‹ Mémoire de la baronne d'OberkirchChapitre 41 sur 220 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

elle fît tout ce qui se pouvait faire pour ouvrir les yeux de Madame, sans nuire à sa tranquillité, Madame persista, et la comtesse de Balbi conserva sur elle le plus grand ascendant.

Ce n'est point une femme politique, c'est une femme agréable; sans être très-jolie, elle est pleine de grâces et d'agrément, mais surtout de frivolité. Sa gaieté est intarissable; aussi sa société est-elle recherchée avidement par les personnes non scrupuleuses. Elle est aimée de beaucoup de gens qui ne savent pas pourquoi; c'est certainement pour cette gaieté même. On la cite partout pour son élégance et son bon goût. Sa maison est ornée d'une multitude de petites merveilles, c'est un modèle du genre habiohs si fort à la mode sous le feu roi; on ne se lasserait de les regarder du matin au soir.

Madame de Balbi a un grand défaut qui influe sur son humeur et même sur sa beauté; elle est joueuse. Elle y met une passion, une furie dont rien ne peut donner l'idée. Monsieur s'amuse beaucoup de ce qu'il appelle ses bacchanales. Lorsqu'elle perd, il lui tient tète, et réellement lui seul ose le faire.

Près de madame de Balbi se trouvait le baron de Bezenval, lieutenant-colonel des gardes suisses. C'était un des merveilleux du jour. On lui attribuait beaucoup de crédit sur l'esprit de la reine, et ce crédit était justifié par un naturel bien rare, un esprit et une grâce sans culture qui rendent le baron un personnage tout à fait à part. 11 n'a aucune ins-

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triictiou, n'ayant jamais voulu étudier; cependant il est fin, il est diplomate, il voit mieux que personne et raconte très-bien. J'entendis ce jour-là un mot charmant de lui à propos de son compatriote, le baron de Zurlauben, colonel du régiment suisse de ce nom.

Madame la princesse de Chimay en faisait un éloge que M. de Bezenval n'acceptait pas.

— Enfin, monsieur, disait la princesse, vous ne nierez pas qu'il ne soit fort savant ?

— Ah ! pour cela, madame, rien n'est plus vrai; c'est une grande bibliothèque qui a un sot pour bibliothécaire.

— Monsieur le baron, reprit le comte de Melfort dont je vais parler, je délie qu'on en dise autant de vous.

— Non, car je ne sais rien ! riposta M. de Bezenval qui craignait pourtant assez les allusions à son ignorance.

M. de Melfort est d'une illustre famille d'Ecosse et petit-fils de John Drummond, comte de Perth, ministre du roi Jacques II, qui le créa duc de Melfort; Louis XIV le nomma pair de France. Le comte de Melfort est aussi petit-neveu de James Drummond, chancelier d'Ecosse, qui rejoignit Jacques II à Saint- Germain, fut nommé par lui duc de Perth et gouverneur du chevalier de Saint-Georges, son fils. Il fut également pair de France.

Quant à M. de Melfort, il fut d'abord colonel du

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