CHAPITRE XXXVI
011 la transporta sur son lit : elle fut plusieurs heures sans revenir cà elle. Le prince, malgré les prières, malgré les ordres, malgré les cris de M. de lî..., ne voulut pas la quitter d'une minute jusqu'à ce que ses yeux fussent ouverts. Lorsqu'elle eut enfin repris ses sens, il porta sa main à ses lèvres en lui disant :
— Wilhelmine, je suis forcé de partir maintenant, mais je reviendrai ce soir, et je vous prouverai, ainsi qu'à votre père, que je ne suis pas un ingrat. S'il a ^ ersé son sang pour Marie-Thérèse, Joseph reconnaîtra ce dévouement par tout ce qu'il peut donner de plus précieux. Vivez pour notre enfant, pour moi, pour votre père, et ayez toute confiance : je ne vous iromperai jamais.
La journée se passa dans l'anxiété la plus vive. Le vieux soldat tremblait qu'il ne voulût mettre un prix au déshonneur de sa fille, et il eût préféré la voir morte; il désirait l'arracher à ses séductions, et la pauvre enfant était encore dans le danger le plus grand. Ce furent des heures cruelles. Enfin le soir arriva, et, ainsi qu'il l'avait promis, le prince revint, mais il ne revint pas seul. 11 avait avec lui son chapelain et un officier de sa maison.
— Monsieur de B..., dit-il, voulez-vous bien m'accorder la main de votre fille? AVilhelmine, voulezvous être ma femme ?
La surprise, la joie, ôtèrent au vieux soldat la faculté de répondre. Ensuite il trouva des objections, des in?possibilités, dans la haute position du prince.
368 MÉMOillES UE LA BARONNE ironEnKIRCH.
La raison d'Ktat, la polilique, il lil lout valoir; à tout Joseph répondait :
— Je le veux, cela sera.
Cela fut en effet. Le mariage morganatique fut célébré dans la chapelle du château, Wilhelmine presque mourante y fut transportée.
— Maintenant tu vivras, ma bien-aimée, lui disait-il.
Mais le coup était porté, la pauvre femme accoucha, dans la nuit, d'une petite fille qui reçut son nom de Wilhelmine, et qui reçut aussi son dernier soupir dans un baiser. Le prince fut inconsolable; il faillit en perdre la tète, et ne pouvait s'arracher d'auprès du cadavre. L'enfant lui fut odieux les premiers jours, ensuite il la demanda, il voulut la voir toujours, et voulut qu'elle fût élevée aussi près de lui que possible, et tous ses soins se concentrèrent sur elle. Par un hasard assez explicable, cette petite fille était le portrait frappant et calqué de Marie- Antoinette. Sa mère, lorsqu'elle la portait dans son sein, regardait sans cesse un tableau qu'elle avait dans sa chambre et qui représentait cette princesse : c'est dire combien cette jeune fille est belle. Plus tard, quand les soucis du gouvernement eurent un peu détourné Joseph de la jeune comtesse de Wilhelmine, la reine la fit venir à Versailles, elle y est encore. Elle habite, dans le parc même, une petite maison, donnée autrefois à la duchesse deGramont. Elle y est seule avec sa gouvernante et ses dômes-