait chez elle une chère exquise. C'était réellement une femme extraordinaire; elle savait peu, mais un peu de tout. Ayant vécu avec tous les beaux esprits, tous les savants, tous les illustres de l'Europe; elle avait glané sur tout , et elle s'était fait une conversation qui trompait la première fois. Son grand usage du monde, son esprit infini lui donnaient un éclat et un brillant indicible. Elle racontait de la façon la plus pittoresque, la plus vive, la plus inattendue. Son imagination était un prisme où tout se reflétait, et qui étincelait par toutes les facettes.
N'écoutant que sa seule volonté , elle se moquait des idées reçues. Altière et opiniâtre, sa mobilité
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passait toute idée ; on ne la retrouvait pas la nnême à une heure de distance. Ses passions se mobilisaient comme ses idées.
Et cependant elle avait l'àme noble. En 1785 elle apprit que le neveu du duc de Kingston ( celui-là même qui voulut lui enlever son immense fortune en lui intentant ce procès) , elle apprit donc qu'il se trouvait à Metz dans la misère, et couvert de dettes qu'il ne pouvait payer. Celui qui lui apprit cette nouvelle crut lui être agréable, mais son visage changea sur-le-champ; elle s'inquiéta de son adresse positive, et lui lit dire qu'elle avait oublié le mal qu'il lui avait fait , les injures qu'elle avait reçues, qu'il pouvait la regarder comme une amie, et qu'elle le sortirait de son horrible situation.
En effet, elle partit pour Versailles, elle vit le roi, elle obtint de lui la cessation des poursuites, arrangea pour cet ennemi une maison dans les environs de Paris, et lui fit une pension pour qu'il pût vivre dans l'aisance. Ce trait fut beaucoup loué; il devait l'être.
Elle était bienfaisante. Tant qu'elle vécut, il n'y eut point de pauvres à Calais ; elle les comblait de toutes les manières.
Nous la fîmes causer à ce souper chez elle. Elle regrettait par moments l'Angleterre, et parlait d'y retourner. Le souvenir des injustices dont elle avait été victime l'en empêchait .Puis ses amis étaient morts.
— Ce n'est pas la peine, ajouta-t-elle, de chercher