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MO MÉMOIRES nE LA BAIIONNE DOBEKKIUCH.
brasse ta jolie petite, que l'on dit devenir bien jolie et aimable. Dieu veuille qu'elle soit aussi bonne que toi, c'est le meilleur souhait que je puisse former pour elle. Adieu, ma chère et bien-aimée Lanele, je t'embrasse tendrement, et suis de cœur et d'âme ta bonne et sincère amie,
« Maeie.
c( p. s. Mes amitiés à la bonne Deutsch; le cher grand-duc te fait ses compliments. Je te souhaite de tout mon cœur la bonne année. »
On ne lira pas sans intérêt l'expression des peines et des inquiétudes de cette charmante princesse. Dès l'année précédente, lorsque Catherine sollicitait les princes chrétiens, et surtout le roi de France, de se joindre à elle pour s'armer contre les Turcs, et démembrer l'empire ottoman , le grand-duc avait vivement sollicité la czarine de lui permettre de rejoindre les armées russes. Toujours tendre et dévouée, madame la grande-duchesse, quoique grosse, voulait accompagner son auguste époux; mais Catherine, ayant découvert cette position de santé, s'en fit une arme pour empêcher le prince d'exécuter un dessein qui ne convenait peut-être pas à sa politique. Soupçonneuse, elle voulait retenir son héritier auprès d'elle; elle refusa. Mais, peu de temps après, lorsque Gustave, ayant inopinément déclaré la guerre à la Russie, eut marché sur Friderikshara, que l'épouvante se fut répandue dans Pétersbourg, et qu'on
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forum L'ii Finlande une armée de quinze mille hommes, la czarine ne put refuser plus longtemps au grand -duc celte occasion de montrer son courage.
Le prince était plein d'ardeur, et son esprit chevaleresque lui faisait désirer l'occasion de se signaler. Les inquiétudes de la princesse, lors du départ de son auguste époux, laissaient encore place dans son cœur à sa tendre sollicitude pour moi. Cette sollicitude était partagée par son adorable mère, qui eut la bonté de quitter Montbéliard au milieu du froid de décembre pour venir à Strasbourg me soigner et me consoler pendant ma maladie. Pourraije jamais oublier tant de marques de bonté et de véritable attachement ! En me quittant, elle alla en Allemagne. J'avais écrit de mon lit à mon auguste amie pour lui souhaiter la bonne année ;elle me répondit :
Ce 2/1 3 janvier 1788.
« La vue de ta chère écriture, ma bonne Lanele, m'a fait éprouver un bonheur bien sensible, puisqu'elle m'assure de ta convalescence, qui m'a donné bien des inquiétudes, t'aimant de toutes les facultés de mon âme. Je te suis tendrement obligée, chère Lanele, des vœux que tu fais pour mon bonheur à l'occasion de la nouvelle année, qui commence sous de si tristes ausjtices pour moi. Je t'avoue que mon pauvre cœur est navré, et que je souffre l'impossible.
388 MÉMOIllKS LIE LA BAItOXNE DoniiKKlRCH.
L'idée de cette cruelle et longue séparation, de tous les dangers, tant de la guerre que des maladies de ces climats, qui environneront mon mari, présentent à mon imagination un tableau bien fait pour m'attrister. D'un autre côté, le désir extrême de mon mari de se trouver à l'armée, auquel il ajoute une idée de devoir et de gloire, m'impose le pénible devoir de faire taire tous les sentiments de mon âme et de renfermer ma peine en moi-même. Yoilà le tableau de ma situation, chère Lanele. Vous avouerez qu'il est triste , et que chaque cœur sensible compatira à ma peine. Prie Dieu pour moi, demandelui qu'il me soutienne et me fortifie ; j'ai si grand besoin de son secours, et je le lui demande à mains jointes.
« Je sens, chère Lanele, tout le plaisir que la visite de notre bonne maman a dû te faire. J'ai eu de ses nouvelles de Franckfurlh. Il semble que cette petite excursion a fait grand bien à sa santé et qu'elle est contente. Je désirerais beaucoup te savoir à Mon lbéliard, chère et bonne amie. Je suis bien sûre que l'air t'en ferait du bien, et que tu y serais vue avec le plaisir le plus sensible. J'embrasse ta chère petite, qui doit se faire bien jolie et aimable. Tous mes enfants se portent bien, ainsi que leur cher et bon père. Ma santé est aussi remise, grâce à Dieu, et mes forces reviennent. Tille se porte à charme; elle t'embrasse tendrement , et l'ami La Fermière se met à tes pieds. Adieu, chère Lanele, je t'aime bien ten-
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(Ireiiieiit, et sais de cœur et d àme ta iidèle etsincèro
amie,
c< Marie,
« P. S. Mon mari te baise les mains. »
Cet hiver de 1788 fut horriblement rigoureux. Les communications furent souvent interrompues par les neiges. La fin de décembre surtout a été affreuse, aussi la misère a été grande. Les pauvres manquaient de bois et de feu. La noblesse, en Alsace, répandit de grandes aumônes. On fit tout le bien possible , et la ville de Strasbourg surtout fît les plus grands sacrifices. A Paris, il en fut de même ; le roi et la reine firent répandre des aumônes en quantité; les princes et les princesses, les grands seigneurs les imitèrent. Devant chaque hôtel des familles connues, brûlait nuit et jour un vaste bûcher où les pauvres se chauffaient. Le parlement même, pour la première fois, adopta cet exemple, et les présidents à mortier avaient leurs bûchers comme la noblesse d'épée. On remarqua celui du président de Chavannes sur le boulevard du Temple.
Madame la duchesse de Bourbon, en me faisant l'honneur de m'écrire ces nouvelles, me raconta en même temps le mariage du marquis de Chaste Ilux. Il avait publié, quelques années auparavant, le récit de son voyage en Amérique. Il attache une grande importance à ce qu'il mange , car ce livre contient surtout la description détaillée des mets
Zi.
3U0 MEMOlUhS DE LA HAHUNNE D'oHKltKIRCH.
qu'on lui servait chaque jour. Il faut croire qu'il a moins de goût que de gourmandise, car autrement on ne comprendrait pas le charme qu'il peut trouver à la cuisine américaine , qui n'est pas en réputation ; il parle de plats incroyables, et raconte cela avec une complaisance presque risible.
Il n'en est pas moins fier de sa production littéraire, qui est la cause du mariage de madame de Chastellux. Cette jeune femme est Irlandaise et mademoiselle Pluncket. Elle s'est trouvée à Spa en même temps que madame la duchesse d'Orléans, et comme elle est jolie, elle fut distinguée par la princesse qui la combla de boutés. Elle rencontra plusieurs fois le marquis de Chastellux. Il lui parut un parti excellent, à elle qui était sans fortune, mais il fallait lui plaire, et cela n'était pas facile, lorsqu'on n'avait à lui offrir qu'une jolie figure.
Elle connaissait son excessif amour-propre; elle s'arrangea de façon à être surprise par lui, absorbée dans la lecture de son livre. Il fut si enchanté de cette louange muette, qu'il se décida. Madame la duchesse d'Orléans, que ce dévouement littéraire enchanta, prit la jeune madame de Chastellux auprès d'elle. Ou en rit beaucoup dans le monde; on prétendit qu'elle avait un exemplaire relié de ce livre qui ne la quittait jamais , et que les deux époux en faisaient la lecture en commun, la recommençant toujours lorsqu'elle était finie.
Le 6 janvier 1788 la princesse Elisabeth de Wur-