CHAPITRE XXIV
est venue de son quai de Gèvres, où elle est restée si longtemps obscure, triompher de ses rivaux et les mettre tous au second rang. Baulard avait cependant la vogue pour les mantes; il les garnissait avec un goût exquis. Il me retint uneheure en démonstrations et en cris contre mademoiselle Bertin, qui prenait des airs de Duchesse, et qui n'était pas même une bourgeoise. Je finis par m'arracher à ses confidences, que du reste il offrait à chaque nouvel arrivant, et j'allai à la Comédie-Italienne, où l'on jouait Ancassin et Nicolette. Les paroles sont de Sédaine et la musique de Grétry. Madame Dugazon jouait Nicolette. Ah ! la charmante , l;i délicieuse personne ! Je ne puis rendre le plaisir qu'elle m'a fait éprouver. Que de grâce ! que d'esprit ! quel talent ! Elle remplit toujours la salle, et on l'applaudit à tout rompre.
La pièce est tirée d'un vieux fabliau; elle en a la naïveté, et l'on y retrouve le faire de Sédaine. Elle était encore fort à la mode, bien qu'elle ne fût pas nouvelle ; mais aussi mademoiselle Dugazon !
J'allai faire ma cour à madame la duchesse de Chartres, la plus estimée et la plus estimable de toutes les princesses, sinon la plus heureuse. Elle me reçut avec la bienveillance dont son père, ^I. le duc de Penthièvre, lui avait donné l'exemple et le précepte toute sa vie. Madame la duchesse de Pourbon me fit l'honneur de venir m'y prendre pour me mener à Petitbourg, château qui lui appartenait, et \u 7
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OÙ nous devions passer quelques jours ensemble. Celte partie me plaisait et me séduisait fort. Je me réjouissais de cette occasion d'intimité avec une princesse aussi aimable, et je comptais tirer grand profit de nos conversations .
Petitbourg est un séjour magnifique, dans une situation admirable; on domine une grande étendue de pays. Il a appartenu à madame de Montespan, puis à son fils le duc d'Antin, qui y reçut plusieurs fois Louis XIY ; en dernier lieu au marquis de Poyanne, commandant en second les carabiniers de M. le comte de Provence. Madame la duchesse de Bourbon afi'ettionne beaucoup ce séjour; elle y va le plus qu'elle peut, et y reste autant que cela lui est possible.
Nous avons couché à Petitbourg, où madame la duchesse de Bourbon exerce une hospitalité tout à fait princière, en y joignant le laisser-aller de la vie de campagne, chez un particulier riche et grand seigneur.
29 mai. — Le matin, de fort bonne heure, madame la duchesse de Bourbon me fit éveiller. Je la trouvai prête et armée en guerre pour une promenade à pied. Nous sorthnes ensemble, sans aucune suite, absolument seules, et elle me montra avec amour les beaux endroits de son parc. Nous causâmes longuement et dans la plus grande confiance.
La princesse daigna me raconter la tristesse de sa vie, ses chagrins de famille, la tendresse qu'elle avait