‹ Mémoire de la baronne d'OberkirchChapitre 37 sur 220 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

l'on parvint à arrêter quelques instants après, dans le champ où il s'était engagé. Le prince et la princesse (madame la comtesse d'xVrtois y était) témoignèrent leur reconnaissance à M. Desgranges et le tirent nommer de suile capitaine de cuirassiers. A peu de temps de là, M. le comte d'Artois le prit pour son gentilhomme ordinaire. Tout cela était une assez belle fortune pour un homme de sa sorte; il eût pu en rester là, se tenir tranquille et se montrer satisfait apparemment. 11 n'en fut rien.

Il eut l'infamie de calomnier sa bienfaitrice. Madame la comtesse d'Artois s'intéressait à lui comme à un homme ayant sauvé la vie à son mari et à ses enfants. Elle le combla de bontés ; pure et vertueuse à l'égal de son auguste famille, elle ne songea point à la calomnie. Mais ce Desgranges, fat de garnison, osa se vanter d'avoir plu à Son Altesse royale, parla à ses camarades de prétendus rendez-vous donnés, montra des lettres supposées, et parvint enfin à répandre d'infâmes bruits sur une princesse que son rang et sa conduite devaient placer au-dessus de pareilles atteintes.

M. le comte d'Artois en fut instruit, il alla trouver le roi. Desgranges fut arrêté, interrogé, sommé de produire des preuves de ses calomnies, et finit par se rétracter honteusement, faisant à genoux amende honorable. Madame la comtesse d'Artois eut bien du chagrin de cette aventure et de tout le bruit qui en résulta. Personne cependant, même les

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esprits les plus malveillants et les plus mal faits, n'ont songé à l'accuser. Elle a été fort applaudie à l'Opéra la première fois qu'elle y a paru ensuite. Tout le monde sait combien cette princesse est attachée à ses devoirs et à son époux. Une fois au moins, la calomnie qui ménage si peu les princes et les rois n'a pas été écoulée.

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