II
98 MÉMOIRES DE LA BARONNE d'OBERKIRCH.
à Paris et voyageait sous le nom de comte de Haga. Il comptait y rester quelques semaines. C'était un charmant prince pour lequel je me sentis une respectueuse sympathie, et qui réussit fort à Paris et à Versailles. Il faisait sa première visite à la princesse, et nous ressentîmes toutes deux la même impression. Celte physionomie sévère et haute semble marquée d'une certaine expression de fatalité. Du reste, il croit beaucoup aux sciences occultes, et je l'ai entendu assurer qu'il y avait à Stockholm, sur le port, une devineresse à laquelle il avait foi et qu'il consultait sans cesse sous de nouveaux déguisements. iS'imporle lequel il prît, elle lui disait toujours la même chose, qu'il mourrait jeune et de mort violente, mort à laquelle, du reste, les souverains du Nord sont fort sujets.
A cette première visite, il nous raconta ses enchantements de Paris, son arrivée, la façon dont il était descendu chez son ambassadeur, qui ne l'attendait pas si tôt, et qu'il trouva ayant pris médecine. Il fit ce récit avec un esprit remarquable de très-bon goût et fort piquant. Le principal défaut du roi de Suède me paraît être la présomption, et c'est, assure-t-on, à la suite d'un déii que lui fit Catherine II, qu'il introduisit dans ses États, à la cour et même parmi les bourgeois, le costume théâtral adopté aujourd'hui.
Le comte de Ilaga est ainsi tombé à la cour comme une bombe. Le roi était à la chasse à Rambouillet,