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décence, celte simplicité île bon goût et cette délicatesse de manières dont la jtrin cesse a pris l 'habitude à la cour de Moutbéliard. Quant au grand-duc Paul, il est le fils le plus soumis aux volontés de l'impératrice, malgré l'absence de tout sentiment tendre de la part de sa mère. Cependant il m'a paru quelquefois humilié du rôle qu'on lui fait jouer, et même en conserver du ressentiment contre les courtisans qui entourent la czarine. Celle-ci redoute peutêtre l'amour sans bornes du peuple russe pour le grand-duc.
Yoici deux lettres de Son Altesse impériale qui me tombent sous la main.
Saint-rolersbourff. r— 1783.
2 avril
« Ma chère Lanele, N... est arrivé avant-hier et m'a remis vos lettres et vos beaux nœuds. Je dirai à ma chère Lane que les siens sont les mieux faits et que leur quantité me prouve que vous avez songé souvent à moi
'( Cette lettre te trouvera à Strasbourg et éloignée de maman, ce qui m'afflige sensiblement, car tu lui sers de consolation, et par tes tendres soins tu remplaces ses enfants. Au nom de Dieu retournes-y bientôt, je t'en conjure, et s'il faut pour obtenir cette grâce me prosterner aux pieds de ton seigneur et maître, je m'y mets tout du long. Voici une lettre de ton amoureux, quoique le métier que
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je fasse ne soit pas des plus honnêtes, du moins, te
prouve-il mon amitié, et c'est tout ce que je veux.
Adieu, mon cher ange, je l'embrasse tendrement, ta
fidèle amie.
Signé : Marie. »
Saint-Pétersbourg, 12/23 avril 1783.
w Ma chère Lane, ta vilaine fièvre m'a donné bien de l'inquiétude , et à cette heure que tu es rétablie, je commencerai par me plaindre de ce que tu ne m'écris pas une ligne. Le gros Fritz et même Benckendorf ont reçu de tes lettres, et moi j'ai été abgeschnitzt * avec un froid compliment. Outre ce grief, j'en ai encore un autre contre toi; maman ne m'aime plus, elle ne m'écrit que des lettres si froides; ce n'est plus l'elïusion du cœur qui parle chez elle. Je l'accuse de cette infidélité, car Dieu sait que je ne suis pas coupable. Tout cela me chagrine et me donne de l'humeur, mais je t'aime cependant et te le répèle avec plaisir. Adieu donc, méchante femme, je suis à jamais ta tendre amie,
Signé : Marie. »
C'est au commencement de ce même mois d'avril 1783 qu'est mort Grégoire Orloff, que poursuivait l'ombre sanglante de Pierre lil, et dont le cerveau malade par suite de ses remords a rendu la fin affreuse. Le spectacle de cette démence faisait frémir ceux qui en étaient témoins. Il a survécu de bien
' Coupé.
peu de jours au comte Panin, l'autre chef de la conjuration qui a mis Catherine II sur le trône; ce dernier est mort de chagrin d"aToir perdu son influence et son pouvoir.
J'arrivai justement cette année à Montbéliard, au moment où la baronne de Maucler accouchait dune fille. Madame la princesse me reçut à l'habitude comme l'enfant de la famille. Je ne puis rendre la sécurité, le calme, la paix dont on jouissait dans ce petit coin du monde. Un cercle intime composé des personnes de la maison, de quelques habitants de la ville, puis des voisins, des visiteurs étrangers faisaient au prince et à la princesse une société charmante. Si tous n'étaient pas également spirituels, tous leur étaient dévoués. Les gens de honne compagnie^ dans l'acception complète du mot, sont rares partout, mais de la diversité des caractères et du genre d'esprit naissent des contrastes qui ont leur piquant. Ainsi, le lendemain de mon arrivée , on se réunit le soir par un beau temps, au milieu des fleurs dont le salon était rempli, en souvenir, je crois, de la grande-duchesse qui en mettait partout. On joua au loto, le jeu à la mode. Le salon était ainsi habité : d'abord la famille du prince, dont j'ai suffisamment parlé, puis mesdames de Damitz et de Schack, dames d'honneur de Son Altesse royale, et mademoiselle de Domsdorf, fille d'honneur; ensuite le baron et la baronne de Borck, grand- maître et grande -maîtresse dont j'ai déjà