‹ Mémoire de la baronne d'OberkirchChapitre 23 sur 220 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

quien n'était ni plus ni moins que Louis de Bourbon prince de Condé. La reine de Pologne fit venir cette Marie d'Arquien près d'elle ; elle la maria d'abord au prince Sacrowsky , qu'elle perdit étant fort jeune, puis à Jean Sobiesky qui devint le grand Sobiesky et roi de Pologne. Quand Marie d'Arquien fut une Majesté, elle demanda au roi Louis XIY de lui envoyer sa sœur, madame de Béthune, pour ambassadrice, en faisant son mari ambassadeur. Louis XIY l'accorda, comme de raison ; le surnom de Pologne en resta à celte branche-là. Ils se trouvent alliés des Stuart, une des filles de Sobiesky ayant épousé le dernier prétendant.

Le second fils du duc de Deux-Ponts, le chevalier de Forbach, capitaine dans Royal-Deux-Ponts, épousa mademoiselle de Polastron. Cette branche supplémentaire de Deux-Ponts lient à l'Opéra, par mademoiselle Garaache leur mère, belle danseuse que le duc fit la folie d'enlever au théâtre, pour la nommer comtesse de Forbach. Il en eut les deux iils dont je viens de parler.

M. le marquis de Deux-Ponts nous raconta fort joliment une petite histoire dont j'ai pris note, et qui se rattache au goût merveilleux dont nous sommes tous plus ou moins entichés.

Dans la ville de Deux-Ponts (en allemand Zweybrucken), chef-lieu de leur principauté, coule une petite rivière appelée le Plye ou l'Erlbach. Cette rivière passe dans le pays pour une manière de Mino-

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taure; il lui faut tous les ans deux victimes, et depuis un temps immémorial, en effet, chaque année, soit volontairement, soit involontairement, deux personnes périssent dans ses flots. Celte année, 1784, un joli officier, ami du chevalier, venait de payer le trihut. Il aimait passionnément une jeune fille, et faisait caracoler son cheval devant sa fenêtre, sur le hord de la rivière; le cheval eut peur, se cahra, prit le vertige, enfila la route du pont et, faisant un écart, sauta par-dessus le parapet. Le pauvre officier se tua sur le coup; son corps ne fut retrouvé que le lendemain. La jeune fille en devint presque folle.

Il y a une légende sur cette rivière de la Plye. Les vieillards prétendent très-sérieusement qu'un serpent ravageait le pays et dévorait bêtes et gens. Un saint ermite força le démon à se réfugier dans la rivière, mais ne put le dompter tout à fait; il fallut au monstre dans l'avenir deux victimes par an, jusqu'à la consommation des siècles. Voyez l'égoïsme! les Deux-Pontois se soucièrent peu de leurs descendants et acceptèrent les conditions, le serpent n'y a jamais manqué depuis. Une année cependant, le 31 décembre aucune victime n'avait encore péri, on se croyait délivré, on chantait victoire; dans la soirée la mère et le fils se noyèrent. Ce furent des lamentations générales.

Le marquis de Forbach était encore tout triste de la mort de l'ami de son frère, et il croyait très-fer-

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