CHAPITRE XXV
théâtre des Italiens, où elle lient sa place parmi les comédies à ariettes du genre gracieux. Il y avait à ce spectacle un monde énorme,
8 juin. — J'allai voir Atys à l'Opéra. J'étais avec M. le maréchal de Biron, ce bon et illustre vieillard. Ilavaitquatre-vingt-quatreans, et il est, hélas! mort l'année dernière (en 1788). Il demeurait près de la barrière de la rue de Yarennes, et avait là un bel hôtel et un superbe jardin. Son fils est le duc de Lauzun; madame la maréchale est mademoiselle de La Rochefoucauld.
Les paroles à'Aiys sont de Quinault, la musique de M. Piccini. On l'avait repris en 1783^ et depuis lors son succès a toujours été en croissant. Tout le monde connaît lepoëme. Quant à la musique, le récitatif est simple, le chœur des Songes est admirable, les chants le sont également par la variété et la mélodie. Madame Saint-Huberti a joué Sangaride avec un talent sans pareil. Elle a déployé un éclat, un brillant, une sensibilité qui firent oublier facilement madame Laguerre; elle lui est incontestablement supérieure.
9 juin. — Je m'étais mise en visites; j'allai d'abord chez madame la princesse de Chimay, née de Fitz-Janies, dame du palais de la reine. J'y trouvai un essaim de femmes charmantes; son salon ressemblait à une belle volière dorée où gazouillaient les plus jolis oiseaux du monde. Madame la marquise de Laroche-Lambert mademoiselle de Dreux-Brézé ; avait une voix délicieuse et un goût exquis. Elle
94 MÉMOIRES DE LA BARONNE d'OBERKIRCH.
chante souvent avec la reine. La comtesse d'Andlau, fille de M. Helvétius; sa maison est des plus agréables, c'est un rendez-vous de gens d'esprit; elle est aussi de la société intime de Sa Majesté. Une autre personne était là aussi, qui soulevait bien des discussions, que les uns voyaient et que les autres ne voyaient pas, et pour la défense ou l'attaque de laquelle on s'échauffait beaucoup, ce me semble. Quelqu'un me dit tout bas qu'elle n'était point dans l'intimité de madame de Chimay ; ce qu'il y a de sûr, c'est qu'elle était là et n'y semblait point gênée. La comtesse de Balbi est mademoiselle deCaumont; elle a épousé un colonel à la suite du régiment de Bourbon, Génois d'origine, dont elle s'est séparée après une esclandre que je préfère ne pas raconter. Celafit beaucoup de bruit dans le monde, de 1778 à 1780. Elle a toujours passé depuis pour être en grande faveur près de Monsieur, comte de Provence. Madame, partagea à cet égard, je ne sais jusqu'à quel point, bien entendu, les préférences de son illustre époux. Elle lui donna près d'elle la survivance de la charge de dame d'atours que possédait en titre la duchesse de Lesparre.
Cette dernière jeta les hauts cris, pria, sollicita, conjura Madame de la délivrer d'un pareil voisinage; Madame n'y voulut point consentir. La duchesse de Lesparre alors donna sa démission, ce qui n'eut d'autre résultat que de rendre madame de Balbi titulaire beaucoup plus tôt. La reine s'en mêla,