CHAPITRE XXV
parlât de sa présence. Nous revînmes le même jour, nous causâmes beaucoup; Son Altesse sérénissime me confia encore bien des choses qui redoublèrent mon dévouement respectueux pour elle. Elle eut la bonté de me remettre chez moi, elle-même; il faisait une chaleur à rendre malade, et je lui enviai bien les beaux ombrages de son jardin, où elle se promena, je le sais, une partie de la nuit.
6 juin. — Il y eut un orage, résultat de la chaleur de la veille, comme je n'en ai jamais vu, même dans nos montagnes. On crut que les maisons s'écrouleraient sous la foudre, la pluie et le vent. Il fut impossible de sortir, mais nous nous divertîmes à examiner les industries pour marcher au milieu de ce déluge. Ce fut très-drôle; beaucoup de femmes se faisaient porter, non pas en chaise, mais à bras ; j'en ai vu une dans une hotte; d'autres haranguaient la foule et demandaient des planches. Je n'ai jamais assisté à pareille fête. Nous fûmes le soir souper au Palais-Royal.
J'avais promis à madame de Bose de la rejoindre aux Italiens pour voir la nouvelle salle, car les Italiens avaient quitté la rue Mauconseil, et le Jeude-Paume l'année précédente. Ils s'étaient établis dans la salle bâtie sur les terrains de l'hôtel Choiseul, près du boulevard de la rue Richelieu. Le théâtre n'ouvre pas de ce côté; c'est cependant celui par lequel on arrive naturellement. Cela tient à ce que les comédiens ont exigé qu'on y ajoutât une
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maison pour leur usage, à quoi on a eu la faiblesse de consentir. Cela fait un monument retourné le plus^^ bêtement du monde, et dont la façade parerait fort le boulevard.
La toile se lève droite dans cette salle comme à l'Opéra. On a conservé l'ancienne devise : Casligat ridendo mores; elle est du poëie Santeuil. Le plafond représente Apollon au milieu des Muses.
M. le duc de Choiseul, en vendant ce terrain, y avait mis une condition; c'est que lui et sa postérité auront la propriété d'une loge avec une entrée séparée, quelle que fût la destination du théâtre. Cette loge est ainsi devenue une propriété de famille qui passera de génération en génération.
On jouait ce soir-là aux Italiens la Méhmanie. Cet opéra-comique avait eu peu de succès à la première représentation^ donnée trois ans auparavant, à cause de la faiblesse du poème. Repris depuis il se soutenait par sa jolie musique. Il est de M. Champein, et dédié par lui à Son Altesse sérénissime mademoiselle de Condé. On y distinguait plusieurs airs fort agréables et très-bien rendus.
Après la Méhmanie nous eûmes \ Amoureux de quinze ans^ pièce composée dans le principe, par M. Laujon, pour le mariage de M. de Meulan d'Ablois avec mademoiselle du Plessis. Il la refit lorsqu'elle fut jouée à Chantilly aux fêtes d'un autre mariage si malheureux depuis, celui de madame la duchesse de Bourbon. Il la rendit enfin propre au