CHAPITRE XXXVf
tiques. La reine et madame Royale la voient souvent; du reste, elle ne sort point et ne reçoit absolument personne. On dit que Sa Majesté veut la doter et la marier richement.
Si le cardinal de Rohan eût pris cette nièce chérie pour la reine, cela eût pu se comprendre; mais une créature telle que cette d'Oliva ! Il fallait avoir perdu le sens et tout souvenir de sa qualité de grand seigneur pour se tromper delà sorte.
Cette année, on signa le traité concernant les négociations entamées depuis si longtemps entre le roi et le duc de Wurtemberg, en qualité de comte de Monlbéliard, pour régler les limites de ce comté. C'est le baron de Riegeret M. Gérard, prêteur royal de Strasbourg, qui ont terminé cette affaire signée le 21 mai.
On apprit presque en même temps la naissance de madame Sophie, fille du roi, morte depuis à Versailles le 20 juin 1787. On fut pourtant bienheureux lorsqu'elle vint au monde, le roi ne saurait avoir trop d'enfants.
Mademoiselle de Condé a été élevée à la dignité d'abbesse du chapitre de Remiremont en remplacement de la princesse Charlotte de Lorraine-Brionne, sœur du prince de Lambesc, qui n'a été abbesse que bien peu d'années. Celle-ci avait succédé à la princesse Christine de Saxe, dont j'ai déjà parlé. Mademoiselle de Condé, née en 1757, avait vingt-neuf ans. Elle a été élue à l'unanimité des suffrages. Elle envoya
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sa procuration à madame de Montuejouls et fut a[ prébendée dans sa personne, le 21 août. Madame c Messey fit la présentation. M. de La Porte, intendai i de Lorraine, avait été désigné par le roi pour assistti à l'élection. Il est frère de madame de Melfort. Ilpo^ sède un marquisat en Normandie. On sait qu'on pei| acheter un marquisat, sans pourtant devenir mai quis. On est seulement seigneur delà terre, à moir que le roi ne confère le titre, ce qu'il ne fait pa toujours. C'est justement le cas de M. de La Porte
Le palais abbatial de Remiremont, que va habite la princesse, est d'une magnificence toute royale a été commencé en 1722 par ordre de la princess Anne-Charlotte de Lorraine, qui en a été abbesse jus qu'en 1773. Nous voulions aller voir mademoisell de Condé, qui avait eu l'extrême amabilité de nous engager. M, d'Oberkirch et moi, mais cela nous fi impossible. Voilà déjà trois fois que je manque 1 voyage de Remiremont. J'aurais pourtant granc plaisir à le faire.
Je reçus de madame la princesse de MonthéliarJ h des détails sur la mort du grand Frédéric. Peu di B temps avant, il avait adressé une requête au con seil souverain d'Alsace pour un de ses sujets, ce fui ï' presque sa dernière action. Il avait dû, bien malgr^ ip lui, se soumettre au protocole sans lequel nulle re-i 9J quête n'était admise. On considérait si bien ce con-' ). seil comme pouvoir de premier ordre, que lorsque les souverains d'Allemagne traitaient avec lui, ib
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se conformaient aux formules consacrées, c'est-àdire : nosseigneurs, et supplie le roi ou prince, etc. Leur orgueil en soufi're beaucoup, mais il n'y a pas moyen de faire autrement.
Le roi de Prusse, Frédéric II, est mort le 17 août 1786. Malgré la maladie douloureuse qui l'accablait, il a gouverné jusqu'à la fin avec la même sûreté de vue et la même application. Il lisait lui-même les dépêches de tous les ministres à l'étranger, et chaque matin, depuis quatre heures jusqu'à sept, il dictait les réponses et sa correspondance, tant avec les ministres des affaires étrangères, qu'avec son ministre du cabinet. Quelques jours avant sa mort, il dictait encore à ses aides-de-camp les manœuvres qu'il voulait faire exécuter au camp de Silésie. Il est resté, jusqu'à la fin, en uniforme et botté, hors celle de ses jambes qui s'était trop enflée. Il ne voulut jamais accepter de robe de chambre, c'était disait il, une gâterie, une mollesse indigne d'un soldat.
Il est mort à son château de Sans-Souci où il s'était fait transporter , après avoir horriblement souffert cinq semaines sans pouvoir se coucher, tant son hydropisie l'avait enflé et l'incommodait cruellement. Il ne laissa jamais échapper, ni une plainte, ni le moindre signe de ce qu'il éprouvait. Ce fut un héros jusqu'à la fin. Un des premiers actes de Frédéric-Guillaume a été de nommer lieutenantgénéral M. de Borck, son ancien gouverneur, âgé de quatre-vingt-deux ans.
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Madame la princesse de Monlbéliard m'envoya en même temps un tableau de découpure, envoyé pour moi par madame la grande-duchesse de Russie.
Il représente la grande-duchesse Marie, donnant le bras à son mari le grand-duc Paul Pélrowitz, et sur la gauche, ses fils, les grands-ducs Alexandre et Constantin. Ce dernier, appuyé sur une bêche, creuse un trou pour planter un jeune arbre; son frère aîné tient l'arbre et le montre à ses parents.
Tout à fait à gauche, se trouve une statue de Pierre le Grand, en costume grec, tenant d'une main une épée et de l'autre une flèche. ;.
Ce souvenir de mon auguste amie m'a fait le plus | grand plaisir, on le conçoit facilement. Sa bonté | daigne me conserver une affection vraie dont elle I multiplie les témoignages. Je regrettai vivement de | ne pouvoir aller à Montbéliard remercier madame la princesse, mais cela me fut tout à fait impossible; après une absence aussi longue il me fallut rester chez moi.
Nous perdîmes le baron de Rathsamhausen, commandant de grenadiers au régiment de Nassau que nous avons vu, en 1784, lorsqu'il me vint de Genève où il était en garnison. On le regretta beaucoup. Ilélas ! combien déjà sont disparus autour de nous I